Face aux insécurités, Orange ne rouvrira pas son site à Marseille pour tous ses employés
La fin du calvaire pour beaucoup d’employés.
Après deux fermetures temporaires de quinze jours autour des fêtes de fin d’année, le site Orange de Saint-Mauront, dans le 3e arrondissement de Marseille, ne rouvrira pas pour l’ensemble de ses salariés. Environ un millier d’employés y étaient rattachés depuis la fermeture progressive des autres bureaux marseillais, dans le cadre d’une politique de regroupement lancée en 2022.
La décision intervient dans un contexte d’insécurité croissante, dénoncée depuis plusieurs mois par des syndicats. Le 7 janvier, au retour des vacances de Noël, une dizaine d’impacts de balles ont été découverts sur des façades et dans des salles de réunion du bâtiment. Un épisode de trop, après des bagarres de rue et un confinement des salariés fin octobre, à la suite de tirs présumés en pleine journée.
Côté salariés, le soulagement domine. « Je suis bien contente de ne pas avoir à y retourner », confie à 20 Minutes Mireille*, employée chez Orange depuis 1991. « J’allais au travail la peur au ventre », poursuit-elle, évoquant « des attroupements » et « des regards méchants et pas rassurants ». Ces derniers mois, l’ambiance se serait encore dégradée : « L’impression de se retrouver dans “Bac Nord” ».
Situé près du métro National, le quartier de Saint-Mauront concentre des difficultés sociales anciennes. Dans cet environnement marqué par la pauvreté et la présence de points de deal, les tags liés au trafic débordent jusqu’aux abords du siège d’Orange. Malgré des patrouilles policières régulières, deux agents de sécurité filtrent désormais l’accès au site.
La fermeture pénalise aussi les sous-traitants. Une employée du restaurant d’entreprise regrette un déménagement imposé à Luminy : « Du coup, je fais deux heures de transport par jour. A la fin, c’est nous, les sous-traitants, qui sommes pénalisés », tout en reconnaissant que « ce qu’il s’est passé fait peur ».
Le syndicat majoritaire CFE-CGC se dit « soulagé » et « satisfait » de cette décision, qu’il réclamait de longue date. « Dans l’immédiat, il y a environ 150 places de disponibles dans des bureaux de coworking d’Orange, avenue du Prado, à Aix et à Aubagne », explique Nadège Poët, déléguée syndicale, qui milite pour la réouverture de nouveaux sites, « dont au moins un dans le sud de la Marseille ». Tous les salariés ne quitteront toutefois pas Saint-Mauront. Le site restera une base pour les techniciens et pour certaines infrastructures télécoms nécessitant une présence sur place.
La lecture des événements divise les syndicats. Pour Olivier Neri, délégué CGT, « la première erreur a été la politique de regroupement sur un site unique ». Il dénonce une « instrumentalisation de l’insécurité et du narcotrafic » et rappelle que le site, créé en 1974, symbolisait selon lui la responsabilité sociale des entreprises dans les quartiers populaires.
Du côté des autorités, la préfecture assure avoir pris les inquiétudes « très au sérieux », renforçant la présence policière et maintenant un dialogue étroit avec la direction d’Orange. Concernant les tirs, elle indique que « la plainte a été traitée, l’enquête avance et ne devrait pas tarder à aboutir ».