Clash à l’Assemblée : Xavier Niel attaque frontalement la commission, “je ne suis pas un clown”
L’audition de Xavier Niel face à la commission d’enquête sur l’audiovisuel public s’est déroulée sous haute tension.
Fin février, Xavier Niel avait laissé un fauteuil vide et des députés médusés, contraignant la commission d’enquête sur l’audiovisuel public à annuler à la dernière minute l’audition des actionnaires de Mediawan. Matthieu Pigasse et Jérôme Nommé avaient alors quitté l’Assemblée sans un mot. Ce jeudi, les trois hommes étaient de retour. Et cette fois, avec une toute autre attitude.
Dès les premières minutes, le ton est monté. Xavier Niel s’en est directement pris au rapporteur Charles Alloncle : « Vous avez transformé cette commission en cirque. Merci pour l’invitation, mais je ne suis pas un clown ». Très offensif, le fondateur d’Iliad a dénoncé « beaucoup d’approximations, de fake news, de mensonges », accusant la commission d’être devenue « une tribune pour parler à (l’)électorat » du député.
Matthieu Pigasse a embrayé dans le même sens : « Vous nous avez couverts de boue, Xavier Niel et moi », évoquant un « procès à charge ». La tension est encore montée lorsque Xavier Niel, dénonçant une « censure à six reprises », s’est levé, menaçant de quitter la salle. Parmi les points de friction, une publication sur X de Charles Alloncle affirmant que Mediawan aurait « privatisé » le restaurant Maxim’s pour célébrer la reconduction de la présidente de France Télévisions. Une accusation vivement contestée par Xavier Niel, qui y voit un exemple de désinformation relayée sans contradictoire.
Sur le fond, les dirigeants de Mediawan ont surtout cherché à défendre leur groupe, devenu en quelques années un acteur majeur de la production audiovisuelle. « Mediawan est un groupe français, son contrôle est français », ont insisté les trois coactionnaires, rappelant que KKR reste un investisseur minoritaire. Ils ont également relativisé le poids de France Télévisions dans leur activité : environ 110 millions d’euros de contrats, soit « moins de 5 % du chiffre d’affaires ». Xavier Niel a même affirmé que certaines productions pour le service public étaient déficitaires : « des émissions sur lesquelles Mediawan perd de l’argent ».
Une vision assumée de l’audiovisuel public
Malgré les critiques, les deux entrepreneurs ont défendu l’audiovisuel public, financé à hauteur de 4 milliards d’euros par an. Matthieu Pigasse a relativisé ce coût : « Cela représente environ 4 euros par habitant. Vous avez quoi pour 4 euros ? Vous avez la 2, la 3, la 4, la 5, vous avez Arte, vous avez Franceinfo, vous avez les archives de l’INA, vous avez tout Radio France… »
Une position qui contraste avec celle de Vincent Bolloré, propriétaire de Canal+, qui dénonçait récemment le coût du secteur public. Pigasse en a profité pour tacler le groupe privé : « Le coût moyen, ça doit être 30 ou 40 euros par mois pour avoir quelques matchs de football et de rugby. Faites votre choix. »
Autre moment marquant de l’audition, Xavier Niel a évoqué une éventuelle privatisation de l’audiovisuel public : « J’adorerais acheter ces chaînes ! (…) Les chaînes de France Télévisions sont incroyables, les radios de Radio France sont incroyables. J’espère qu’elles resteront publiques mais, si elles deviennent privées, je participerai aux appels d’offres » Une déclaration qui illustre à la fois son intérêt stratégique et sa vision du secteur.
Face à ces prises de position, Charles Alloncle a maintenu ses critiques, pointant des points qu’il estime problématiques : la place de Mediawan dans les commandes publiques, la présence de KKR au capital et certains passages médiatiques de Xavier Niel ou Matthieu Pigasse sur les chaînes publiques Il a également évoqué le rôle du régulateur Arcom dans ces affaires, ce à quoi a répondu sèchement Xavier Niel : « L’Arcom c’est quand ça vous arrange ».