SFR explique comment et pourquoi il souhaite fibrer la France seul et sans argent public

SFR explique comment et pourquoi il souhaite fibrer la France seul et sans argent public

Est-ce mission impossible ? 

Alors que Michel Paulin, directeur général de SFR, a assuré le 12 juillet dernier vouloir « fibrer intégralement la France, et ce sans argent public », l’opérateur en a dit plus hier sur son engagement sans pour autant chiffrer le coût global du projet. Comme le rapporte l’AFP, l’opérateur au carré rouge a affirmé « qu’il n’aura pas besoin d’augmenter le niveau actuel de ses investissements en infrastructures afin de déployer son propre réseau de fibre. » SFR compte couvrir 90% de la population d’ici la fin de l’année en 4G et 99% avant fin 2018 avant de réorienter ses investissements vers la fibre, ce qui aura pour conséquence de « réduire les frais de "dégroupage", actuellement de l’ordre de 800 millions d’euros par an payés à Orange pour utiliser le réseau haut débit en cuivre de l’opérateur historique », relate l’agence de presse.

Auditionné hier au Sénat lors de la table ronde des opérateurs, Régis Turini secrétaire général de SFR a d’ailleurs expliqué pourquoi l’opérateur avait fait cette proposition à la surprise générale :

 « Sur la zone d’initiative publique, on considère que le modèle de déploiement de la fibre à travers les RIP est en train de se modifier, est en train de devenir obsolète pour deux raisons, d’abord il y a une concurrence très importante sur ce marché qui incite selon nous certains acteurs à engager une espèce de course à la subvention publique et qui augmente artificiellement les prix. D’autre part, nous pensons que les processus d’appels d’offres tels qu’ils existent aboutissent à des coûts qui sont trop élevés par rapport à la réalité. La preuve que le système est obsolète est qu’il ne permet pas de tenir les engagements des pouvoirs publics et ça c’est la Cour des comptes qui le dit dans son fameux rapport, où elle indique clairement que les objectifs du plan THD ne seront pas tenus que ce soit au niveau des délais ou au niveau des montants qui ont été initialement prévus. »

En clair, SFR estime ici qu’il est possible de faire économiser de l’argent public et que « c’est une priorité dans le contexte, tout en donnant accès au très haut débit au plus grand nombre. »

La création d’une structure ad hoc

Alors qu’un certain scepticisme ambiant prend place depuis cette annonce notamment au sujet de la capacité de SFR à tenir cet engagement, Régis Turini répond : « cette année SFR a réalisé des déploiements record grâce à l’usine de production, nous avons considérablement augmenté notre couverture 4G et nous avons démontré notre capacité à déployer massivement le très haut débit car ce que nous avons fait dans la 4G, nous allons le faire dans la fibre. Nous allons d’ailleurs créer une structure ad hoc qui assurera l’ensemble des travaux de déploiement. »

Au sujet du faible investissement de SFR sur la zone AMII qui pourrait aussi remettre en cause la faculté du FAI à fibrer toute la France d’ici à 2025 comme annoncé, le secrétaire général de SFR fait une promesse : « SFR s’engage à réaliser la couverture de notre part de la zone AMII qui est sous contrat avec Orange d’ici 2020 donc dans les délais, peut être qu’aujourd’hui c’est 14% mais nous nous sommes engagé à le faire. Chaque année SFR investit deux milliards dans le très haut débit donc cet investissement est au coeur de notre stratégie. » 

L’intéressé rappelle à ce titre que dans de nombreux pays comme l’Angleterre ou encore le Portugal ou SFR déploie actuellement la fibre, il n’y a pas de subventions publiques donc il y a possibilité de procéder autrement, « en prenant nos propres risques là où nous sommes propriétaires de notre réseau et maître de notre destin. » Avant de conclure « faites confiance aux opérateurs télécoms, nous faisons beaucoup et nous allons continuer. » D’ailleurs SFR ne compte pas demander de contrepartie comme un allégement fiscal, la seule chose dont le groupe a actuellement besoin à ses dires, « c’est l’autorisation de voirie » délivrée par la commune ou le département pour ce type de travaux. L’AFP informe enfin que SFR pourrait à ce titre racheter des réseaux appartenant aux collectivités, des opérateurs locaux seraient même intéressés d’après Michel Combes, PDG de SFR.