Netflix signe avec le FAI Verizon pour prioriser ses contenus. Les concurrents Français doivent-ils paniquer ?

Netflix signe avec le FAI Verizon pour prioriser ses contenus. Les concurrents Français doivent-ils paniquer ?

Aux Etats-Unis, Netflix représente 1/3 du trafic internet en soirée. Reed Hastings a retardé l’échéance au maximum au nom "de la Neutralité du net" mais également au nom des finances de la plateforme et refusait jusqu’alors de céder aux pressions des FAI qui voulaient le faire payer pour le trafic énorme qui passe par les tuyaux des opérateurs.

Ce bras de fer n’était pas sans rappeler le bras de faire entre Free et Google concernant l’acheminement des vidéos Youtube. De la même manière, la démarche de l’opérateur français était d’inciter le géant américain à contribuer au financement des réseaux.
 
Si Netflix a fini par céder à l’américain Verizon et vient de signer un accord l’obligeant à mettre la main au portefeuille, cette situation n’est pas sans conséquence. En contrepartie, Verizon doit garantir un accès internet plus rapides pour les abonnés Netflix que pour ceux sur les autres plateformes. Un vrai coup de poignard dans le dos de la neutralité du Net, principe en vigueur aux Etats-Unis et qui fait seulement débat en Europe. Reed Hastings a néanmoins dénoncé le procédé des FAI consistant à "imposer un péage en abusant de leur pouvoir."
 
Netflix avait déjà fait mettre un genou à terre à la neutralité du Net en signant avec Comcast lui permettant de presque doubler le débit garanti aux utilisateurs de la plateforme. Netflix arrive également via 3 câblo-opérateurs américains avec un décodeur numérique permettant d’accéder aux programmes de Netflix comme n’importe quel service de VOD et SVOD sur les boxs.
 
A quelques mois de l’arrivée de Netflix en France, cette situation ne laisse rien présager de bons pour les concurrents de la plateforme américaine qui va débarquer en France en passant par le Luxembourg… A moins de faire front commun et de dresser une ligne Maginot entre Netflix et le public français, Canal +, MyTf1Vod et tous les autres SMàD français ont du soucis à se faire. L’arrivée du géant américain par le Luxembourg lui permet d’échapper à la lourde fiscalité française, à la chronologie des médias ainsi qu’aux règles de mise en avant des produits cinématographiques "Made In France".
 
Pour le moment en France, Netflix a annoncé qu’il ne se lierait pas en exclusivité avec une box, mais il n’exclue pas d’être directement accessible depuis les boitiers TV des opérateurs. Il a déjà amorcé son bras de fer avec ces derniers en imposant des conditions inadmissibles d’accessions sur les boxs françaises. En parallèle, le fournisseur de contenus américains a déjà acheté deux data-centers Français pour pouvoir le cas échéant fournir ses contenus en direct aux abonnés. Il réfléchirait également à utiliser le "peer to peer" pour acheminer ses contenus jusqu’à l’abonné.
 
Du côté de l’industrie de la production cinématographique, Netflix avant même d’arriver en France est déjà le premier client du groupe Gaumont représentant 32,6 millions d’euros de son chiffre d’affaires en 2013 soit 20 % de ses activités. En comparaison TF1, premier client de Gaumont en 2012 ne représente qu’un quart de la somme apporté par Netflix au producteur de films. Canal+ ne représente qu’un sixième de cette somme et M6, 10 fois moins.
 
TF1, la filiale de Bouygues et Canal+ filiale de Vivendi, ex propriétaire de SFR et Orange Cinéma ont toutes les raisons de commencer à paniquer. Il leur reste un peu plus de quatre mois pour trouver la parade.