Bouygues Telecom milite pour un nouvel accord avec Free, Orange et SFR sur la 4G afin de couvrir tous les Français

Bouygues Telecom milite pour un nouvel accord avec Free, Orange et SFR sur la 4G afin de couvrir tous les Français

Après avoir appelé à un report des enchères 5G à la fin de l’année, Bouygues Telecom souhaite à présent un New Deal mobile 2 pour accélérer le déploiement de la 4G dans les zones rurales.

C’est un état de fait, la crise sanitaire a fait réfléchir Bouygues Telecom, trop de foyers ne sont pas encore couverts en 4G, la réalité de terrain doit aujourd’hui prendre le dessus. Pourtant très investit sur la 5G avec de premiers tests effectués en laboratoire dès 2017, l’opérateur n’en démord pas depuis les déclarations de son PDG, Martin Bouygues le 23 mai dans une tribune, il y a urgence à améliorer la couverture mobile 4G en France. Dans un entretien paru ce week-end dans Les Echos, son directeur général Richard Viel n’a pas changé de fusil d’épaule, bien au contraire.

La 5G peut attendre 6 mois, pas la 4G

Sur la 5G, certains “nous expliquent qu’elle va ” révolutionner le pays en 2020… Cela nous fait sourire car, en réalité, cette révolution s’opérera, certes, mais pas avant 2023, la technologie n’étant pas suffisamment mature”, explique t-il. En effet dans un premier temps, la nouvelle génération de téléphonie mobile va permettre d’apporter plus de capacité et de dé-saturer les grandes villes sur un coeur de réseau 4G, avant l’arrivée de la version autonome dans 3 ans. 

“Or, est-ce que les réseaux sont tombés pendant le confinement ? Non. Ils ont tenu alors même que le trafic a presque doublé. On ne comprend donc pas le sentiment d’urgence sur la 5G”, insiste le dirigeant. Pour l’industrie, l’opérateur ne voit également pas en quoi un décalage de plusieurs mois engendrerait un retard, surtout que “les grands clients industriels ont d’autres priorités” au vu du contexte actuel.

Le New Deal mobile a ses limites, Bouygues propose une extension

Partant de ce postulat, Bouygues Telecom estime aujourd’hui que la priorité est de se focaliser sur le déploiement de la 4G en zone rurale là où la couverture laisse encore à désirer et encore parfois inexistante. L’opérateur a aujourd’hui une proposition à faire : “Nous souhaitons une extension du New Deal mobile initié en janvier 2018 et qui avait vocation à accélérer la couverture 4G de l’Hexagone”, lance Richard Viel et d’ajouter : “pour cela, nous devons aboutir à un accord entre opérateurs télécoms [Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free, NDLR] pour déployer davantage de pylônes mutualisés”. A ses yeux, Il faudrait rajouter 20 % ou 30 % de pylônes mobiles en plus des 5.000 à installer par chaque opérateur dans le cadre du New Deal actuel.

Le dispositif de couverture ciblée ne serait donc pas optimal. “De nombreuses collectivités nous réclament plusieurs pylônes qui ne sont pas prévus dans le New Deal 1”, explique l’opérateur. Les élus devraient selon lui être à coup sûr très ouverts à sa proposition.

Qui pour payer ?

A la question de savoir qui pourrait payer cet éventuel nouveau New Deal, Bouygues Telecom imagine éventuellement “un ajustement des conditions de délivrance des fréquences 5G” mais cela reste à définir. “Si ce New Deal 2 permet de dépenser un peu moins sur la 5G, et un peu plus sur la 4G, cela vaut le coup”, une manière de botter en touche.

Pour rappel, dans l’accord historique trouvé en 2018 entre le gouvernement et les opérateurs, Bouygues Telecom, Orange, SFR et Free ont obtenu de l’Etat qu’il ne mette pas aux enchères les fréquences à renouveler en échange d’efforts considérables pour accélérer la couverture mobile du territoire.

En l’attente d’une réaction de l’Arcep et du gouvernement sur cette nouvelle proposition, Bouygues Telecom a formulé une demande formelle à l’Arcep sur un report des enchères 5G, pour le moment sans réponse. La secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, s’est toutefois montrée sceptique, la France n’a pas intérêt selon elle à prendre du retard dans la compétition.

Bouygues Telecom assure pouvoir assumer sans problème l’investissement sur la 5G

Le régulateur doit fixer la date des enchères ce mois-ci et quoi qu’il en soit Bouygues Telecom y participera. Richard Viel, l’assure, l’opérateur est “le moins endetté des quatre opérateurs télécoms. Nous sommes prêts à participer aux enchères 5G demain, s’il le faut.” Le tarif des enchères n’a donc rien à voir avec sa demande de report. Le groupe Bouygues a plus de 10 milliards d’euros à disposition pour investir même si sa branche construction et sa filiale TF1 ont été fortement impactées par la crise…