Haut débit : Microsoft défend une nouvelle solution alternative pour voler au secours des zones rurales reculées

Haut débit : Microsoft défend une nouvelle solution alternative pour voler au secours des zones rurales reculées

La méthode du TV Withe Space est bien connue outre-atlantique où Microsoft et ses partenaires techniques la mettent déjà en place et dans bien d’autres pays à travers la planète. Elle consiste à utiliser (avec une sélection dynamique du spectre pour ne pas gêner la diffusion TV) les espaces blancs des basses fréquences (470 MHz à 698 MHz) attribuées aux chaînes télé pour transporter des données informatiques. S’agissant de basses fréquences elles se propagent idéalement dans les zones de montagnes et permettent une bonne couverture indoor. Elle permettrait d’atteindre des vitesses de connexion de l’ordre de 50 Mb/s.

Xavier Besseyre des Horts, Senior Project Manager TV WhiteSpace chez Microsoft a bien voulu répondre à nos questions pour présenter cette technologie.

Univers Freebox : Le projet est peu connu en France où un pilote se prépare dans le Gers, mais Microsoft et ses partenaires expérimentent cette technologie depuis longtemps ailleurs dans le monde, pouvez-vous nous expliquer la génèse de ce projet ?

Xavier Besseyre des Horts : Microsoft Airband, en sa qualité d’initiative globale de Microsoft, est partenaire du projet. L’initiative Airband (Airband Initiative) a été lancée aux Etats-Unis en Juillet 2017 avec pour ambition de réduire la fracture numérique dans les zones rurales , en utilisant la technologie TV White Space, entre autres. Cette initiative – auparavant connue sous le nom d’Affordable Access initiative – a déjà permis d’offrir une couverture internet a 4,5 millions de personnes au travers de 35 projets dans des pays émergents au cours des cinq dernières années.

 

Microsoft joue donc le rôle de fédérateur ?

Microsoft possède une quarantaine de brevets sur cette technologie et les met à disposition en libre accès des industriels et opérateurs RTTH. En parallèle, Microsoft ambitionne d’animer cet écosystème pour faire bouger les lignes et ainsi favoriser l’appropriation de cette technologie, tout en faisant baisser le prix des équipements. Les différents constructeurs d’équipement sont : 6Harmonics, Adaptrum, Redline, Carlson Wireless, Nuran … Ils fonctionnent dans la bande UHF et sont certifiés ETSI.

 

Faire bouger les lignes, à quel niveau ?

Faire bouger les lignes cela veut dire faire accepter la notion de gestion dynamique du spectre sur le territoire européen. Aujourd’hui les fréquences sont dans un tableur Excel publié au Journal Officiel. Nous pensons qu’il serait bon de construire une base de données des usages des fréquences. Cela permettrait de protéger les canaux utilisés par les télévisions (ou micros HF dans la même bande), mais aussi, de bien visualiser les canaux disponibles pour faire autre chose que de la télévision. C’est vrai aussi dans d’autres niveau de la bande d’ailleurs.

 

L’ambition est européenne donc et Microsoft et ses partenaires ont choisi la France pour un pilote. Quelle est la position du gendarme des télécoms qui n’évoque pas cette solution pour l’instant et de l’ANFR ?

Nous avons une oreille très attentive autour de la gestion dynamique du spectre. L’ANFR a d’ailleurs lancé un projet de gestion dynamique du spectre à travers la block chain a station F. Cela commence à devenir un sujet d’actualité.

 

Quel est l’intérêt de Microsoft ? À terme, pourrait-il venir revêtir le rôle d’un FAI, les offres des grands opérateurs Orange, SFR, Free et Bouygues Telecom seront-elles présentes si la technologie venait à être déployée à plus grande échelle ?

Microsoft ne souhaite pas devenir Fournisseur d’Accès Internet ou opérateur. Jamais les gros opérateurs ne proposeront leur abonnement en utilisant cette technologie. On leur en a parlé et ils nous ont répondu que ça n’était pas leur business. Nous travaillons avec des opérateurs alternatifs implantés localement qui collaborent avec les autorités locales. En France, nous avons expliqué cette technologie à Nomotech, Alsatis Telecom, Altitude Infrastructure, Axione, Netalis, Solucom … après le pilote déployé dans le Gers pour lequel nous mettrons un rapport à disposition – ils seront libres de choisir leur équipementier et proposer des réseaux TVWS dans des endroits reculés pour réduire la fracture numérique. Microsoft sera heureux de compter une mairie de village, une école rurale, un centre de télé-médecine, un site touristique isolé, des fermes … comme nouveaux utilisateurs de ses solutions Office 365 ou Azure Cloud.

 

Concrètement, comment cela fonctionne-t-il ? Qu’est-ce qu’un “espace blanc” dans les bandes de fréquences utilisées par la télévision ?

Dans la bandes UHF, qui est la bandes dédiée aux télévisions dans le monde entier, on s’aperçoit que dans certaines régions à certains moments, il y a des fréquences qui ne sont pas utilisées. En effet les télévisions sont diffusées sous formes de multiplex et n’utilisent que quelques canaux. Elles laissent pas mal de canaux libres dans lesquels on pourrait faire autre chose que de la télévision, notamment passer de l’Internet.

 

Quid du pilote dans le Gers ?

Nous sommes en discussion avec l’ANFR, le CSA et l’ARCEP pour construire une expérimentation en France qui aura lieu dans le Gers car nous l’avons identifiée comme une région où pas mal d’espaces blancs étaient disponibles. Et où le syndicat numérique du Gers était très favorable à notre initiative et prêt à nous amener de la fibre sur un point haut pour ensuite installer une quinzaine de stations de réception à partir de ce point haut. Le but étant de s’assurer que la technologie ne perturbe pas la réception de la télévision.

Le dossier a été déposé fin avril auprès de l’ARCEP. Il va être instruit sous les conseils de l’ANFR pour nous donner l’autorisation de déployer ce pilote

en rouge les espaces blancs différents en fonction de la région

 

Ce que nous avons fait dans le Gers, pour l’instant, a été de vérifier en montant en haut des points hauts (château d’eau) que les canaux identifiés étaient bien disponibles dans la réalité.

L’idée est , à partir de ce point haut fibré, couvrir jusqu’à 10/15km avec une antenne de type télévision et un petit boîtier.

Le boitier est alimenté par power over internet, une solution par panneau solaire est également possible si en zone rurale l’alimentation électrique se révèle complexe.

 

Pour une personne qui adopte cette solution, de quel débit beneficiera-t-elle ?

Avec un canal radio de 8Mhz on obtient un débit de 20/25mbits. En agregeant 3 canaux on peut atteindre entre 60/70 mbits dans un rayon de 15km. Comme cela est partagé avec l’ensemble des utilisateurs on estime qu’assurer 20mbits est possible. Pour l’instant au niveau technique on ne peut utiliser que des canaux contiguë, mais les industriels travaillent sur leurs algorithmes pour a terme utiliser des canaux non contiguë.

Et en termes de prix ?

On ne veut pas que l’abonné paye trop cher cela se situera dans une fourchette entre 20/40 euros. Il faut que le boîtier radio soit amorti assez rapidement donc il n’y aura pas pour l’heure plus de trois chipset radio.

Dans le cadre du pilote cela est gratuit pour l’abonné, financé par Microsoft et le syndicat mixte Gers numérique. Le partenaire technique retenu pour l’installation est Nomotech.

Ensuite, pour comparaison l’offre commerciale disponible autour du Loch Ness avoisine les 40 euros.

 

Par rapport aux solutions alternatives à la fibre dans le cadre du plan THD pourquoi ne parle-t-on pas de celle-ci ?

Ce n’est pas très connu, on utilise les fréquences utilisées par la télévision et les algorithmes sont encore en cours d’amélioration. Désormais on arrive à avoir une écoute beaucoup plus intelligente du spectre et avoir une utilisation très propre. Si nous respectons les règles de gestion dynamique du spectre, nous sommes sûr de ne pas brouiller la réception de la télévision.

 

Et au niveau réglementaire ?

L’ARCEP, le CSA et l’ANFR veulent s’assurer des résultats du pilote. En attendant beaucoup de petit opérateurs frappent à notre porte car ils doivent résoudre des problèmes de connectivité dans des fonds de vallée par exemple, et nous demandent s’ils peuvent démarrer un test voire une offre commerciale.

 

Les opérateurs paient des redevances pour l’utilisation des fréquences mobiles, les télévisions ont des obligations de financement, ne craignez-vous pas une levée de boucliers si on vous autorise à utiliser des fréquences de la télévision qui a donc des obligations pour s’en servir ?

C’est une technologie qui apporte une réponse très locale dans des zones rurales reculées. Il y a de grands débats à avoir. Notre position est de dire que ces fréquences sont attribuées à la télévision, nous nous proposons d’utiliser l’espace un peu "gâché" pour l’instant. Comme personne ne veut aller alimenter en internet ces endroits reculés, nous faisons l’effort de le faire. Mais pour rester dans l’approche de l’Internet accessible à tous il faut que le coût des équipements et les fréquences soient très bas.

 

L’idée serait donc d’utiliser les espaces blancs de la télévision de manière gratuite en échange d’obligation de couverture (un peu sur le modèle des obligations imposées par le CSA aux télévisions) pour couvrir en internet les zones reculées là où les opérateurs ne veulent pas investir ?

Absolument, c’est bien résumé.