OVH : Si le projet de loi relatif au Renseignement passe, « nous irons de l’autre côté de la frontière »

OVH : Si le projet de loi relatif au Renseignement passe, « nous irons de l’autre côté de la frontière »

Nous vous en parlions hier, dans un communiqué commun et porté par OVH, sept hébergeurs menacent de quitter le territoire français si le projet de loi relatif au Renseignement est voté en procédure accélérée.

Dans une interview accordée à Les Echos, Octave Klaba, fondateur et directeur général de l’hébergeur OVH, a expliqué ses intentions, si la loi est votée. Il explique que d’ici à septembre, l’hébergeur doit décider comment répartir et où investir, son plan d’investissement de 400 millions d’euros sur trois ans. Pour le fondateur d’OVH, « si la loi est votée, nous irons mettre nos serveurs ailleurs. Actuellement, en France, nos principaux « data centers » sont situés à Roubaix, à Gravelines et à Strasbourg. Si la loi passe, nous irons de l’autre côté de la frontière au Royaume Uni, en Allemagne… Si nous ne le faisons pas, il faudra nous résoudre à voir nos clients partir : 40% de notre activité concerne des clients étrangers (de Singapour, des Etats-Unis, d’Italie, etc.). Les Allemands, pour des raisons historiques, sont très soucieux de ces questions de surveillance. […] Le projet de loi sur le renseignement rapproche la France des pires régimes ».

Axelle Lemaire : « Je parle à Octave demain ».

Alertée et consciente qu’il s’agit d’un pan majeur de l’activité économique et numérique en France, Axelle Lemaire, Secrétaire d’Etat au Numérique tente visiblement de rattraper le coup en recevant Octave Klaba dès demain. En effet, celle-ci explique sur Twitter : « Je parle à Octave demain, à mes collègues tout le temps. Quant au UK, bonne chance…».

Au coeur de leur révolte, la crainte de perdre des milliers de clients. En effet, les 7 hébergeurs estiment que le projet de loi ainsi présenté est « non seulement liberticide, mais également anti-économique, et pour l’essentiel, inefficace par rapport à son objectif ».

Le communiqué publié hier par les hébergeurs, et dont nous vous faisions l’écho, explique notamment que les hébergeurs français n’hébergent pas que des clients français : ils accueillent des clients étrangers d’Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne, Pologne, Etats-Unis, Brésil, etc. « En tout 30 à 40 % du chiffre d’affaire des hébergeurs est réalisé par ce biais. Ces clients viennent parce qu’il n’y a pas de Patriot Act en France, que la protection des données des entreprises et des personnes est considérée comme importante. Si cela n’est plus le cas demain en raison de ces fameuses « boîtes noires », il leur faudra entre 10 minutes et quelques jours pour quitter leur hébergeur français ».

Ils contestent notamment le projet d’imposer aux hébergeurs français d’accepter une captation en temps réel des données de connexion et la mise en place de « boîtes noires » aux contours flous dans leurs infrastructures.

Pour ces hébergeurs, le résultat est sans appel : « nous devrons déménager nos infrastructures, nos investissements et nos salariés là où nos clients voudront travailler avec nous. Reims, Rennes, Roubaix, Paris, Brest, Toulouse, Rodez, Figeac, Grenoble, Montceau les Mines, Strasbourg et Gravelines sont autant de villes où nous supprimerons des emplois au lieu d’en créer des centaines dans les années qui viennent. Ce sont des milliers d’emplois induits par le Cloud Computing, le Big Data, les objets connectés ou la ville intelligente que les startups et les grandes entreprises iront aussi créer ailleurs ».