Une nouvelle étude à charge contre Free Mobile tire un bilan négatif, en usant de contre vérités

Une nouvelle étude à charge contre Free Mobile tire un bilan négatif, en usant de contre vérités
 
En ce jour anniversaire de Free Mobile, l’opérateur voit débarquer 2 études annonçant que son réseau n’est pas de bonne qualité. Pour troisième cadeau d’anniversaire, c’est une étude de deux économistes qui s’attaquent cette fois ci à la perte pour la collectivité suite à l’arrivée de Free Mobile.
 
Pierre Kopp, professeur à l’université de Panthéon-Sorbonne (Paris I), et Rémy Prud’homme, professeur émérite à l’université Paris XII expliquent dans la Tribune, les résultats de leur étude. Une étude qui est d’emblée faussée puisqu’elle ne s’intéresse pas au sujet de façon macro économique, mais uniquement au secteur des télécoms. Autrement dit, le gain de pouvoir d’achat pour les français (1,2 milliards d’euros, chiffre concordant selon les différentes études) n’a pas été réinvesti dans l’économie mais est parti en fumée. Un postulat qu’il est pour le moins difficile de défendre. 
 
Mais cette étude ne se limite à cette grossière approximation, la plupart des arguments sont pétris d’omissions ou de contre vérités. Quelques exemples :
 
« Les opérateurs historiques, et Free qui n’est pas rentable dans le mobile, ont perdu 1,3 milliard d’euros. Ce dont on ne doit pas se réjouir trop vite. Car moins de bénéfices pour les entreprises cela veut aussi dire moins d’emplois et moins de dépenses. La situation n’est pas meilleure du côté des finances publiques – un aspect crucial à l’heure des économies budgétaires. La baisse de la TVA collectée, celle des redevances Copé et des redevances sur les fréquences, de l’Impôt »
 
Faux : Le postulat de départ étant faux, les deux économistes ne peuvent qu’arriver à une conclusion erronée. En effet, l’argent qui ne sera pas dépensé chez les opérateurs mobiles, le sera dans d’autres produits (immédiatement ou plus tard si une partie devait être placée). La TVA collectée sera donc approximativement la même, que les français achètent des abonnements télécoms ou d’autres produits. Cela sera en partie vrai également pour l’impôt sur les sociétés (il y en aura certes moins de ponctionnée chez les opérateurs, mais plus dans les entreprises d’autres secteurs dans lesquelles le gain de pouvoir d’achat sera dépensé"
 
« Les recettes de l’Etat via sa participation à Orange ne sont pas compensées par les bénéfices de la vente de la licence à Free. Les finances publiques s’appauvrissent annuellement de 0,5 milliard d’euros. »
 
Omission : Comme l’a déjà indiqué Orange, la redevance payée par Free Mobile à Orange pour l’utilisation de son réseau, couvrira en grande partie la perte de chiffre d’affaires induite par l’arrivée de Free Mobile. Cette donnée importante n’est pas prise en compte par cette étude.
 
« Le marché des communications mobiles est mature. Il y a déjà plus de mobiles que d’habitants en France. La répartition des utilisateurs entre les différentes firmes deviendra dans les années à venir un jeu à somme presque nulle. Avec son offre low cost, Free ne peut guère que prendre des clients aux autres firmes, mais pas augmenter considérablement le nombre total des clients. »
 
Faux : Le parc global d’abonnés mobiles a explosé depuis l’arrivée de Free Mobile. Ce que montre d’ailleurs la dernière étude de l’ARCEP. Par ailleurs, dans le secteur du mobile, le marché n’est pas mature à partir du moment où chaque français dispose d’un abonnement. Ce chiffre dépasse d’ailleurs allègrement les 130% dans certains pays.
 
Extrait de l’étude de l’ARCEP :
 
Le nombre de clients des services mobiles atteint 72,0 millions au 30 septembre 2012, ce qui correspond à un taux de pénétration de 110,3% de la population au niveau national (métropole et outre-mer). Le parc total augmente de 7,4% en un an, soit le plus fort taux de croissance annuelle enregistré depuis dix ans. 
 
En métropole, le nombre de clients s’élève à 69,3 millions (+7,6% sur un an), soit 1,5 million de clients supplémentaires en trois mois : c’est la plus forte croissance pour un troisième trimestre, en particulier pour les abonnements mensuels (+940 000 forfaits environ) et pour les cartes « Machine to Machine » (+460 000), qui avaient déjà fortement augmenté au cours du premier semestre 2012. L’arrivée de Free Mobile aura donc contribué à faire fortement augmenter le marché des abonnements mobiles.
 
« L’un des grands mérites de la concurrence est de pousser les firmes à l’innovation technologique. Les opérateurs de téléphonie mobile sont en réalité davantage des commerçants que des industriels. Cela n’est évidemment pas une critique. On peut attendre d’eux des innovations principalement commerciales et marketing. Le low-cost introduit par Free en est une, et elle est la bienvenue. La publicité, le marketing, la subtilité des systèmes d’abonnement, etc. sont les domaines où l’innovation se manifeste – et se manifeste abondamment – dans le secteur de la téléphonie mobile. On ne voit pas bien en quoi ces formes d’innovation sont stimulées par l’arrivée d’un 4ème opérateur, ni (dans l’hypothèse où elle le serait) le gain social qui résulterait d’une telle stimulation. »
 
Doublement faux : Non seulement nier que Free Mobile a bouleversé les offres commerciales et le marketing dans le secteur du mobile et un manque flagrant de connaissance du marché du mobile, mais affirmer que l’innovation dans le mobile n’est que commerciale est un manque de connaissance de la façon dont Free a su s’imposer dans le secteur des télécoms. Il suffit pourtant de regarder ce qu’il a fait dans le domaine des box et de l’ADSL, pour comprendre que l’innovation technique est bien là et que c’est son moteur. Mais effectivement, peut être que ce n’était pas le cas avant l’arrivée de Free dans le mobile.
 
« Le 2G était à peine en place qu’il a été dépassé par le 3G, qui est lui-même en train d’être supplanté par le 4G. S’équiper en 4G est très coûteux pour les opérateurs. Cette caractéristique du marché est importante pour analyser l’impact de Free. Ce n’est pas Free, avec ses marges négatives, qui aura les ressources nécessaires pour faire face à ces dépenses considérables, au moins dans les années à venir ; et il n’est pas assuré que les marchés financiers les lui prêteront. Mais l’arrivée de Free, on l’a vu, ampute les bénéfices (avant impôts) des opérateurs historiques d’environ 1,2 milliard d’euros. On doit se demander si cette amputation ne va pas freiner ou empêcher les nécessaires investissements des opérateurs historiques.»
 
Faux : C’est exactement l’inverse qui se produit. Alors que le déploiement de la 3G avait terriblement tardé en France, les opérateurs historiques déploient la 4G très rapidement. Ils espèrent ainsi pouvoir faire la différence avec le nouvel opérateur en termes de débit. 
 
Par ailleurs, sous entendre que Free n’investirait pas et que les autres ne pourront le faire par sa faute, c’est mettre totalement de coté la politique de redistribution et d’investissement chez les opérateurs. Comme le montre ce tableau (merci à 900Mhz), Free investit beaucoup plus, proportionnellement à son chiffre d’affaires, que ses concurrents. Autrement dit, 1 euro donné à Free favorisera plus les investissements que 1 euro donné à n’importe quel autre opérateur. Par contre, les autres opérateurs distribuent beaucoup de bénéficies, dont une partie part chez des investisseurs étrangers et n’alimentera pas l’économie française. Cette donnée n’est absolument pas prise en compte par les deux économistes.
 
 
Pour conclure les deux économistes, indiquent que « Finalement, l’idée que 4 opérateurs est nécessairement mieux que 3 s’avère un peu courte. La théorie de la concurrence, c’est bien. L’analyse cas par cas, c’est mieux. »
 
En consultant l’intégralité de cette étude, on se rend compte des approximations utilisées. On peut y voir de belles formules mathématiques, mais encore faut-il y mettre les bonnes variables. Un exemple parmi d’autres : Alors que le chiffre d’affaires et le bénéfice d’Iliad sont publics et publiés chaque trimestre, l’étude se base sur des articles de presse qui reprennent les chiffres d’Iliad. Un manque de sérieux flagrant
 
Extrait : « Des pertes d’environ 50 M€ semblent pratiquement reconnues par l’opérateur lui-même. Selon Le Monde « Iliad, la maison-mère de Free, a annoncé un bénéfice net pour le premier semestre en chute de 45 % à 80 millions d’euros, en raison selon le groupe des pertes générées par le lancement de son activité mobile », (Le Monde 31.08.2012). Un bénéfice qui après une chute de 45% est égal à 80 M€ était un bénéfice de 145 M€, et la diminution de 45% générée par l’activité du mobile est une perte de 65 M€. D’autres sources font état d’une perte de 44 M€. On retiendra une perte de 50 M€, ou si l’on préfère une variation de surplus de -50M€. »