Consolidation des télécoms : un coup de boost pour les opérateurs et un manque à gagner pour les consommateurs ?

Consolidation des télécoms : un coup de boost pour les opérateurs et un manque à gagner pour les consommateurs ?

Si un marché des télécoms à quatre est un réel bienfait pour le portefeuille des français, un retour à trois acteurs pourrait, lui, faire du bien aux opérateurs.

Ultra-concurrence, baisse effrénée des prix, non monétisation de la 4G, fin du roaming, obligation pour les opérateurs d’élargir leurs activités en vue de trouver de nouvelles sources de revenus, convergence médias-télécoms pour certains, cap sur l’international ou création d’une banque en ligne pour d’autres sans oublier l’émergence d’un nouveau pilier, la publicité ciblée. Depuis 2012 et l’arrivée de Free, la vie à quatre profite donc nettement aux consommateurs mais qu’en est-il pour les opérateurs ?

Dans les faits, il ne s’écoule depuis, pas une année sans rumeurs ni tentatives de consolidation du marché des télécoms. La dernière en date, l’échec du rachat de Bouygues Telecom par Orange en 2016, suivi d’une relance des spéculations et d’une valse des démentis autour de ce dossier début 2017.

Les sons de cloche sont souvent les mêmes actuellement et pourtant. Si Bouygues Telecom dément toutes discussions pour le moment, se voyant continuer en solo après avoir retrouvé de la croissance en 2016 et alors que Free se considère « heureux tout seul » s’appuyant sur ses excellentes performances commerciales en 2016, Stéphane Richard semble quant à lui explicitement ouvert à un retour à trois opérateurs même si Orange apparaît comme étant le mieux armé pour continuer à cohabiter à quatre, fort de ses parts de marché dans le fixe et le mobile.

Dès lors, la consolidation ne serait-elle qu’une question de rentabilité ? C’est en tout cas ce que laissent penser les analystes financiers de chez Goldman Sachs qui ont revu à la baisse cette semaine les cours des quatre opérateurs pour des raisons de rentabilité insuffisante. Un constat confirmé par l’Arcep qui estime que le chiffre d’affaires du marché des télécoms est passé de 40,5 milliards d’euros en 2010 à 32,6 milliards cinq ans plus tard. D’après Le Figaro, un retour à trois opérateurs permettrait donc de faire des économies aux opérateurs restants, dans l’exploitation des réseaux. En effet, cela coûte moins cher d’exploiter trois réseaux mobiles et fixes que quatre et le dispatch des clients n’en serait que plus avantageux voire juteux à trois. Sans oublier les coûts fixes de cette industrie et les investissements onéreux dans la fibre comme le signale un analyste de chez Oddo dans les lignes du Figaro : « Enlever un opérateur revient à automatiquement remonter le rendement de la fibre en répartissant les clients sur trois infrastructures au lieu de quatre ». Enfin, la consolidation aurait pour effet secondaire éventuel, un temps mort dans la bataille des prix qui fait rage actuellement, ce qui se caractériserait comme une vraie cure de jouvence pour les comptes des opérateurs.

Et pour les consommateurs ?

Pour autant, si des discussions venaient à aboutir à l’avenir entre Orange et Bouygues Télécom, quel serait l’impact sur les consommateurs ? Alors que certains pays européens sont déjà passés à trois opérateurs comme en Allemagne et en Autriche, UFC-Que Choisir craint une hausse des prix des forfaits mobiles dans un contexte de tarifs historiquement bas. Afin de pallier à cette éventualité, les autorités européennes imposent désormais une condition préalable à toute autorisation de fusion entre opérateurs mobiles, à savoir, l’obligation pour ces derniers de signer des accords avec des opérateurs mobiles virtuels (MVNO) afin d’attirer la concurrence. Ce fut le cas par exemple en Allemagne.

Malgré tout, le marché français diffère de ceux de ses voisins européens qui ne comptent pas « d’agitateur » comme Free. Si l’opérateur de Xavier Niel venait à rester, il va sans dire qu’une hausse des tarifs mobiles ne pourrait prendre place dans l’hexagone à moins d’un cataclysme de dernière minute. « Il n’y a aucune raison que cela se produise" avait déjà affirmé en guise d’apaisement, Maxime Lombardini, DG d’Iliad en 2014 lorsque que Bouygues s’était positionné pour racheter SFR, en vain.