Précisions sur l’installation de la fibre par Free

Alexandre Archambault, le responsable des affaires reglementaires chez Free, n’intervient pas souvent dans les newsgroups, mais quand il le fait, ce n’est pas à moitié ! C’est ainsi qu’il a pris sa plume pour répondre à certaines questions que se posaient les freenautes, sur, entre autre, la mutualisation de la fibre qui sera installée dans les immeubles :

Free va-t-il partager son câblage vertical avec France Telecom ?

Oui. Et pas que le vertical, mais également l’horizontal, et pas qu’avec France Télécom.

La mutualisation du vertical seulement est un leurre, car c’est essentiel mais pas suffisant. Essentiel certes, mais en même temps pas absolument indispensable dans la mesure où hormis quelques cas particuliers, il est tout à fait possible de faire passer (contraiement à ce qu’on peut lire ici ou là, n’allez pas croire qu’un câble 48 paires est 48 fois plus gros qu’un cable d’une paire) plusieurs câbles de plusieurs opérateurs dans une même colonne montante.

L’objectif n’est pas tant de limiter le nombre d’opérateurs dans un immeuble, mais faire en sorte que pour une techno donnée il n’y ait pas chez l’abonné final autant de prises qu’il y aura d’opérateurs, et sur ce point il y a consensus. Par contre, ça diverge sur la façon d’atteindre cet objectif légitime.

Ce qui compte avant tout, c’est la mutualisation de l’accès à l’abonné, et autant faire en sorte que cela soit le plus efficace, d’où la priorité donnée au dégroupage au niveau du NRO (par exemple, plutôt que d’aller poper individuellement plusieurs dizaines de miliers d’immeubles, on propose de venir se raccorder sur les quelques dizaines de NRO correspondants), sans pour autant exclure complètement le pied d’immeuble.

Car contrairement à une croyance répandue, c’est pas tant rentrer et câbler immeuble qui est le plus difficile, c’est comment l’atteindre. En se focalisant sur la mutualisation du vertical, on risque de passer à côté de l’essentiel, à savoir s’assurer d’une diversité de choix la plus large possible pour le consommateur.

Car à quoi peut servir une mutualisation du vertical si au niveau de l’horizontal les perspectives d’accès sont très limitées et que le premier arrivé ne souhaite pas ouvrir son réseau en amont ?

C’est un peu comme si le dégroupage avait eu lieu uniquement au niveau des immeubles, ou de la sous-boucle : dans ses conditions, il n’aurait pas rencontré le succès que l’on connait et qui a été le principal stimulant de l’intensité concurrentielle et de l’innovation. Bref, pas vraiment le meilleur moyen de s’assurer d’une diffusion massive et rapide.

Par ailleurs, le pied d’immeuble pose pas mal de questions quand on vit ailleurs que dans le monde des Bisounours :

-> où sera-t-il situé : sur la voie publique (avec donc redevances de voirie – à la charge de qui ? – et risques de dégradations, qui gérera le référentiel réseau ?) ou dans l’immeuble (et comment y accéder, comment gérer les accréditations, que faire si l’accès est payant, qui gérera le référentiel réseau, à quel coût ?)

-> qui gérera le référentiel réseau commun : cela suppose donc de monter un SI dédié pour éviter des erreurs de raccordements. A quel coût donc, surtout si c’est un tiers qui s’y colle car cela peut très vite exploser les coûts.

-> quel sera le coût : car si on y prend pas garde (par exemple en laissant le monde de l’immobilier gérer cela), les coûts vont vite dériver, si tant est qu’au final l’accès en pied d’immeuble n’aura guère d’intérêt, si ce n’est contribuer à la constitution de nouvelles barrières à l’entrée.

Car quand on regarde l’évolution du réseau cuivre, ce n’est pas pour rien que l’opérateur historique a tout fait pour que les points d’intervention sur le réseau ne soient plus en parties privatives pour privilégier en zones denses la distribution directe et ailleurs les sous-répartiteurs sur voie publique. Car au bout de quelques années, la gestion des raccordements dans les immeubles était devenu un cauchemar : techniciens qui ne parvenaient plus à rentrer (parce que les clés ou le gardien avaient changés, que le technicien n’était plus dans la liste des personnes accréditités), référentiel qui n’était plus maintenu, vandalisme et autres branchements sauvages…

Et on voit difficilement pourquoi il en serait autrement avec l’optique.

L’offre de dégroupage fibre de free va-t-elle voir arriver de tous nouveaux opérateurs qui ne s’appuieront que sur cette offre ?

C’est possible, modulo les dispos car comme on est plus dans un contexte de monopole d’exploitation par la puissance publique, qui pouvait réquisitionner des immeubles entiers pour en faire de véritables cathédrales urbaines, le nombre d’opérateurs pouvant accéder aux NRO ne sera pas illimité.

Grosso modo, cela s’inspirera dans les grandes lignes de la localisation distante, ie c’est le demandeur qui fait son affaire du raccordement au NRO.

Free est-il destiné à devenir un opérateur fibre historique ?

Dans la mesure où il existe au moins 3 opérateurs majeurs sur la ligne de départ, il est vraiment prématuré de parler d’opérateur fibre historique à ce stade.

Certains opérateurs vont-il se coordonner pour fibrer des zones différentes afin d’étendre la pénétration globale de la fibre ?

Euh, on vous charge d’expliquer cela au Conseil de la Concurrence, qui voit d’un très mauvais oeil toute "entente" entre acteurs d’un même marché et qui porte une attention toute particulière à ce qui peut se passer (coucou la Place d’Alleray) dans le secteur des communications électroniques ?

Free va-t-il réellement pouvoir tenir son offre à 30euros sans autres frais ? Pourront-ils tenir la charge des abonnements ?

C’est marrant, on a déjà entendu cela il y a quelques années 🙂

Free n’ayant pas pour habitude que de faire des plans d’affaires qui ne tiennent pas la route, les 30 euros seront tenus pour l’offre standard pour celles et ceux qui opteront pour la migration à l’occasion du fibrage de l’immeuble. Pour les autres qui se décideraient par la suite, il a été également dit que des frais de raccordement seront à prévoir, fonction de ce qui sera rencontré au niveau local.

Et concernant le niveau général, rappelons que si les prétentions des gestionnaires d’immeubles (pour le vertical) / collectivités (pour l’horizontal) se montrent déraisonnables, cela pourra très bien se répercuter sur la facture (par ex. x euros au titre droits de passage de la ville Y, y euros au titre des redevances réclamées par votre gestionnaire d’immeuble) : ambiance assurée dans les AG 🙂

Orange auraient-ils intérêt à utiliser l’offre de dégroupage de free en les aidant pour le câblage horizontal et/ou vertical ?

De nombreux experts s’accordent à penser qu’une mutualisation des déploiements a un sens. Prenez par exemple Neuf et Free : on a beau s’étriper sur le marché de détail, cela n’empêche pas de mutualiser les efforts sur les déploiements et infrastructures dès lors que cela permet à l’un comme à l’autre de pouvoir répliquer ses propres offres de façon totalement indépendante, ce qui in fine ne peut que bénéficier au consommateur.

C’est le sens de l’offre de dégroupage fibre de Free : un accès à un support passif (on a dit support et passif, donc pas de lambdas et autres équipements actifs) qui permettra à un accédant de disposer d’une continuité optique vers un abonné ou un immeuble, lui laissant le choix de sa techno de raccordement (P2P ou PON). Le tout à un tarif permettant de répliquer l’offre.

Mais bon, France Telecom / Orange est un peu sujette au syndrôme NIH (Not Invented Here – Ca ne sort pas de chez nous), et en plus, si ça vient de chez Free, c’est qu’il y a forcément une baleine sous le gravier. Mais on désespère pas de les voir percuter un jour en admettant qu’ils n’ont plus le monopole des bonnes intentions pour l’équipement de la France en infrastructures de communications modernes et performantes.

Et comme en ce moment ils sont plutôt d’humeur boudue à la suite des étrennes qu’on leur a destiné (on leur avait pourtant expliqué les yeux dans les yeux en 2000 que réparation serait demandée le moment venu face à de telles pratiques anti-concurrentielles), la balle est plus que jamais dans leur camp.

Et pour le reste, oui, le déploiement (et tout ce qui va avec…) suit son cours, et non, ne comptez pas sur nous pour laisser filer dans la nature des indications précieuses dans la mesure où ce groupe n’est pas que suivi par les geeks et donc un peu lurké en d’autres lieux 🙂

Alec,

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