Vente de SFR : un retour à trois opérateurs avant 2027 “très improbable”, affirme l’Autorité de la concurrence
Malgré l’absence de dossier formel à ce stade, l’hypothèse d’un rachat de SFR plane déjà sur l’agenda de l’Autorité de la concurrence, qui anticipe un examen approfondi et prolongé.
Parmi les dossiers que Benoît Cœuré et ses équipes devront examiner en 2026, l’un d’entre eux n’a pas encore été officiellement soumis à l’Autorité de la concurrence (ADLC). Lorsqu’il le sera, il devrait toutefois s’imposer comme une priorité majeure : le projet de rachat de SFR. Estimée à au moins 17 milliards d’euros, l’opération s’annonce comme l’une des plus importantes concentrations jamais traitées par l’Autorité.
Depuis le refus catégorique de Patrick Drahi, exprimé au lendemain de l’offre déposée le 14 octobre dernier par le trio Bouygues, Iliad et Orange, le dossier semble au point mort. Officiellement, aucune avancée n’a été annoncée, même si Iliad a déclaré croire encore au projet. En coulisses, des échanges se poursuivent néanmoins entre les différentes parties.
En novembre, Patrick Drahi a tenté de relancer les discussions en évoquant la mise sur le marché du réseau fibre de SFR, regroupé au sein de l’entité NetCo, valorisée entre 4,5 et 6 milliards d’euros. Cette initiative n’a toutefois pas débouché sur une évolution concrète à ce stade, plus de deux mois après son lancement.
Pas de feu vert avant 2027
Du côté de l’Autorité de la concurrence, la position reste prudente. « Sur ce type d’opération, si elle devait un jour nous être présentée, nous l’étudierions sans a priori », a rappelé son président dans les colonnes des Echos. « Mais cela prendra forcément du temps, avec très probablement une phase d’examen approfondie, qui peut durer dix-huit mois. J’espère que les acteurs en ont conscience. »
Même en cas d’accord rapide entre les protagonistes, le calendrier resterait contraint. Le retour à trois opérateurs sur le marché français n’apparaît pas imminent. « Même si un dossier nous était présenté très rapidement, il me paraît très improbable qu’il puisse aboutir avant la fin de l’année 2026 », prévient Benoît Cœuré.
Pour alléger sa charge de travail, l’ADLC pourrait s’appuyer sur une disposition prévue dans le projet de loi de simplification actuellement examiné par le Parlement. Celle-ci viserait à relever le seuil de contrôle des concentrations, alors que « la vaste majorité » des quelque 300 dossiers étudiés en 2025 ont été validés sans conditions. L’Autorité pourrait ainsi concentrer ses moyens sur les opérations les plus structurantes, à l’image de SFR.
En amont, les trois acheteurs potentiels ont déjà travaillé à un découpage précis des activités de SFR, afin de faciliter l’examen antitrust et d’éviter toute alerte réglementaire. Cette alliance ponctuelle entre concurrents directs soulève toutefois des interrogations et promet un examen approfondi de la part de l’ADLC. « Cette démarche groupée est assez peu commune, surtout si on se souvient du contexte, où l’ancien France Télécom, SFR et Bouygues Telecom ont été condamnés à près de 500 millions d’euros d’amende en 2005 pour avoir échangé des informations entre 1997 et 2003 et stabilisé leurs parts de marché », rappelle un avocat spécialisé en droit de la concurrence.