Une ministre voudrait s’attaquer aux VPN et se prend un tacle de Xavier Niel, “aucune démocratie n’oserait faire ça”

Une ministre voudrait s’attaquer aux VPN et se prend un tacle de Xavier Niel, “aucune démocratie n’oserait faire ça”

Alors que le sujet vient sur la table de réguler les VPN en France, Xavier Niel fait preuve d’une ironie mordante.

L’hypothèse d’une régulation, voire d’une interdiction des VPN en France, évoquée par la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique Anne Le Hénanff, a provoqué une vague de réactions dans l’écosystème numérique. Parmi elles, celle de Xavier Niel n’est pas passée inaperçue. Le fondateur de Free a choisi l’ironie pour dénoncer une perspective qu’il juge absurde et dangereuse.

Le gouvernement envisage-t-il réellement de s’attaquer aux VPN ? La question est désormais posée après les déclarations de la ministre sur franceinfo, affirmant que le VPN est « le prochain sujet » figurant sur sa liste, après l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs, qui a elle aussi été critiquée par le patron de Free. Si aucun projet concret n’a été présenté à ce stade, et même si le gouvernement a ensuite nié toute intention d’interdire les VPN auprès de BFM TV, l’idée même d’une possible régulation ou interdiction, notamment pour les mineurs, a suffi à faire réagir les spécialistes du numérique et de la cybersécurité.  D’autant que la question de s’attaquer aux VPN avait déjà été soulevée au lancement de mVPN par Free Mobile, l’opérateur ayant été la cible d’une saisie de l’Arcom par un député.

Ainsi, il est assez logique que son patron Xavier Niel, se lance dans le débat en utilisant un registre sarcastique. La séquence débute avec une publication du compte parodique Pediavenir, le 29 janvier sur le réseau social X. Celui-ci diffuse une fausse alerte affirmant qu’« Emmanuel Macron veut interdire les VPN en France (Évian) ». Le message amuse, mais surtout il anticipe, involontairement, un débat bien réel.

Le lendemain, Xavier Niel relaie l’information sur un ton moqueur dans un tweet vu plus de 1,3 million de fois. « Mdrrrrrr vous êtes tous tombés dans le panneau alors que c’est un compte parodique, réfléchissez un peu, aucune démocratie n’oserait faire ça », écrit-il, alors même que la ministre venait de déclarer quelques heures plus tôt que « les VPN, c’est le prochain sujet sur ma liste ».

Une ironie assumée, qui vise clairement à souligner la contradiction entre les principes démocratiques et l’idée d’un contrôle accru de ces outils de protection de la vie privée. Pour Clément Domingo, cette piste gouvernementale s’inscrit dans la continuité de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans récemment votée par l’Assemblée nationale. Une mesure que certains adolescents chercheront inévitablement à contourner, notamment via l’usage de VPN, d’où la tentation de s’attaquer à ces outils.

Dans une interview pour Clubic, le spécialiste cyber n’y va pas par quatre chemins. Interdire les VPN serait, selon lui, une idée « hyper dangereuse », voire « stupide ». Une telle décision reviendrait à instaurer une forme de censure généralisée et à surveiller l’ensemble des connexions Internet, ce qui supposerait une méconnaissance technique du fonctionnement réel du réseau.

Les usages légitimes des VPN sont par ailleurs nombreux. Les entreprises s’en servent pour sécuriser le télétravail, l’ANSSI publie régulièrement des recommandations sur leur déploiement, et Clément Domingo lui-même encourage leur utilisation sur les réseaux Wi-Fi publics. La Cour de justice de l’Union européenne a d’ailleurs rappelé en janvier 2026 que ces outils restent neutres tant qu’ils ne promeuvent pas activement des activités illégales.

Un scénario peu crédible pour la France

Sur le plan technique, un blocage généralisé des VPN impliquerait l’intervention des fournisseurs d’accès à Internet et le recours à des technologies comme le Deep Packet Inspection. Une approche lourde, coûteuse et facilement contournable via des proxy SOCKS, le réseau Tor ou certains navigateurs comme Brave.

Des pays comme l’Iran, la Chine ou la Russie ont déjà mis en place ce type de restrictions. Un modèle que ni Xavier Niel ni les experts du numérique ne jugent souhaitable pour la France. À travers son ironie mordante, le fondateur de Free rappelle ainsi que s’attaquer aux VPN enverrait un signal inquiétant sur l’état des libertés numériques dans le pays.

Cet article a été repris sur le site Univers FreeBox