Télévision : pour Sébastien Soriano il est “inéluctable que les fréquences TNT basculent du côté des télécoms”

Télévision : pour Sébastien Soriano il est “inéluctable que les fréquences TNT basculent du côté des télécoms”

Le président de l’ARCEP, Sébastien Soriano, dans un entretien accordé aux Echos, s’interroge sur le modèle de diffusion de la télévision de demain et sur l’avenir de la Télévision Numérique Terrestre à l’heure où la consommation de télévision par Internet (IPTV) dépasse désormais la consommation via la TNT.

La part relative de la TNT (diffusion hertzienne terrestre) parmi les modes de consommation de la télévision ne cesse de se réduire au profit de modes de diffusion alternatifs de la télévision, via les réseaux haut et très haut débit (IPTV ou OTT), c’est ce que constate l’ARCEP dans son bilan publié mercredi.

La TNT un modèle à bout de souffle

Partant de ce constat, Sébastien Soriano met les pieds dans le plat et lance le débat sur la fin de la TNT et de son modèle au profit des opérateurs télécoms qui pourraient récupérer les fréquences “en or” pour l’heure dévolues à la diffusion de la TNT. “Le modèle de la TNT s’est construit historiquement sur un accord gagnant-gagnant entre l’Etat et les chaînes de télévision .En échange de fréquences gratuites , celles-ci ont pris des engagements forts en matière de financement de la création et de production audiovisuelle françaises . Et via la TNT, leurs programmes touchaient jusqu’ ici une majorité de Français . Mais toutes les bonnes choses ont une fin . Ce modèle ingénieux arrive malheureusement à bout de souffle …” explique-t-il en préambule aux Echos.

L’hypothèse pour l’avenir serait donc d’acter le fait que les réseaux télécoms accueillent désormais le signal audiovisuel puisqu’ils en sont capables tout en donnant “plus de pouvoirs aux acteurs de l’audiovisuel en créant un droit d’accès des chaînes à tous ces nouveaux acteurs intermédiaires (opérateurs télécoms , magasins d’application , etc.), de manière qu’elles ne perdent pas le contrôle du téléspectateur, qu’elles ont aujourd’hui avec la TNT.” Cela aurait l’avantage de faire des économies puisqu’il ne serait plus nécessaire d’entretenir deux réseaux différents.

Il est inéluctable que les fréquences TNT basculent du côté des télécoms

Sur la réutilisation des fréquences de la TNT par les opérateurs mobile pour déployer la future 5G, la question se posera au niveau européen dès 2019, mais Sébastien Soriano fait remarquer “qu’ aux Etats-Unis on a déjà choisi de réattribuer les fréquences de la TNT aux opérateurs mobile. Cela met de fait la pression à l’Europe, où les fréquences de la TNT , dites « en or », sont immobilisées alors que la demande sociale pour les réseaux mobile explose. Il est ainsi inéluctable que les fréquences TNT basculent du côté des télécoms.

Inventer l’acte II de l’exception culturelle française

Enfin, dans l’hypothèse de l’extinction de la TNT il faudra repenser le modèle de financement de l’audiovisuel qui repose sur les obligations des chaînes. La encore il faut se tourner vers l’Europe pour avoir un début de réponse avec le récent accord sur la directive services de médias audiovisuels qui fait que “Demain, tous les acteurs audiovisuels non classiques , type Netflix , vont participer à l’effort de création”. Dans tous les cas, conclut le président du régulateur, la TNT ne pourra pas durablement contribuer à financer de manière importante la création, il va falloir “inventer l’acte II de l’exception culturelle française !

 
 
source : Les Echos