Rachat de SFR : l’Europe aura son mot à dire, avec un nouveau contexte plus favorable
Le possible rachat de SFR entre dans une phase décisive. Mais au-delà des négociations financières, c’est désormais un autre acteur qui pourrait faire basculer le dossier : la Commission européenne. Et pour la première fois depuis longtemps, son feu vert apparaît moins improbable.
Le projet de rachat de SFR par un consortium réunissant Orange, iliad et Bouygues Telecom a franchi une nouvelle étape avec l’ouverture de négociations exclusives. Derrière cette opération à plus de 20 milliards d’euros, un enjeu majeur se profile : faire passer le marché français des télécoms de quatre à trois opérateurs. Une hypothèse longtemps jugée impossible… mais qui pourrait aujourd’hui être reconsidérée.
Bruxelles au cœur du jeu, avec une doctrine changeante
Si l’opération aboutit, elle ne sera pas seulement examinée en France. Une partie du dossier devrait remonter à Bruxelles, notamment en raison de la dimension européenne d’acteurs comme iliad et Orange. Et c’est là que les lignes commencent à bouger.
La nomination récente d’Anthony Whelan à la tête opérationnelle de la concurrence à la Commission européenne intervient à un moment charnière. L’institution réfléchit en effet à une évolution de sa doctrine en matière de fusions, dans un contexte où la compétitivité des entreprises européennes est devenue une priorité stratégique. Jusqu’ici, la position de Bruxelles était claire : refuser les rapprochements réduisant le nombre d’opérateurs, afin de préserver la concurrence et éviter une hausse des prix pour les consommateurs. Mais cette approche pourrait évoluer.
Sous l’impulsion de travaux récents sur la compétitivité européenne, la Commission envisage désormais d’intégrer d’autres critères dans son analyse. L’objectif ne serait plus uniquement de protéger le consommateur à court terme, mais aussi de favoriser l’émergence d’acteurs capables de rivaliser à l’échelle mondiale. Concrètement, cela ouvre la porte à des fusions jusque-là écartées, à condition qu’elles génèrent des gains d’efficacité mesurables, qu’elles soient spécifiques à l’opération, et qu’une partie de ces bénéfices soit répercutée aux clients.
Ce changement de paradigme, encore en cours de formalisation, pourrait rebattre les cartes pour le dossier SFR. Là où un refus semblait quasi automatique il y a encore quelques mois, une validation assortie de conditions apparaît désormais envisageable.
Un équilibre délicat à trouver
Pour convaincre les autorités, les candidats au rachat devront toutefois démontrer que l’opération ne se traduira pas par une hausse des prix ou une dégradation de la qualité de service. Ils devront aussi prouver que les synergies générées profiteront, au moins en partie, aux consommateurs.
En parallèle, les autorités nationales, comme l’Autorité de la concurrence, restent vigilantes. Leur position a elle aussi légèrement évolué, en laissant entrevoir une ouverture sous conditions strictes. Le rachat de SFR pourrait ainsi devenir un cas d’école pour la nouvelle politique industrielle européenne. Il permettra de mesurer concrètement si Bruxelles est prête à assouplir sa doctrine… ou si les principes historiques de concurrence restent dominants. Le calendrier, lui, reste long. Si l’opération se concrétise, son examen pourrait s’étendre jusqu’en 2027. D’ici là, les discussions réglementaires devraient encore évoluer.
Source : Agefi