Xavier Niel, le « capitalisme cool » a l’assaut des médias


Acrimed, le site de l’observatoire des médias a réalisé trois papiers sur Xavier Niel, le « capitalisme cool » a l’assaut des médias. Le premier volet de cette trilogie revient sur la construction d’un empire, le second centre sa réflexion sur le fait que le business angel est un patron comme un autre et enfin, le dernier volet s’intéresse sur le fait qu’il pourrait être caractérisé comme le sauveur de la presse.


La construction d’un empire : 

Pour Laurent Dauré, l’investissement de Xavier dans les médias n’a rien d’un geste philanthropique, il s’agit pour le très controversé homme d’affaire d’augmenter son pouvoir de séduction sur les médias, faire en sorte que les médias soient le relais de sa politique marketing. Il faut dire que le pari est en partie gagné notamment si on se réfère au lancement de Free Mobile où la presse a largement contribué au succès commercial de l’opérateur. Présent dans le journal Le Monde, Xavier Niel a aussi investit (entre autres) dans Mediapart, Bakchich et Atlantico.

 
En s’impliquant dans les médias, Xavier Niel qui a le vent en poupe cherche à construire dans le monde des télécommunications, du minitel à l’ADSL, du mobile à la presse… L’homme intrigue et son succès inspire, il est qualifié par les médias comme comme « un homme d’affaires visionnaire et atypique » (AFP, 25 juin 2010), un « entrepreneur libertaire » (Libération, 29 juin 2010), un « trublion » (Ouest-France, 10 janvier 2012), le « poil à gratter des télécoms » (L’Expansion.com, 28 juin 2010), le « franc-tireur des télécoms » (L’Express.fr, 24 septembre 2010), parle lui-même de Free comme d’une entreprise de « chiens fous » venant « d’un monde Internet qui est différent » (RMC/BFM TV, 11 janvier 2012). Bref, Xavier Niel cuisine la recette du « capitalisme cool », du sauveur des médias… Il ne se cantonne pas seulement aux médias traditionnels, il est présent dans près de 800 entreprises, soutient les projets qu’il pense novateurs ou potentiellement rentable.

 
Un patron comme un autre :
Pour Acrimed, Xavier Niel est peut être un personnage atypique mais il reste malgré tout un patron contre un autre, utilise les armes de la justice notamment face à la presse qui publierait des articles jugés diffamatoires. Les sociétés de télécoms sont dans un environnement hyperconcurrentiel et, pour elles, le droit est un outil de développement, au même titre que le marketing. C’est véritablement une approche à l’anglo-saxonne » (15 novembre 2011). Et dans un « portrait » publié par Libération  : « Parano et procédurier, Niel est un sanguin. Quand on l’attaque, quand on use d’un terme fort, quand on relate ses démêlés judiciaires, on se prend une baffe, – cela s’appelle un procès en diffamation » (18 décembre 2009). Mais pour assoir sa notoriété dans les médias, il donne souvent l’exclusivité à un média, distille quelques petites phrases chocs et créer le buzz avec malice.

 
Le « sauveur de la presse » :
Les investissements sont de plus en plus nombreux dans les médias. Depuis quelques années, Xavier Niel investit massivement dans ceux-ci. Sa plus belle prise est évidemment Le Monde, qu’il a racheté en juin 2010 avec Pierre Bergé, homme d’affaires et ancien patron d’Yves Saint-Laurent, et Matthieu Pigasse, vice-président de la banque Lazard en Europe et propriétaire des Inrockuptibles.

 
Curieuse déclaration du patron de Free, il estime avoir acheté Le Monde « comme un bien commun » : « Le Monde est un bien commun. Nous avons décidé d’investir dans cette institution, certes parfois élitiste, mais nécessaire, afin de la sauver tout en évitant qu’elle tombe dans des mains partisanes » (Les Échos, 18 octobre 2010). Grand sauveur ou non, parfois caractérisé comme un homme de gauche, parfois placé à droite, l’homme d’affaire intrigue et son implication dans Le Monde pour des raisons anti-partisane ne fait qu’amplifier les choses.

 

Pour Alain Weill, il ne faut voir qu’en l’attitude de Xavier Niel « un renvoi d’ascenseur » ou encore l’appréciation « d’un contre pouvoir » pour Jérémie Berrebi. A ceci prêt qu’un an et demi après son acquisition du journal du Monde, le trublion du net et du mobile est assis au siège du Conseil de Surveillance du quotidien aux côtés de Pierre Bergé et Mathieu Pigasse. Pour Acrimed, on n’est jamais mieux servi que par soi même.