Orange a tenté de fusionner en 2020 avec Vodafone, mais l’État s’y est opposé

Orange a tenté de fusionner en 2020 avec Vodafone, mais l’État s’y est opposé

Les langues continuent de se délier après la démission du PDG d’Orange. Le rachat de Bouygues Telecom et le rapprochement avec Deutsche Telekom ne sont pas les seuls projets de Stéphane Richard pour créer un géant européen des télécoms ayant capoté à cause de l’État. Un possible rapprochement avec Vodafone en a aussi fait les frais.

“Les discussions ont été assez loin pour qu’Orange en parle à l’État”, explique en effet une source proche du Bercy, faisant allusion à des discussions menées entre 2020 et début 2021 à propos d’un possible rapprochement entre l’opérateur historique français et l’opérateur britannique Vodafone.

Les discussions avaient pu être menées, car un projet de “mariage entre égaux était la condition sine qua non pour qu’il soit accepté politiquement”. Stéphane Richard y aurait vu des synergies, avec des mastodontes des télécoms aux forces complémentaires pouvant permettre la création d’un géant européen à 85 milliards d’euros de chiffres d’affaire. De quoi rivaliser avec le géant allemand Deutsche Telekom pesant trois fois plus lourd en Bourse.

Un mariage ou des fiançailles pour commencer

Dans cette alliance, Orange aurait apporté sa forte présence en France, Belgique, Pologne et Roumanie, tandis que Vodafone faisait partie des leaders en Grande-Bretagne, Allemagne, Italie et Hongrie. Sans oublier une alliance pouvant avoir une portée en Afrique. Vodafone est leader dans 8 pays, dont l’Afrique du Sud et le Kenya, quand Orange a des positions fortes dans 18 pays incluant le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Plusieurs scénarios ont été envisagés, y compris commencer par des fiançailles, à savoir la fusion des filiales en Afrique, avant d’envisager un mariage, autrement le rapprochement de plus grande ampleur.

Intérêts défendus et vision pas partagée

Chacun défendant ses intérêts en matière de gouvernance, notamment l’État français possédant 23 % du capital d’Orange, le projet n’est finalement jamais allé jusqu’à son terme. Même pas l’option “a minima” consistant à commencer par le marché africain. “Vodafone ne voulait pas lâcher la gouvernance. Il était hors de question que le siège d’Orange parte à Londres”, explique la source gouvernementale. “Sur le papier, ce projet faisait sens. Vodafone est le seul avec qui Orange puisse faire une fusion entre égaux”, déplore-t-elle. À cela s’ajoute la volonté, du côté de l’État, de ne pas lancer un projet de grande envergure, alors qu’il était encore dans le flou concernant l’issue de l’affaire Tapie.

Sans compter le fait que la stratégie portée par Stéphane Richard n’était pas partagée par tous en interne. Certains cadres militent en effet pour ses alliances plus sobres dans les infrastructures comme les antennes-relais. “On pourrait faire avec Vodafone ce que Bouygues et SFR ont fait en mariant leurs antennes-relais”, souligne d’ailleurs une source proche d’Orange, alors que Vodafone vient d’introduire en Bourse sa filiale Vantage Towers, valorisée à 15 milliards d’euros.

Source : BFM TV