France Télécom menace de stopper ses investissements dans la fibre

France Télécom menace de stopper ses investissements dans la fibre

Mauvais joueur France Télécom ? La dernière décision de l’ARCEP concernant le cadre réglementaire de la mutualisation de la fibre lui reste en tous cas en travers de la gorge. L’opérateur, qui défendait le modèle monofibre, menace maintenant de geler ses investissements dans les nouveaux immeubles, ainsi que le rapporte Les Echos. « Installer plusieurs fibres par logement remet en cause totalement notre «business plan» », explique-t-on chez l’opérateur historique. « Nous sommes donc contraints de suspendre nos investissements dans les nouveaux immeubles. »

 

Pour France Télécom, le multifibre représente un coût supplémentaire de 40%. Un chiffre démenti aussi bien par les opérateurs déployant un réseau multifibre que par l’ARCEP lui-même. Le surcoût serait limité à 5 voire 15%. Qu’importe de toute façon puisque l’installation des fibres supplémentaires sera à la charge des opérateurs en ayant fait la demande. Mieux, au delà de payer leur propre fibre, les opérateurs concurrents participeront aux coût généraux d’installation. Le cadre défini par l’ARCEP permettra donc à France Telecom de payer moins cher le déploiement de son réseau, puisqu’une partie des couts sera mutualisé.

 


Le business plan de France Télécom : recréer un monopole

 

Derrière des arguments peu convaincants, se cache un vrai dilemme pour France Télécom. L’opérateur vit en effet grassement de la rente de son réseau cuivre. La location de la boucle locale (les derniers mètres de câble qui vont du domicile au NRA) aux opérateurs alternatifs lui rapporte plusieurs centaines de millions d’euros par an. Or, avec la fibre, cette rente va se restreindre. France Telecom souhaitait donc pouvoir installer uniquement sa fibre dans les immeubles et continuer à faire payer leur dime aux opérateurs alternatifs qui utiliseraient ces derniers mètres de fibre. Cela aurait compensé la baisse des sommes perçues dans le cuivre. Mais l’ARCEP en a décidé autrement

 


Un coup de bluff qui ne saurait durer

 

Les opérateurs alternatifs dénoncent le coup de bluff de l’opérateur historique. L’ARCEP les suit également dans ce raisonnement puisque son président, Jean-Ludovic Silicani, indiquait le 23 juin dernier aux « Echos » que « l’intérêt de France Télécom est aussi d’investir dans la fibre : il a déjà tiré des fibres près des immeubles desservant potentiellement plusieurs millions de foyers. Dès lors, quand l’opérateur historique affirme qu’il pourrait ne pas investir dans un réseau de très haut débit, contrairement à SFR et à Free, cela me paraît plus relever d’une position tactique que d’un choix stratégique ».

 

Reste que dans les zones très denses, Free et SFR ont les moyens financiers de développer leur réseau et de le rentabiliser. France Télécom n’aura donc pas le choix sous peine de prendre du retard sur ses concurrents dans le déploiement de son réseau fibre. Pire, c’est lors de l’arrivée de la fibre dans les immeubles que les opérateurs souhaitant installer leur propre fibre doivent en faire la demande. Une fois le câblage verticale réalisé, les opérateurs arrivant après coup, ne pourront plus installer leur fibre. France Télécom se retrouverait alors dans une situation ou il devrait payer des frais de dégroupage mensuels à ses concurrents pour pouvoir utiliser leur fibre…, ou faire une croix sur la fibre et se contenter de faire de l’ADSL