Xavier Niel critique l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs, “je suis toujours gêné par l’idée d’interdire ou de bloquer des libertés”
Xavier Niel fustige l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs et défend une approche fondée sur la responsabilité parentale.
Alors que le sujet fait débat en société et qu’un projet de loi vient d’être voté en ce sens, Xavier Niel s’est montré très critique à l’égard des projets visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs, dans une interview “Share your power“, pour la chaîne YouTube de OneFlash. Pour le fondateur de Free, la tentation d’interdire relève d’un réflexe politique déconnecté des usages réels et pose un problème de libertés individuelles.
D’emblée, l’entrepreneur met en garde contre une inflation législative qu’il estime disproportionnée. « Comme toute chose, il ne faut pas abuser. On est en train de faire des lois pour interdire les réseaux sociaux aux moins de X années », déplore-t-il, en appelant à davantage de nuance.
Xavier Niel s’appuie aussi sur son expérience personnelle pour relativiser les discours alarmistes. Il raconte avoir découvert ce que publiait l’un de ses fils sur Facebook à l’âge de 9 ans. « Franchement j’étais très fier et il n’écrivait pas que des conneries », explique-t-il, soulignant que l’usage des réseaux sociaux par les enfants n’est pas nécessairement problématique. Selon lui, la réponse ne doit pas être l’interdiction, mais l’encadrement. « Je pense qu’en toute chose, il faut modérer », insiste-t-il, avant de préciser sa position : « au lieu d’interdire les réseaux sociaux, essayons de limiter, ok, mais c’est le rôle des parents ». Il évoque notamment la possibilité pour les familles de fixer des règles simples, comme des horaires d’utilisation.
Xavier Niel doute fortement de l’efficacité d’une interdiction imposée par la loi. « Je ne sais pas si les gens se rendent compte de ce que c’est qu’un ado de 12 ans ou treize ans aujourd’hui quoi. Tu vas lui interdire ? Bah il va réussir, il va le faire dans ton dos, il va le faire caché », avertit-il. Pour lui, une interdiction pousserait surtout les jeunes à contourner les règles, sans réel contrôle.
Il pointe également les limites techniques des outils de filtrage et de blocage. En s’appuyant sur des échanges avec des industriels du secteur dont Samsung ou Apple, il rapporte leur constat sans appel : « il y’a 500 millions de gamins qui essaient pendant des heures de percer nos trucs. Comment tu veux qu’ils n’y arrivent pas ? » Selon Xavier Niel, ces failles rendent toute interdiction illusoire.
Pire encore, il estime que l’accès clandestin aux réseaux sociaux pourrait exposer les mineurs à davantage de risques. « Et la manière dont ils vont y accéder, ce sera potentiellement plus dangereux », prévient-il, jugeant cette conséquence largement sous-estimée dans le débat public. Au-delà de la question technique, Xavier Niel remet en cause le rôle même du législateur dans ce domaine. « C’est pas le rôle du législateur d’aller se mêler de notre vie en permanence », affirme-t-il, plaidant pour une responsabilisation accrue des familles et une meilleure éducation des parents au numérique. Il résume enfin sa philosophie en une phrase qui éclaire l’ensemble de sa position : « Je suis toujours gêné par l’idée d’interdire ou de bloquer des libertés.»