Interdiction de Huawei dans l’UE : un chantier à plusieurs milliards d’euros se profile pour les opérateurs

Interdiction de Huawei dans l’UE : un chantier à plusieurs milliards d’euros se profile pour les opérateurs

Bruxelles durcit le ton avec les équipements chinois, les opérateurs télécoms sous pression.

Bruxelles montre les dents, tandis que les opérateurs français serrent les rangs. Un peu plus d’une semaine après la présentation par la Commission européenne de sa proposition de révision du Cybersecurity Act, adopté en 2019 pour renforcer la protection de l’espace numérique européen, le secteur des télécommunications se retrouve au centre des débats. Dès 2020, l’exécutif européen avait recommandé aux États membres d’écarter autant que possible les équipements chinois de leurs réseaux. En 2023, sous l’impulsion du commissaire Thierry Breton, le message s’était encore durci, appelant les Vingt-Sept à bannir « sans plus attendre » les équipements des géants chinois Huawei et ZTE.

Malgré ces avertissements répétés, peu de pays ont réellement engagé les transformations nécessaires. Une situation jugée inacceptable par Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission européenne. « Je ne suis pas satisfaite », confiait-elle récemment à Politico. « Nous savons qu’il y a encore des fournisseurs à haut risque dans nos réseaux 5G, y compris dans des parties critiques. Nous allons donc désormais durcir les règles. »

Concrètement, la Commission entend passer du stade de la recommandation à celui de l’interdiction. Si le projet de règlement est adopté, une liste de fournisseurs dits « à haut risque » sera établie et ceux-ci ne pourront plus équiper les réseaux 5G européens. Les opérateurs auront alors 36 mois pour retirer ces équipements de leurs infrastructures. Si Huawei n’est pas cité explicitement, son nom, comme celui de ZTE, devrait figurer sur cette liste noire. Surtout, Bruxelles ne compte pas limiter cette mesure aux réseaux mobiles et vise également les équipements fixes et satellitaires.

« Le périmètre potentiel est beaucoup plus large car il vise tous les niveaux du réseau. Le texte doit faire l’objet de textes d’application ultérieurs, mais c’est une machine à interdire », s’étonne auprès du Figaro un représentant de la filière française des opérateurs. Une analyse partagée par leurs organisations européennes, Connect Europe et la GSMA. Dès la publication du projet, ces dernières ont alerté sur les coûts supplémentaires qu’entraînerait une telle interdiction. Henna Virkkunen évoque une facture comprise entre 3 et 4 milliards d’euros pour retirer les équipements des fournisseurs à haut risque. Des coûts jugés « probablement sous-estimés » par Connect Europe. La GSMA estime pour sa part que « tous les éléments d’équipement ne présentent pas le même niveau de sensibilité, ce qui rend les approches uniformes inutiles et disproportionnées ».

Les opérateurs français apparaissent toutefois moins exposés que certains de leurs homologues européens. Les équipements chinois représentaient moins de 17 % des équipements radio 5G en France il y a encore deux ans, contre près de 60 % en Allemagne, selon une étude du cabinet Strand Consult. Une proportion qui a probablement encore reculé, même si SFR et Bouygues Telecom, qui utilisent des antennes Huawei, ont obtenu des reports successifs de leur démantèlement jusqu’en 2032. « Les équipements critiques et les cœurs de réseaux français ont rapidement été nettoyés », indique un cadre d’un opérateur. « Il doit rester une poignée d’équipements passifs, mais le cycle de renouvellement est rapide sur ce type de produit. En France, on devrait pouvoir gérer les choses sans paniquer. »

La situation s’annonce en revanche plus complexe à l’international. Sur le mobile, Orange va devoir accélérer le retrait de ses équipements Huawei dans plusieurs pays européens où il est présent, notamment en Pologne, en Espagne et en Roumanie. « Sortir intégralement Huawei d’ici à fin 2031 de leurs réseaux télécoms en Europe, c’est un délai relativement court », souligne un bon connaisseur du groupe. La question se posera également pour Iliad, présent en Italie, en Pologne, dans les pays baltes ou encore en Suède. Sollicités par nos confrères, Orange et Iliad n’ont pas souhaité commenter.

Sur le fixe, le chantier s’annonce tout aussi conséquent. En France, Orange exploiterait encore des milliers d’équipements Huawei dans ses nœuds de raccordement optique, ces infrastructures où convergent les lignes d’abonnés d’un même quartier ou d’une commune. Si les délais imposés pour le retrait de ces équipements restent plus flous que pour le mobile, il s’agira d’un travail de longue haleine. « Le souci, pour les opérateurs, c’est la liberté de choix. Sur le fixe, il n’y a guère que Nokia et Huawei qui proposaient une partie des équipements. Ce n’est jamais bon de passer en mono-fournisseur », insiste un industriel du secteur.

Source : Le Figaro

Cet article a été repris sur le site Univers FreeBox