Guerre des contenus : Orange et SFR, un possible duopole qui pourrait nuire à Free et Bouygues Télécom ?

Guerre des contenus : Orange et SFR, un possible duopole qui pourrait nuire à Free et Bouygues Télécom ?

 

Convergence ou déploiement de la 4G et de la fibre, il faut choisir. 

 

C’est un état de fait, Sébastien Soriano, président de l’ARCEP, ne cesse de s’inquiéter de l’intérêt de SFR ou d’Orange pour la convergence médias-télécoms. Le risque majeur : un frein réel pour les investissements dans la 4G et la fibre. Les deux mastodontes financiers pourraient même finir par créer un duopole à l’avenir.

En effet, les contenus sont devenus le nerf de la guerre et chez l’opérateur au carré rouge, on ne se le cache pas : « notre groupe, ce sont mille spécialistes des contenus. Ce ne sont pas seulement des gens de télécoms qui essaient de faire du contenu. Sur la convergence, il n’y a pas de débat. Au Royaume-Uni, British Telecom, qui sert de modèle à SFR, a investi dans les contenus pour recruter des abonnés. Il est indispensable que des opérateurs fassent de même, sinon leur valeur ajoutée sera extrêmement faible », soulignait Alain Weil le patron de SFR Media en janvier dernier.

Droits sportifs, cinéma et presse, voici les enjeux de demain en parallèle du déploiement de la fibre et de la 4G dans l’hexagone. A ce propos, l’opérateur historique ne le nie plus. Sébastien Soriano s’en était d’ailleurs agacé le 29 janvier dernier dans le Financial Times : « il y a un fort risque que cela diffère les investissements dans les réseaux télécoms en France. Je préférerais les entendre avec un message clair disant qu’ils investissent dans la fibre, la 4G, la 5G, plutôt que cette discussion permanente sur le contenu.»

Orange veut sécuriser l’accès aux contenus premiums

En effet, du côté d’Orange, Stéphane Richard l’a encore une fois rappelé la semaine dernière : « Orange est un acteur important dans la télévision avec 7 millions de clients en France, donc le groupe s’intéresse forcément au sujet des contenus, Orange doit surtout sécuriser l’accès de tous ses clients aux meilleurs contenus », et se dit « être attentif à tout sur le marché français », car « il est impensable que nos clients puissent être non pas privés parce qu’il n’y aura pas d’exclusivité, mais en tout cas que les conditions économiques de l’accès à ces programmes puissent être bouleversées par un changement de donne dans la répartition de ces droits », avant de conclure que « si on doit intervenir plus directement pour protéger nos intérêts, on le fera. » Une sorte de mise en garde pour SFR et l’affirmation d’une volonté de consolidation avec Canal+ afin de contrer probablement l’appétit gargantuesque de Patrick Drahi.

L’Arcep voit d’un mauvais oeil une situation de duopole

Pourtant Sébastien Soriano avait déjà averti dans le Financial Times le mois dernier qu’ « un scénario vraiment mauvais pour nous serait un scénario où deux joueurs seraient engagés dans des stratégies de différenciation des médias. Il y a un risque élevé que le marché se dirige vers un duopole, ce qui pour nous est terrible. Les duopoles sont très difficiles à réglementer. » Avant d’ajouter que pour l’heure, le régulateur était en quelque sorte impuissant face à la convergence et que si la tendance se développait, « un nouveau cadre réglementaire pourrait être nécessaire. »

Bouygues ne suit pas

Cette obsession pour la convergence selon le site Edition Multimédi@, pourrait faire ainsi « basculer dans un duopole néfaste », qui viendrait « cette fois de la bataille sur de coûteux contenus qui pourraient disqualifier les opérateurs concurrents qui n’auraient pas les reins assez solides pour surenchérir. ». En conclusion : « si Orange et SFR persistent dans cette bataille médiatique , Bouygues Telecom et Free pourraient en pâtir et voir leur avenir hypothéqué. » L’opérateur de Martin Bouygues est on ne peut plus clair sur la question : il est hors de question d’entrer dans cette guerre des contenus, le réseau passe est prioritaire comme le martelait Didier Casas, DG adjoint de l’opérateur le mois dernier : « nous considérons que notre métier est avant tout d’investir dans les réseaux ». A ses yeux, « chaque euro qui est investi pour acheter les droits du football anglais, d’un championnat ou pour produire des séries, sont des euros qui ne sont pas investis dans les réseaux. ».

Xavier Niel et Mediawan

Du côté de Free, Xavier Niel souhaite développer ses activités dans l’audiovisuel. Mais contrairement à Patrick Drahi, les actifs télécoms et médias du fondateur de Free sont logés dans des entités différentes. En effet c’est au travers de Mediawan, le fonds créé avec Pierre-Antoine Capton et Matthieu Pigasse, que Xavier Niel investit dans les médias audiovisuels. Cela implique que tous les projets que va lancer Mediawan ne se retrouveront pas, de facto, sur la Freebox, mais les négociations seront grandement facilitées.