Interview de Paul Champsaur et Gabrielle Gauthey

Paul Champsaur a accordé une interview à EuroTMT. Il revient entre autre sur le dossier de la fibre optique et la 4ème licence. Gabrielle Gauthey – interrogée par zdnet.fr – donne le bilan de ses six ans passés à l’ARCEP.

Interview Paul Champsaur :

Dans le dossier de la fibre optique, la bataille entre France Télécom et Iliad n’est-elle pas d’abord une bataille pour définir l’organisation à venir de la concurrence ? Le modèle souhaité par France Télécom ne risque-t-il pas de réduire un peu plus le champ de la concurrence ?

L’Arcep a essayé de décomposer le problème en deux : d’une part faciliter de déploiement horizontal de la fibre, en assurant aux opérateurs alternatifs un accès aux infrastructures de génie civil de France Télécom, et, d’autre part, conformément aux dispositions de la LME, mettre en place une mutualisation entre tous les opérateurs du câblage «vertical, à l’intérieur des immeubles. Nous pensions peut être naïvement que les discussions techniques entre opérateurs engagées à l’été, sous notre amicale pression, seraient suffisantes pour définir les conditions de la mutualisation. En pratique,. cela n’a pas été les cas, probablement pour un ensemble de raisons tenant tant aux choix technologiques et d’architecture différents qu’ au manque de recul sur les coûts et les conditions d’exploitation et enfin aux arrières pensées stratégiques des uns et des autres. Une intervention plus forte de la puissance publique est donc nécessaire. Grâce aux ministres Eric Besson et Luc Chatel, les opérateurs se sont engagés à mener, sous l’égide de l’ARCEP, des expérimentations qui permettront de définir de façon éclairée les conditions des déploiements futurs. Je suis raisonnablement optimiste sur les chances de trouver une solution de bon sens qui permette à chacun de mettre en œuvre ses choix technologiques et qui préserve l’avenir. En tout cas, l’ARCEP fera tous les efforts en ce sens.

L’Arcep doit justement organiser l’attribution de trois types de fréquences dans l’année qui vient. A cette occasion sera-t-il possible d’améliorer le jeu concurrentiel ?

Je souhaite que le dossier de la quatrième licence soit résolu le plus vite possible. Je suis favorable à une procédure d’attribution où l’on réserve, dans une première étape, une partie des fréquences à un nouvel entrant. Il faudra ensuite attribuer les fréquences d’extension (190 MHz dans la bande des 2,6GHZ) et les 72 MHz du dividende numérique. L’Europe a défini un cadre. Ainsi la Suède, pour les fréquences hautes, a délivré cinq licences, dont une pour un opérateur WiMax. Pour les fréquences basses, on ne sait pas exactement combien d’acteurs pourront avoir de licences : 2ou 3. Certains acteurs auront donc accès à des fréquences d’extension, mais pas à des fréquences basses, qui devront être mutualisées. C’est une conséquence de la pénurie. Il faudra définir des critères de partage dans les appels à candidature afin de garantir l’accès aux fréquences basses aux acteurs qui n’en auront pas obtenu. L’exercice sera nouveau et complexe.

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Interview Gabrielle Gauthey :

Quel bilan tirez-vous des six ans que vous avez passés à l’Arcep ?

La France n’a pas à rougir de ce qu’elle a accompli sur le haut débit en six ans : c’est aujourd’hui un pays leader dans le monde en termes de dégroupage total, de voix sur IP et de TV sur ADSL. Ceci grâce à une concurrence dynamique et innovante, permise et favorisée par le régulateur. Nous avons réussi à faire naître deux champions nationaux alternatifs à l’opérateur historique : Free et Neuf. Et Numericable n’a pas dit son dernier mot.

Par ailleurs, nous avons su anticiper sur la fibre optique afin d’éviter la reconstitution d’un monopole national de l’opérateur historique ou la constitution de monopoles locaux : nous nous sommes battus au niveau européen pour mettre les fourreaux dans le domaine de régulation ex ante, et définir par la régulation dite « symétrique » les outils obligeant à la mutualisation de la partie terminale de la boucle locale fibre entre tous les opérateurs.

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Source : ARCEP, zdnet.fr