Dégradation du réseau ADSL : la conséquence d’une mauvaise stratégie de l’Arcep et d’une migration trop lente vers la fibre selon Bearing Point

Dégradation du réseau ADSL : la conséquence d’une mauvaise stratégie de l’Arcep et d’une migration trop lente vers la fibre selon Bearing Point

Et si Orange n’était pas le seul coupable de la dégradation de la qualité de son réseau cuivre bien qu’il soit opérateur du service universel ? 

En marge de la mise en demeure anticipée d’Orange par l’ARCEP sur la qualité de service de la téléphonie fixe, jugée incompréhensible par l’opérateur historique, Challenges a interviewé Jean-Michel Huet, associé du cabinet de conseil BearingPoint. Loin d’avoir la langue dans sa poche, celui-ci estime que cette mise en demeure couvre en réalité une mauvaise gestion du déploiement du réseau FTTH en France et passe sous silence la passivité du régulateur, lui même, à l’heure où il faut inciter les Français à basculer sur la fibre optique.

Dans les lignes du magazine, le directeur associé dresse ainsi un comparatif entre la France et l’Espagne pour étayer ses propos et n’épargne pas l’Arcep. Premier élément d’explication, le réseau cuivre d’Orange aurait pu être mieux entretenu et même modernisé de façon intelligente. De l’autre côté des Pyrénées, le régulateur a opté pour une politique de mise en place de la fibre par région, un choix stratégique payant puisque "la fibre se développe plus rapidement et les câbles de cuivre débranchés dans une région peuvent remplacer les vieux équipements défaillants d’une autre région", souligne t-il avant d’ajouter qu’au contraire dans l’hexagone, " l’Arcep n’a pas imposé cette logique géographique. Il existe des zones urbaines encore équipées de vieux câbles en cuivre alors que ces équipements auraient pu servir en province. Selon l’Idate, seulement 35% des consommateurs a accès à la fibre contre 88% pour l’Espagne." 

Au delà du déploiement, se pose la question de la migration vers la fibre pour Bearing Point. "On en paie les conséquences aujourd’hui avec un passage plus lent qu’ailleurs en Europe alors même que de toute façon le RTC devrait s’arrêter en France à partir de 2022", lance Jean-Michel Huet. Sa conviction est fondée, "l’Arcep aurait dû forcer les gens à changer leur utilisation en passant du vieux réseau téléphonique vers la fibre. Les Français résistent au changement et veulent rester sur leur ancien procédé téléphonique". 

Autre problématique, "plus aucun équipementier ne propose des produits pour le RTC ce qui pose un problème de disponibilité des pièces". Cela dégrade par conséquent les délais de réparation et donc la qualité du service, précise t-il encore.

Enfin, en annonçant récemment qu’Orange était encore numéro 1 sur la qualité des services mobiles, l’associé du cabinet estime que la police des télécoms "répond à la légère pression des autres opérateurs. Sur le fond de la mise en demeure, je suis très surpris car le régulateur se tire une balle dans le pied."