Fusion TF1-M6 : l’autorité de la concurrence a du pain sur la planche

Fusion TF1-M6 : l’autorité de la concurrence a du pain sur la planche

Publicité gratuite, conditions de ventes des programmes, droits et distribution, l’autorité de la concurrence va se pencher de manière intensive sur le projet de fusion entre TF1 et M6. Une décision sera rendue à l’été 2022.

Impérieuse nécessité à leurs yeux, la consolidation se présente aujourd’hui comme un rempart naturel face au tsunami des plateformes de streaming vidéo comme Netflix ou Disney+. Le 17 mai dernier, les géants de l’audiovisuel français, TF1 et M6, ont annoncé  avoir signé un protocole d’accord de fusion de leurs activités afin de faire front commun. Les deux groupes espèrent boucler l’opération d’ici fin 2022 mais il leur faudra recevoir le feu vert de l’autorité de la concurrence. Invitée mardi sur le plateau de BFM Business, sa présidente, Isabelle De Silva, a annoncé la couleur, le dossier TF1/M6 occupera le régulateur “de façon très intensive” dans les prochains mois, pour une décision sur le projet de fusion d’ici l’été 2022.

L’autorité a du pain sur la planche. L’un des sujets majeurs à examiner sera la publicité gratuite. La présidente pose la question : “Est-ce que ce marché doit être modifié pour intégrer peut-être toute la publicité en ligne et peut-être certains segments de la publicité en ligne?”. Et d’ajouter, “pour savoir si c’est un mouvement qu’il faut faire, et qui n’a pas encore été fait ni en France ni en Europe, nous allons interroger de manière très approfondie les acteurs, ceux qui font de la publicité, ceux qui achètent des espaces publicitaires, pour voir si les choses sont comparables”.

Autre étude au programme de l’ autorité administrative indépendante française, l’impact de cette fusion sur l’acquisition des droits des contenus audiovisuels, que ce soit l’acquisition de films ou encore les droits sportifs. “Lorsqu’il y a un rapprochement entre deux acteurs qui pèsent déjà lourd comme TF1 et M6, cela peut modifier les conditions de vente des produits ou des programmes par les producteurs. C’est un élément important”, pointe Isabelle De Silva. La distribution des programmes gratuits via les box des opérateurs sera aussi passée au peigne fin. L’objectif est d’examiner si ce rapprochement peut causer un effet négatif pour la concurrence.

Inquiétudes ici et là

A l’annonce de ce projet, les annonceurs ont vite manifesté leurs inquiétudes. Cette fusion pourrait selon eux déboucher sur une situation de monopole, sachant que les TF1 et M6 contrôleraient 70 % des encarts publicitaires. “La capacité à contrôler le prix à l’achat et à la vente, la limitation de la capacité de nouveaux entrants à pénétrer le marché, la réduction de l’innovation… Tout cela est inquiétant pour les marques, qui ont besoin de la télévision pour se développer”, a expliqué Jean-Louis Chetrit, le président de l’Union des marques. Mais Molotov, plate-forme de streaming permettant de regarder gratuitement la télévision sur PC, smartphone, tablette et télévision connectée, n’a pas non plus tardé à émettre des réserves concernant la fusion de ces mastodontes du PAF représentant 40 % de part d’audience de la télévision.

Aux yeux de Jean-David Blanc, l’un des fondateurs de Molotov, il y a des “risques vitaux” pour les autres acteurs. “Il est clair qu’une fusion de cette taille-là est une remise en cause de tous les équilibres dans le monde de l’audiovisuel, avec des impacts potentiellement importants, voire dévastateurs, dans plusieurs domaines de cette industrie, comme par exemple la production, la publicité et, pour ce qui nous concerne, la distribution”, a-t-il expliqué le mois dernier sur Europe 1. Pas opposé par principe au projet, Jean-David Blanc a toutefois saisi de l’autorité de la concurrence et du CSA pour obtenir des garanties.

 

 

Source : Reuters.