La 5G pour les nuls : polémiques, déploiement, offres… tout ce que vous devez savoir

La 5G pour les nuls : polémiques, déploiement, offres… tout ce que vous devez savoir

Univers Freebox vous propose un dossier sur la 5G, cette nouvelle génération de téléphonie mobile qui fait tant parler d’elle. Ce que c’est, quelles règles régissent son déploiement, les polémiques autour, les différentes positions des opérateurs… On vous dit tout. 

5G, qui es-tu ? La question est sur beaucoup de lèvres alors que les enchères pour l’attribution de ses fréquences se tiendront le 29 septembre prochain. Avant de voir les opérateurs batailler pour obtenir le maximum de fréquences et de se lancer à 100% dans son déploiement, nous vous proposons un retour complet sur cette technologie.

Qu’est-ce que la 5G ?

Avant d’en savoir plus sur ce que représente l’arrivée la 5G en France, il faut bien sûr la définir. Il s’agit de la 5e génération de téléphonie mobile. En toute logique, elle fait suite aux réseaux 1G, 2G, 3G et 4G actuellement utilisés par les quatre opérateurs.

Les premières technologies ne permettaient que les appels vocaux puis l’envoi de SMS. Les générations suivantes de technologies mobiles ont permis de développer de nouveaux usages : se connecter à internet, accéder à des applications, ou encore passer des appels en vidéo. La 5G vise à améliorer ces services existants mais aussi à permettre de nouveaux usages. Elle doit permettre une utilisation mobile avec bien moins de latence et un meilleur débit (1000 fois plus de trafic que les réseaux actuels et dix fois plus rapidement). Grâce à sa nature évolutive, elle est vouée à s’adapter aux changements de standards.

Le réseau 5G dont le déploiement a déjà commencé en France pour tous les opérateurs supporter de nombreux nouveaux usages. Pour cela, il se base sur cinq nouvelles technologies. Les ondes millimétriques, c’est-à-dire l’utilisation de bandes-fréquences plus hautes pour désencombrer le réseau et permettre de passer plus de données ainsi que de multiplier les canaux de transmission. Cependant, il y’a un hic : ces ondes ne peuvent pas traverser facilement les murs, d’où la nécessité d’un réseau de petites antennes.

En reliant ces petites antennes, par une boucle de fibre optique par exemple, les obstacles bloquant les ondes sont donc évités pour une meilleure transmission de données et une connexion plus stable lors des déplacements. Une autre technologie sera utile à la 5G : le Massive MIMO, qui permet, grâce à des antennes capables de gérer des centaines de canaux, et de connecter bien plus d’objets en même temps. Et pour éviter que les ondes se perdent, une focalisation doit être opérée pour une meilleure précision et un lien plus solide entre une antenne et un objet spécifique.

Enfin, grâce au Full Duplex, la 5G permettra aux antennes de recevoir et d’émettre en même temps, contrairement à la situation actuelle avec la 4G. Le tout pour permettre un réseau à très faible latence. Et la synergie de ces technologies pour la 5G permettra, entre autres, de développer de nouvelles utilisations du réseau mobile.

Une révolution pour l’industrie et une évolution des usages pour le grand public à partir de 2023

Objets connectés, streaming à très haute vitesse, mais encore bien des usages sont à prévoir et à inventer pour la 5G. Outre un débit bien plus élevé et une latence réduite, la 5G pourrait faire évoluer différents pans de la société. Effectuer une opération chirurgicale à distance, développement de la réalité augmentée pour les entreprises… Tout reste à imaginer, mais les premières répercussions pour l’usage grand public (c’est-à-dire sur smartphones, tablettes, etc.) ne se verront réellement que d’ici environ 3 ans.

En effet, il faut le temps de déployer un réel réseau avec une technologie autonome, ce qui prend du temps. «  La première génération de la 5G va s’inscrire dans le prolongement de la 4G. Il n’y aura pas une valeur ajoutée très différenciante pour le grand public. Ça va maintenir opérationnel et pérenniser les usages actuels de la 4G en apportant de la capacité aux opérateurs et en répondant au besoin croissant de data. Donc, c’est positif. Ça va permettre d’éviter la saturation du réseau. » expliquait Bouygues Telecom en 2019.

La 5G Standalone devrait émerger en 2023 avec un coeur de réseau autonome. C’est à ce moment-là que que les usages vont évoluer de manière “révolutionnaire” puisque cette seconde norme « va mettre en oeuvre des technologies qui vont faire baisser la latence » notamment par le biais de la technologie edge computing, la 5G fonctionnera alors avec des coeurs de réseau décentralisés, lesquels seront beaucoup plus proches du client. Dans certaines grandes entreprises, le cœur de réseau et les applications seront même carrément dans l’entreprise. Avant un bouleversement des usages, la patience est donc de mise, d’autant que pour en profiter, il faudra bien sûr se munir d’un appareil compatible.

Un premier résultat attendu par les opérateurs : désencombrer le réseau 4G

Le premier intérêt d’un lancement en 2020 est donc de désaturer les réseaux existants. Une urgence pour les opérateurs, dont Orange qui estime que sans la 5G, on court à la catastrophe. Son patron, Stéphane Richard, affirme ainsi “que si on ne fait rien aujourd’hui, dans deux, trois ans maximum, on commencera à avoir des vrais problèmes de congestion sur le réseau 4G “ . Il est d’ailleurs rejoint par Xavier Niel qui affirmait dans une interview pour Univers Freebox que les Français “ consomment toujours plus de débit et pour cette consommation supplémentaire, on a besoin de spectre pour avancer, pour déployer”.

En 2020, avec la crise du Coronavirus et le confinement, les besoins en data et la consommation d’internet des Français a bien secoué les réseaux. Et s’ils ont résisté à l’afflux d’utilisateurs, la 5G devrait ainsi soulager et éviter une crise qui semble inéluctable. Là est l’utilité première de la nouvelle génération de téléphonie mobile pour l’instant.

Quand commencera le déploiement de la 5G en France ?

Après de long mois de retard, le rendez-vous est officiellement fixé pour Free, Orange, Bouygues et SFR. Les enchères devaient commencer en avril 2020 pour une commercialisation durant l’été, mais, Coronavirus oblige, le calendrier a dû être revu. Le gendarme des télécoms avait ensuite annoncé qu’elles se tiendraient entre le 20 et le 30 septembre et c’est au micro de France Info que son président affirme qu’elles commenceront le 29 septembre prochain.

Afin d’activer un nouveau réseau, chaque opérateur doit disposer des fréquences sur lesquelles émettre. C’est ce qui sera mis aux enchères à la fin du mois : un total de 11 blocs de 10 MHz qui seront vendus au plus offrant, avec un prix de départ de 70 millions d’euros pour chacun. Chacun de ces blocs se trouve dans la bande fréquences 3.4-3.8 GHz. À noter que Free, Bouygues, SFR et Orange disposent d’ores et déjà de 50 MHz chacun, qu’ils ont acheté pour 50 millions d’euros chacun.

Vient ensuite une seconde phase d’enchères, cette fois pour déterminer la position de ces blocs sur le spectre disponible. Un moment important donc, puisqu’un positionnement proche de l’extrémité peut entraîner des interférences et gêner la qualité du réseau mobile déployé. Suite à ces deux phases d’enchères qui “dureront le temps que les différents opérateurs concourent et augmentent les prix pour avoir une quantité de fréquences plus ou moins importante , le gendarme des télécoms attribuera, pour une durée de 15 ans, les fréquences à chaque opérateur, en octobre ou début novembre.

Le tout pour un lancement des premières offres 5G avant la fin de l’année 2020, un objectif faisable d’après Orange. D’autant plus qu’avec le retard pris par le Coronavirus, les opérateurs ne sont plus obligés d’avoir déployé la nouvelle technologie dans deux villes avant le 31 décembre. Cependant, le déploiement de la 5G sera bien régulé et le gouvernement et l’Arcep veilleront à ce qu’Orange, Free, SFR et Bouygues tiennent leurs engagements.

Quelles règles doivent suivre les opérateurs pour la déployer ?

Le lancement d’un nouveau réseau mobile ne se fait pas sans contraintes. L’Arcep, qui régule les télécommunications, a ainsi dressé un véritable cahier des charges pour les opérateurs qu’ils devront respecter sous peine de sanctions.

- Un déploiement de la 5G en bande 3,4 – 3,8 GHz : Le cahier des charges prévoit d’imposer l’ouverture de la « 5G » dans au moins deux villes par opérateur avant la fin 2020 puis une trajectoire exigeante pour soutenir les déploiements des équipements en bande 3,4 – 3,8 GHz au cours des années suivantes :

  • 3 000 sites en 2022,
  • 8 000 sites en 2024,
  • 10 500 sites en 2025.

À terme, la totalité des sites devront fournir un service de type 5G, pouvant s’appuyer sur les fréquences de la bande 3,4 – 3,8 GHz ou d’autres bandes.

L’Arcep prévoit également un mécanisme de concomitance pour s’assurer que les zones non urbaines bénéficieront aussi de ces déploiements. Ainsi, 25% des sites en bande 3,4 – 3,8 GHz des deux derniers jalons devront être déployés dans une zone rassemblant les communes des zones peu denses et celles des territoires d’industrie, hors des principales agglomérations.

- Une généralisation de la 5G jalonnée par un accroissement des débits : Pour accompagner cette montée en charge, l’Arcep prévoit également de répondre aux besoins croissants de bande passante. Dès 2022, au moins 75% des sites devront bénéficier d’un débit au moins égal à 240 Mbit/s au niveau de chaque site. Cette obligation sera progressivement généralisée à tous les sites jusqu’à 2030.

- La couverture d’axes routiers : Les obligations des axes de transport comportent deux grands jalons : en 2025, la couverture des axes de type autoroutier (soit 16 642 km), puis en 2027, la couverture des routes principales (soit 54 913 km). Ces obligations prévoient au moins des débits de 100 Mbit/s au niveau de chaque site.

- Des offres de services différenciés (slicing) : Les nouvelles performances de la 5G ouvrent la voie à des usages innovants dans de nombreux secteurs de l’économie comme l’industrie (fabrication de haute précision, suivi logistique d’un très grand nombre d’objets, multiplication des capteurs), la santé (opérations à distance en temps réel), l’automobile (communications ultra-fiables à très faible latence pour les véhicules) ou les médias (réalité virtuelle en 3D à 360°). Ils attendent des réseaux et des offres sur mesure, répondant à leurs besoins spécifiques. Pour cela, l’Arcep demande aux opérateurs d’activer les fonctions les plus innovantes de la 5G – le « slicing  » ou la capacité de « services différenciés » – au plus tard en 2023.

- La compatibilité avec IPv6 : Par ailleurs, pour accélérer la transition vers le protocole de routage IPv6, l’Arcep prévoit une obligation pour rendre les réseaux mobiles compatibles avec celui-ci.

Des engagements optionnels

Le cahier des charges comprend un ensemble d’engagements optionnels. Au maximum quatre candidats qui auront pris tous les engagements pourront obtenir des blocs de fréquences de 50 MHz :

- La 5G au service de la compétitivité des secteurs de l’économie française : Pour préparer la connectivité de demain dans les entreprises, l’Arcep a défini un mécanisme inédit visant à ce que les opérateurs s’engagent à répondre aux demandes raisonnables qui émaneront des acteurs économiques (entreprises, collectivités, administrations…), en leur apportant des offres adaptées avec de la couverture et des performances, voire, si l’opérateur le préfère, en leur confiant localement ses fréquences.

- La couverture à l’intérieur des bâtiments : L’Arcep prévoit également des engagements visant à améliorer la couverture à l’intérieur des bâtiments à usages professionnels et commerciaux et à faciliter la couverture multi-opérateurs.

- Des offres d’accès fixe : Les engagements concernent aussi la fourniture d’offres spécifiques d’accès fixe sur le réseau mobile.

- Une plus grande transparence : Le renforcement de la transparence des opérateurs, à la fois sur leurs prévisions de déploiement et sur leurs pannes fait également partie des engagements.

- Innovation et concurrence renforcées : Les engagements portent enfin sur l’accueil des MVNO en 5G sur les réseaux des opérateurs, afin notamment d’encourager l’innovation par tous les acteurs du secteur.

Cependant, certaines règles, tant sur le déploiement qu’au niveau de la mise en place des enchères 5G, ont été critiquées par les opérateurs. La raison réside en un seul problème : le cas de Huawei et ses équipements en France.

Huawei, pomme de discorde entre le gouvernement et les opérateurs

Car pour déployer un nouveau réseau mobile, il faut des antennes, les opérateurs font appel à des équipementiers. Dans le cadre de la 5G, seuls trois ont les épaules pour supporter un chantier aussi important : Nokia, Ericsson et Huawei. Et c’est ce dernier fabricant qui fait débat et met dans l’embarras à la fois le gouvernement et les opérateurs.

Ici réside le noeud du problème : le gouvernement américain soupçonne le fabricant chinois d’espionnage industriel au travers de ses équipements. Il a ainsi incité en 2019 ses alliés à écarter la firme de Shenzhen de leurs réseaux mobiles. Plusieurs pays européens ont purement banni Huawei de leur territoire et n’utilisent plus ses équipements, mais la France a quant à elle suivi un autre chemin. Plutôt qu’interdire, le Gouvernement a choisi de limiter leur utilisation pour les opérateurs.

En décembre 2019, un décret est publié dans le journal officiel, affirmant qu’Orange, Free, Bouygues et SFR devront obtenir des autorisations lors du choix des équipements de leurs réseaux mobiles 5G, auprès de l’ANSSI (agence nationale de la sécurité et des systèmes d’information). Ces autorisations devaient faire l’objet d’un dossier envoyé à l’agence, qui déterminait si Huawei était ou non autorisé dans une zone en particulier.

L’attribution de ces autorisations a pris du retard avec la crise sanitaire, et les opérateurs ont finalement reçu les premières en juin dernier. Entre temps, de nouvelles règles ont été instaurées. Dans le cadre de ce décret, les autorisations délivrées ne sont valables que jusqu’en 2028 et ne sont pas renouvelables. Elles sont également limitées à des zones bien précises, certaines villes excluant directement les équipements chinois du fait d’installations sensibles présentes.

Ces limites ont fait réagir les opérateurs, notamment deux en particulier, qui comptaient sur Huawei pour se lancer sur le terrain de la 5G.

Privés de Huawei, Bouygues Telecom et SFR en mauvaise posture

Dès le début de l’année 2020, les deux concurrents sont montés au créneau contre ce décret, et ne se sont pas arrêtés depuis. Car Bouygues et SFR sont les deux opérateurs utilisant le plus Huawei sur leur réseau actuel, avec près 50% du réseau utilisant l’équipementier.

S’ils tous les deux ont obtenus des autorisations, la limite de durée de validité fait grincer des dents. Non seulement les deux opérateurs devront remplacer leurs antennes Huawei faute de compatibilité, mais ils seront également ralentis dans leur déploiement. Ainsi, depuis l’annonce des enchères, initialement prévues en avril dernier, les deux compagnons d’infortune ont chacun milité pour un report de ces dernières, afin d’avoir plus de temps. Récemment, Bouygues Telecom s’est même attaqué au décret “Anti-Huawei” en saisissant le Conseil d’État. Le secrétaire d’État au Numérique a d’ailleurs récemment affirmé que ces opérateurs ne seront pas dédommagés pour le démontage des antennes du fabricant chinois. 

Free a également réagi au sujet de ces autorisations, mais déplore de son côté un souci d’égalité, puisqu’il n’a pas été autorisé à déployer avec Huawei contrairement à ses concurrents.

Free, Orange, Bouygues et SFR : où en sont-ils pour la 5G ?

Au niveau des équipementiers, les opérateurs se divisent en deux catégories : ceux utilisant Huawei, c’est-à-dire Bouygues Telecom et SFR et les autres. En septembre 2019, Free a pour sa part annoncé un partenariat avec Nokia qui équipera donc son futur réseau 5G. L’opérateur historique, pour sa part, a annoncé collaborer lui aussi avec Nokia, mais également avec le troisième équipementier, un autre européen, Ericsson.

Du côté de l’opérateur de Xavier Niel, la position est claire. “On a besoin de la 5G”, affirme le fondateur de Free. Outre la désaturation des réseaux, la 5G est estimée nécessaire pour “l’attractivité de la France” d’un point de vue industriel. Xavier Niel prend l’exemple d’une société asiatique souhaitant par exemple investir en Europe. « Si à ce moment-là, vous avez une carte où tous les pays ont la 5G sauf la France, l’investisseur pourrait se dire la France n’est pas un pays top moderne et ce n’est pas là que je souhaite investir. »

À l’instar des récentes déclarations de Stéphane Richard, PDG d’Orange, il est donc nécessaire selon Free de déployer rapidement un réseau 5G qui fonctionne sur le territoire. « On déploie, on ne fait pas de marketing, on ne fait pas de tests, on n’affiche pas trois antennes pour faire genre dans un coin, notre nature à nous c’est de déployer un réseau et de l’allumer » confie Xavier Niel.

Autrement dit, si Free ne dispose pas d’autant de stations expérimentales que ses rivaux, cela ne l’empêche pas de déployer massivement son réseau, en fibrant la quasi-intégralité de ses sites. Dans l’ombre, sans campagne de communication, chaque chose en son temps.

On le sait la 5G, apportera réellement une augmentation en matière de débit chez le grand public seulement à partir de 2023 quand cette technologie fonctionnera de manière autonome sur un coeur de réseau 5G. Pour Xavier Niel, « la plus grosse révolution sur la 5G, ce sera de rajouter des fréquences supplémentaires et d’en obtenir, c’est l’appel d’offres du mois de septembre pour la bande 3,5 GHz. Donc après oui, on fera de la 5G en 1800 MHz et 700 MHz si on a du spectre disponible ». Pour autant, il ne faut pas l’oublier, « le vrai spectre pour faire de la 5G c’est le 3,5 GHz », poursuit le fondateur de Free qui n’exclut donc pas d’utiliser des fréquences 4G pour la nouvelle génération de téléphonie mobile.

Une cohabitation qui techniquement commence à montrer le bout de son nez. Début mai, Univers Freebox vous a révélé la volonté de l’opérateur d’installer la toute nouvelle gamme de stations de base de son équipementier Nokia connue sous le nom d’AirScale – qui permet à la fois de capitaliser sur la nouvelle génération des réseaux 5G et de supporter la 4G/LTE sur une même infrastructure radio. Enfin, on le sait, les fréquences comme la 700 MHz feront l’objet d’une harmonisation à l’avenir, puisqu’il s’agit pour l’Europe des bandes qui devraient permettre l’explosion de la 5G.

Une aubaine pour Free qui déploie à tour de bras cette fréquence, a contrario de ses rivaux. De quoi couvrir plus rapidement le territoire en 5G, avec des débits certes plus faibles et un spectre plus limité sur la 4G. Ce qui rebute certains opérateurs.

Pour SFR, qui a “fait le choix ” de déployer la 5G sur la bande de fréquence 3.5, l’utilisation d’une bande fréquence plus basse doit être clairement indiquée pour les consommateurs. Gregory Rabuel prévenait alors ” moi ce que je souhaite, et on en rediscutera avec les pouvoirs publics, (c’est qu’il) y ait bien une clarification entre c’est quoi la vraie 5G qui apporte une valeur ajoutée. Et puis c’est quoi entre guillemets la fausse 5G qui pourrait, elle, être juste finalement un effet d’affichage et de marketing. Dans ce cas-là, il ne faut pas mentir aux Français”. Une position que rejoint d’ailleurs Orange.

A contrario de Free, ses concurrents ont également lancé de nombreuses stations expérimentales pour la 5G. Ils se sont livré bataille en 2018 pour déployer le plus de sites. Orange a largement pris les devants depuis, étant l’opérateur ayant déployé le plus grand nombre de sites.

Pour donner une idée de l’écart entre les opérateurs, au premier septembre 2020, Orange avait déployé 353 sites sur 483 en métropole d’après l’ANFR. Bouygues Telecom, second du classement, en comptait 67. SFR lui possède 54 sites et Free, qui ne cherche pas vraiment à suivre ses concurrents dans la course, en possédait 9.

À quoi ressembleront les offres 5G ?

Pour l’instant, faute de réseau, aucune offre spécifique à la 5G n’a été lancée par Orange, Bouygues, Free et SFR. Mais plusieurs opérateurs se sont déjà exprimés sur leurs futures propositions sur le marché.

Bouygues et Orange ont affirmé qu’il faudrait compter sur “un prix attractif“, mais légèrement plus cher que les offres 4G actuelles. ” Pour écouler les données dans le réseau, cela ne se fait pas tout seul, il faut investir considérablement pour absorber ce trafic, notamment aujourd’hui dans la 5G. Donc quand les forfaits deviennent de plus en plus complets en termes de gigas et de services, il n’est pas absurde d’imaginer que les prix vont s’ajuster à la marge, peut-être de quelques euros, pour pouvoir faire en sorte qu’on puisse écouler ce trafic data et apporter de nouveaux services” expliquait Bouygues Telecom avant l’été 2020, qui devait initialement marquer le lancement des dites offres.

Leur prix pourrait cependant varier, affirmait Stéphane Richard il y a quelques mois : « les acquisitions de fréquences, ce sont des raisonnements économiques sur 20 ans et ce n’est pas cela qui va nous amener à fixer un prix d’offre dès cette année ».

Les opérateurs abordent le sujet de différentes manières

Qui dit nouvelle technologie, dit nouvelle promotion. Chaque opérateur communique à sa manière sur la 5G. Tous se sont déclarés prêts pour ce nouveau challenge au fil des derniers mois, peu importe leurs problèmes. Du côté de Free, c’est plutôt un silence radio total, en logique avec les déclarations de Xavier Niel citées plus haut, préférant déployer dans l’ombre. D’autres opérateurs cependant, se sont précipités sur le sujet pour faire leur pub et se sont livrés depuis 2018 une véritable bataille de communication.

SFR a ainsi mis en avant être le premier opérateur à proposer des smartphones 5G à la vente, certes, mais sans le réseau qui va avec. Depuis, tous les opérateurs ont emboîté le pas. Il a également été le premier à promouvoir son réseau 5G, qui est pourtant encore inactif (et dont le déploiement pourrait être ralenti dû au cas Huawei) et sans avoir acquis aucune fréquence. C’est notamment le cas avec des tests de la 5G réalisés en public, en conditions d’utilisation réelles.

Autre lubie, Bouygues Telecom quant à lui a lancé ses forfaits “5G Ready”, alors qu’il n’est pas forcément le mieux placé pour le déploiement de cette nouvelle génération de téléphonie mobile à l’égard de sa situation vis-à-vis de Huawei. Une proposition qu’avait d’ailleurs critiquée l’UFC-Que Choisir, la jugeant sans intérêt. Des tests grandeur nature sont aussi en cours dans diverses grandes villes en France.

Orange, quant à lui a par exemple lancé son propre smartphone 5G sous sa marque. Tout comme ses concurrents, Orange s’est lui aussi attelé a promouvoir la nouvelle technologie via des tests grandeur nature dans plusieurs villes pilotes comme Marseille, Lille, Nantes, Montpellier et certains quartiers du quart nord-ouest de Paris. Sur sa chaîne YouTube il propose également une série de vidéos expliquant la 5G, son fonctionnement et ses usages. Une initiative suivie par Bouygues sur ses propres réseaux sociaux.

Une pédagogie nécessaire, puisque l’arrivée de cette nouvelle technologie fait débat, avec plusieurs inquiétudes et des oppositions sur différents sujets.

La 5G provoque de nombreuses craintes… plus ou moins fondées

Une nouvelle technologie avec un tel impact à prévoir sur notre société soulève bien sûr de nombreux questionnements. Si les études solides se font encore attendre faute d’application à grande échelle et sur une longue durée, quelques pistes peuvent permettre d’être rassuré.

Un impact sur l’environnement redouté

La consommation d’énergie entraînée par la nouvelle génération de téléphonie mobile, mais plus globalement une nouvelle technologie, soulève de nombreuses craintes. Des ONG s’y sont attaqués, d’autres associations et communes françaises se sont posé la question et ont demandé un report de la 5G en attente d’études plus poussées.

Le président de l’Arcep ne nie pas qu’il existe des pratiques “plus énergivores que d’autres” et donc plus nocives pour l’environnement. D’après lui, il faut questionner les pratiques, tant des opérateurs que des utilisateurs. ” On pourrait interroger la manière dont les opérateurs poussent ou non à l’achat de nouveaux téléphones, à certains comportements des plateformes de streaming comme la fonctionnalité de lecture continue (autoplay) de Netflix ” indique-t-il. Côté utilisateurs, il prône l’information et la sensibilisation à ces pratiques. Par exemple, les opérateurs devront déterminer une manière adéquate d’informer leurs abonnés de l’impact de leur consommation sur l’environnement d’ici 2022.*

De plus, d’après le gendarme des télécoms, la 5G pourrait également avoir ” certains usages aux conséquences positives pour l’environnement, qui vont permettre par exemple d’économiser un certain nombre de déplacements. “.

Mais l’utilisation d’ondes entraîne des inquiétudes autour de l’impact de la 5G sur la santé également.

La 5G et ses ondes, un risque sanitaire ?

L’inquiétude autour des ondes et de leur impact sur le bien être n’est pas nouvelle. De nombreuses voix s’élèvent régulièrement contre l’installation d’antennes, arguant qu’elles représentent un risque pour les habitants. La 5G n’est pas différente.

Si certaines théories sont plus fantaisistes que d’autres, le problème vient surtout d’un manque d’informations à ce sujet et d’une méfiance envers les nouvelles technologies.

Les opérateurs, notamment à travers la Fédération Française des Télécoms, ont voulu rassurer autour de ces craintes, citant notamment l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) qui a déjà apporté des éléments de réponse sur le sujet des ondes. Les émissions de la 5G n’étant pas différentes par rapport à la 4G, il n’y aurait ainsi pas de craintes à avoir concernant des risques sanitaires.

Rappelons en effet que pour l’instant, le consensus scientifique est que les ondes, telles qu’utilisées sur une majorité du globe, n’ont pas de réel impact sur la santé. De plus, une régulation existe déjà en France, limitant la quantité d’émission des sites mobiles afin qu’elles ne dépassent pas une certaine limite, qui est bien en deçà de la quantité d’ondes nécessaires pour présenter un risque sanitaire.

Mais prudence est mère de sûreté, l’Agence nationale de sécurité sanitaire a invité les opérateurs télécoms à fournir les informations les plus précises possible et parle déjà d’adapter ses méthodes d’évaluation.

Dans un rapport préliminaire sur les impacts de la 5G, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) a également souligné “un manque de données scientifiques sur les effets biologiques et sanitaires potentiels” liés à l’exposition de certaines fréquences de la 5G. Or, “ces évolutions technologiques vont modifier les modalités d’exposition de la population, et nécessiteront d’adapter les méthodes de mesure et d’évaluation”, indique-t-elle. L’agence compte ainsi approfondir deux “champs d’expertise”, à savoir les “fréquences radio autour de 3,5 gigahertz” et les “fréquences plus élevées, dites millimétriques”.

L’Anses indique la possibilité d’“établir des scénarios (…) pour donner des indications en matière d’exposition et potentiellement en matière de risque”. Si elle peut extrapoler les résultats d’études sur les autres fréquences, elle compte toutefois sur les opérateurs pour lui fournir les informations les plus précises possible. Les résultats d’une analyse doivent être publiés au premier trimestre 2021 et l’agence évoque déjà l’idée de revoir les seuils d’exposition en cas d’“effets particulièrement inquiétants”.

Une seconde étude est prévue par l’Anses. Elle se penchera sur les “effets physiologiques (troubles musculosquelettiques liés à une moindre activité physique), aux effets cognitifs et développementaux (impact des écrans sur l’apprentissage des enfants) ou encore psychosociaux (relations aux autres)” qui découleront d’une société hyperconnectée. À noter cependant que l’avis ne sera, de toute façon, pas tranché, faute d’études menées sur un large panel.

Son déploiement pourrait être ralenti, face à l’opposition des élus locaux notamment

Régulièrement, des actions sont mises en place pour s’opposer à l’installation d’antennes dans des petites communes et parfois, les maires sont du côté de leurs administrés. Du aux craintes citées ci-dessus, notamment pour ce qui concerne l’environnement, les maires pourraient devenir une véritable épine dans le pied des opérateurs.

Cette problématique a notamment ressurgi suite à l’arrivée de maires écologistes dans plusieurs grandes villes. Si les élus n’ont pas le pouvoir d’empêcher l’arrivée de la 5G dans leur ville, ils peuvent en revanche le retarder en multipliant les recours administratifs, ce qui ne ferait évidemment pas les affaires du gouvernement qui souhaite logiquement avancer une fois les fréquences attribuées aux opérateurs. 

Des théories plus farfelues menant à des actes répréhensibles

La crise sanitaire de 2020 a permis la mise en avant de plusieurs communautés complotistes, jouant sur la peur ambiante durant l’épidémie de Coronavirus. Et la 5G n’est pas épargnée.

Certains croient, sans aucune étude scientifique à l’appui, que le déploiement de ce nouveau réseau mobile en Chine est ce qui a permis au virus de se développer et de se déployer rapidement par exemple. Si ce n’était que des croyances, elles seraient presque inoffensives, mais elles ont eu des conséquences graves.

Au Royaume-Uni par exemple, des techniciens ont été retenus par des militants anti-5G et des antennes ont été incendiées. La tension reste palpable et les théories continuent de se répandre sur le web, malgré les divers débunkages et outils mis en place pour limiter leur visibilité.

D’autres filous tentent même de se faire de l’argent sur les craintes gravitant autour de la 5G. En proposant des clés USB censées protéger des ondes par exemple pour… 315 euros. L’une d’entre elles s’est révélée d’ailleurs être un banal support de stockage de 128 Mo.

Parmi les débordements d’imagination, on trouve aussi la 5G comme technologie pour contrôler le cerveau des utilisateurs, l’implantation de puces 5G dans les masques chirurgicaux pour tracer les moindres de nos mouvements… Toujours sans aucun fondement.

Face aux craintes légitimes et aux dérives imaginaires, un débat est recommandé

Mais le Gouvernement ne peut pas faire la sourde oreille à ces inquiétudes et veut aborder ce sujet de manière pédagogique, pour informer au mieux les utilisateurs.

Sébastien Soriano, président de l’Arcep, s’est exprimé concernant la 5G et les inquiétudes qui entourent son lancement. Il appelle au dialogue, considérant nécessaire “qu’il y ait une discussion collective pour faire de la 5G une technologie qui soit bonne pour les Français, qui respecte nos valeurs.

Face aux inquiétudes de deux ONG ayant attaquées le gendarme des télécoms concernant l’impact de la nouvelle génération de réseau mobile sur l’environnement, le patron de l’Arcep estime que l’enjeu n’est pas d’interdire la technologie en elle-même. “ L’enjeu n’est pas d’être pour ou contre la technologie, ni d’opposer la 5G à la question environnementale, mais de construire les conditions pour que la technologie, qui est la plupart du temps neutre, se développe dans le sens que l’on veut. ” indique-t-il. Il estime également que, la 5G devant se déployer de manière progressive, “C’est le bon moment pour avoir ces discussions“.

Le patron d’Orange, pragmatique, appelle lui aussi à purger le débat autour de la nouvelle génération de téléphonie mobile. Il a récemment urgé le gouvernement de trancher sur la question, arguant ”on ne va pas déployer la 5G en se disant que ça va être l’Afghanistan de la téléphonie mobile, où il faudra se battre pylône par pylône, commune par commune pour essayer de mettre la 5G, c’est ridicule.

Comme souvent, lors des débats sur internet, il faut bien faire attention aux sources, vérifier les informations et ne pas se laisser embarquer dans des théories qui semblent tout droit sorties d’un film de SF. La prudence est de mise, et s’informer par soi-même via des organismes officiels et des publications scientifiques, même vulgarisées, reste le meilleur moyen de se faire sa propre idée.