StopCovid : ça débat, UFC-Que Choisir se penche sur l’application de traçage des Français, la Quadrature du Net la rejette sévèrement

StopCovid : ça débat, UFC-Que Choisir se penche sur l’application de traçage des Français, la Quadrature du Net la rejette sévèrement

A l’heure où l’Etat planche sur un traçage numérique des Français via une application dédiée pour contrôler la propagation du Coronavirus, UFC-Que Choisir fait le point tout en se montrant vigilant. La Quadrature du Net est quant à elle vent debout face au projet et le fait savoir.

C’est officiellement une volonté claire de l’Etat. Emmanuel Macron a évoqué dans son allocution ce lundi 13 avril la mise en place d’une application de traçage en vue de mieux contrôler l’épidémie de coronavirus. Une course contre la montre est lancée, le projet n’en est qu’au stade embryonnaire mais se pose déjà plusieurs questions, politiques, techniques et de respect de la vie privée. L’application sera soumise à l’avis du Parlement avant le 11 mai date à laquelle devrait commencer très progressivement le déconfinement.

 “Ma volonté est que nous puissions communiquer sous dix jours sur l’architecture technique” générale du projet, a déclaré hier Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique, devant la commission des affaires économique du Sénat. Basée sur la base du volontariat et de l’anonymat, StopCovid, est aujourd’hui confrontée à des difficultés techniques mettant en cause son efficacité, l’app scannerait grâce au bluetooth les smartphones à proximité équipés de l’application et devrait générer un historique des rencontres stocké de manière sécurisée dans le smartphone. Il s’agirait de pouvoir alerter les personnes croisées, dans le cas d’une contamination confirmée jusqu’à 14 jours après la rencontre.

En parallèle du débat parlementaire et de la discussion technique menée avec des grands groupes, startups et experts comme Jaguar Network (cloud), des associations se penchent sur le sujet, comme UFC-Que Choisir et la Quadrature du Net.

UFC-Que Choisir entre positif, flou et vigilance

De son côté, l’association de consommateurs a jugé utile de mettre en ligne une foire aux questions dans laquelle est abordé la question des libertés individuelles, au coeur du débat actuellement. S’il ne sera pas obligatoire de télécharger l’application, UFC-Que-Choisir explique que  “le fonctionnement de Stop Covid repose sur les principes d’un projet européen plus global, le Pan-European Privacy-Preserving Proximity Tracing ou Pepp-PT , qui vise précisément à trouver une technique de suivi du virus sans enfreinte à la protection de la vie privée des personnes”.

Selon l’association, la technologie Bluetooth, qui sert habituellement à connecter une enceinte ou un casque sans fil à son smartphone, “apparaît comme une bonne solution”. Et d’ajouter que “les données de connexion sont facilement anonymisables et elles ne seront pas conservées plus que nécessaire. Le Bluetooth n’enregistre pas les déplacements des personnes, contrairement à une puce GPS”. Néanmoins, sa capacité à bien mesurer les distances reste l’un des points techniques à valider.

Mais pas seulement, “le stockage des données de connexion (et pas des données personnelles : aucune n’entre en jeu dans le process) sur le smartphone, et pas sur des serveurs distants, en est un autre”, poursuit-elle. Si l’application n’a pas vocation à durer, UFC-Que Choisir, reste vigilant et attend la version finale, l’association veillera à ce moment là “à ce que l’application respecte en tout point la réglementation qui encadre la protection et le traitement des données personnelles (RGPD).”

La Quadrature du Net tire à boulets rouges sur l’application de traçage

Ambiance radicalement différente chez la Quadrature du Net. Pour le moins opposée et révoltée, l’association qui défend et promeut les droits et libertés de la population rejette en tout point le projet de traçage numérique. Les mots sont forts, ” l’application StopCovid serait inutile, dangereuse pour nos libertés et pourrait même aggraver la situation sanitaire. L’administration et le Parlement doivent cesser d’investir toute ressource humaine ou économique dans ce projet vain et dangereux. L’urgence est partout ailleurs.”

L’association remet en cause notamment l’efficacité “hasardeuse” de l’application. Son utilisation serait trop faible, “de premières approximations évaluent que plus de 60%, voire plutôt 80% ou 100% de la population devrait utiliser l’application pour que celle-ci soit efficace, à condition encore qu’elle produise des données fiables”, souligne t-elle tout en rappelant que “seulement 77% de la population française a un smartphone et cette proportion baisse à 44% pour les personnes de plus de 70 ans, alors qu’elles sont parmi les plus vulnérables”. A titre d’exemple, 16% de la population de Singapour a utilisé l’application équivalente “ce qui n’a pas empêché de devoir finalement recourir au confinement”.

Par ailleurs les résultats seraient trop vagues, argue t-elle. D’après ses constatations, la Quadrature du Net regrette “l’absence de consensus quant à la durée et la distance de proximité justifiant d’alerter une personne entrée en « contact » avec une autre personne contaminée”. Sans parler qu’à certains endroits très densément peuplés, “on assisterait à une explosion des faux positifs, ce qui rendrait l’application inutile”. Enfin, le champ de détection du Bluetooth “semble beaucoup trop varier d’un appareil à un autre et sa précision n’est pas forcément suffisante pour offrir des résultats fiables”.

L’association craint également “des libertés inutilement sacrifiées“, estimant que les personnes n’utilisant pas l’application “risqueraient de ne plus pouvoir travailler ou accéder à certains lieux publics librement rendant leur consentement non-libre et donc nul”. Enfin, vient une autre hypothèse de discrimination, “celle de faciliter l’accès aux tests sérologiques pour les personnes utilisant l’application”.

Autre point d’attaque, l’objectif de StopCovid à savoir d’alerter des personnes. “C’est incompatible avec la notion juridique d’anonymat, il s’agit au mieux d’un pseudonymat, qui ne protège pas contre tout type de surveillance individuelle”, conclut la Quadrature du Net. Aujourd’hui, seuls 46% des Français accepteraient d’installer sur leur smartphone cette application.