“Quand le consommateur choisit votre produit parce que c’est le meilleur, j’adore” Xavier Niel se confie aux Echos

“Quand le consommateur choisit votre produit parce que c’est le meilleur, j’adore” Xavier Niel se confie aux Echos

Tous les 15 jours Les Echos se déplacent chez un entrepreneur de la Tech pour un entretien-petit déj’ intimiste. Cette semaine c’est au tour de Xavier Niel – l’emblématique fondateur de Free et source d’inspiration pour nombre de jeunes entrepreneurs – de passer une petite heure en compagnie de Guillaume Bregeras, journaliste en charge des start-up au quotidien.

Au programme, dans une discussion à bâtons rompus, retour sur le monde des télécoms, les investissements qu’il réalise dans des start-ups via Kima Ventures, sur la confrontation avec la Silicon Valley et la place de la France dans cet environnement, et bien sûr, sur l’expérience Station F le plus grand incubateur de jeunes pousses au monde qu’il a créé dans la capitale.

Les débuts dans les années 2000

Le patron de Free revient sur des anecdotes sympathiques comme sa première rencontre avec Google dans les année 2000, une start-up dans laquelle il a failli investir : "on faisait un petit tour des boîtes de la Silicon Valley avec lesquelles on avait envie de bosser. Google faisait partie des moteurs de recherche qu’on utilisait, ils n’avaient pas de version française et étaient en train de faire une levée de fonds, on avait trouvé ça drôle de se dire que peut-être en achetant les droits pour la France de Google, ça nous aurait permis d’avoir un produit qui marchait bien. Il y avait une petite différence au niveau finance : on proposait 2 millions de francs et eux étaient plus dans 10 millions de dollars et encore…"

La complicité avec Pierre Bergé 

Xavier Niel se livre aussi un peu sur la complicité qu’il avait avec Pierre Bergé disparu en septembre dernier. La première fois "avec Pierre on s’est découverts, on est des gens très différents et on s’est rencontrés un peu par hasard en 2010 pour sauver le journal Le Monde. Et puis on a appris à s’apprécier, peut-être même à s’aimer, le mot est peut-être un peu fort mais on était tellement différents que chacun hallucinait de l’autre. Une des blagues classiques de Pierre était de m’acheter des livres avec très peu de pages et écrits très gros et il me disait "celui-là je suis sûr que vous arriverez à le lire". J’adorais ça, ça me faisait rire, en plus je les lisais, il avait raison. Son décès m’a beaucoup touché".

Le monde des télécoms

Sur l’agressivité et la dureté du monde télécoms, la dureté en affaire "existe en réaction, d’autres sont durs donc je suis obligé de devenir dur. C’est par obligation que vous devenez dur". "Dans les télécoms je suis dans un environnement où on a créé cette dureté. On a en face de nous des gens qui ont abusé de position dominante, qui ont pratiqué probablement des prix trop élevés. A la suite de ça ils ont laissé une porte ouverte pour qu’il y ait un nouvel entrant et ce nouvel entrant arrive en étant agressif, mais un peu par obligation, pour naître et avancer". Ensuite les concurrents répondent et "il y a une escalade", pas avare d’un bon mot comme à son habitude Xavier Niel ne se souvient plus qui a commencer "je pense que c’est eux, nous on est plutôt sympa". 

Scandale Facebook Cambridge Analytica

Parmi les autres sujets abordés le scandale Facebook/Cambridge Analytica sur l’utilisation des données personnelles, Xavier Niel relativise : "ils vont se mettre un peu de limites, ça aura peut-être un petit impact sur leur chiffre d’affaires et encore je ne suis même pas sûr. Juste, ils vont se créer une image qui correspond à ce qu’on attend d’eux, c’est-à-dire une société jeune qui s’est créée, qui a avancé vite et puis maintenant il faut tout remettre en ordre. Il vont le faire très naturellement. Après, leur puissance, elle n’est là que pour pousser d’autres personnes à avoir des idées meilleures".

Enfin ce qui fait rêver Xavier Niel n’a pas changé c’est "quand le consommateur choisit votre produit parce que c’est le meilleur, j’adore, ça me fait tripper ça".