Interview de David El Fassy, président d’Altitude : «il est possible que des premiers clients fibre puissent bénéficier des offres Free d’ici la fin d’année»

Interview de David El Fassy, président d’Altitude : «il est possible que des premiers clients fibre puissent bénéficier des offres Free d’ici la fin d’année»

 © David Morganti

Avec 22 Réseaux d’Initiative Publique (RIP) et un parc de 2,7 millions de prises FTTH contractualisées, Altitude Infrastructure figure à la seconde place des acteurs du Plan France très Haut Débit. Aujourd’hui, 150 00 prises FTTH sont d’ores et déjà ouvertes à la commercialisation, et compte tenu de son rythme de déploiement actuel, l’opérateur d’infrastructure disposera d’un potentiel de 330.000 prises commercialisables d’ici la fin de l’année. A l’heure où Free est en discussion avec Altitude et que ce dernier "trace sa route", Univers Freebox a interviewé son PDG, David El Fassy.

 

Univers Freebox : Quels sont les objectifs d’Altitude pour 2018 et à terme ?

 

David El Fassy : Nous vivons une très forte croissance puisque nous sommes passés de 1 à 2,7 millions de prises en 2 ans, et nous avons même dû revoir notre objectif initial à la hausse. Aujourd’hui, nous fixons désormais notre ambition à plus de 3 millions de prises à terme. Pour 2018, les objectifs sont de plusieurs ordres : maintenir le rythme de déploiement prévu dans toutes nos régions, intégrer plus de 150 collaborateurs sur l’année, accueillir les OCEN, lancer la construction de notre nouveau siège social et bien sûr continuer à étendre notre parc via les appels d’offres de RIP et les AMEL.

 

Les derniers appels d’offre sont en cours d’attribution, allez-vous vous positionner ?

Nous sommes positionnés sur tous les appels d’offres sur lesquels nous avons des chances de gagner ! Début mars, nous avons signé le marché des Pyrénées-Orientales, après avoir officialisé celui de l’Aude mi-décembre 2017. Nous devrions signer très prochainement un nouveau marché qui nous permettra de franchir le cap des 3 000 000 de prises FTTH contractualisées.

 

Quelle est votre position sur le nouveau dispositif zones AMEL, "appel à manifestation d’engagement local" ? On parle de 1 à 3 millions de prises.

Les décisions concernant les zones AMEL seront prises d’ici juin. Nous échangeons avec l’ensemble de nos Délégants autour du sujet. En parallèle nous recensons toutes les Collectivités souhaitant lancer un AMEL, nous étudions chaque dossier pour, dans certains cas, prendre un engagement de déploiement encadré par le L33-13. Stratégiquement, nous pensons que cette nouvelle phase d’appels à initiative privée peut répondre aux enjeux sur certains territoires, mais nous sommes parallèlement convaincus que des projets de RIP demeureront incontournables pour assurer l’objectif d’une couverture exhaustive du territoire à Très Haut Débit.

 

Où en sont les discussions avec Free ? Une signature avant la fin de l’année ?

 

Après l’arrivée de Bouygues Telecom sur notre réseau alsacien en 2017, celui-ci devrait étendre rapidement sa présence à l’ensemble de nos RIP en France. En parallèle, nous menons des discussions avec Free depuis plusieurs mois. Tant que rien n’est signé et sans concertation avec ce futur partenaire, il nous est difficile de nous avancer plus sur ce sujet ; mais nous sommes pleinement confiants sur notre capacité à nous accorder prochainement, pour permettre aux usagers finaux de nos réseaux de disposer d’une offre de services encore enrichie dans les mois à venir.

 

Quand estimez-vous que Free pourra arriver sur vos réseaux une fois l’accord signé ?

 

Une fois l’accord-cadre signé avec Free, ce dernier désignera les RIP sur lesquels il souhaite venir commercialiser ses offres en priorité. S’en suivra une phase de tests et de déploiement technique. Tous les voyants sont actuellement au vert : si cette dynamique se poursuit, il est possible que des premiers clients puissent bénéficier de l’offre de Free d’ici la fin d’année.

 

Comment se passe la procédure pour un abonné qui souhaite demander à ce que son opérateur le bascule en fibre sur votre réseau ?

 

Tout dépend si l’abonné est d’ores et déjà raccordé à la fibre ou non. S’il ne l’est pas, il doit faire la démarche auprès de l’opérateur de son choix parmi ceux présents sur le réseau pour demander à ce qu’un raccordement à la fibre soit effectué. Un rendez-vous est pris avec un technicien qui intervient chez le client pour procéder à l’installation des équipements. Une fois ces derniers mis en service, l’usager peut alors profiter librement de l’ensemble des usages numériques permis par la fibre. S’il est d’ores et déjà raccordé, la bascule vers un autre opérateur se fait aussi simplement qu’avec une offre ADSL classique.

 

Maxime Lombardini (Iliad) a expliqué il y a quelques jours pourquoi Free ne proposait pas encore ses offres sur les RIP : « Les opérateurs d’infrastructures doivent transformer les accords globaux qu’ils ont avec nous, avec chacune des délégations (de service public). Et c’est comme ça que derrière on peut venir se raccorder. » Cette étape bien que nécessaire semble prendre beaucoup de temps, pourquoi ? 

Cette étape est effectivement nécessaire. Pour autant, nous nous concertons en amont de la signature des accords globaux avec nos Collectivités partenaires afin de limiter au maximum le délai entre la signature de ces accords cadre et leur concrétisation sur les territoires.

 

N’y a t-il pas eu un concours sur la force des engagements des opérateurs sur les RIP face aux contrats de DSP lors du Graco 2018 où Altitude était présent ? Que que retenir de cet événement ?

Dans un contexte où la cohérence du modèle du déploiement FTTH en France est questionné, sur les RIP comme sur les zones d’initiative privée, les échanges qui ont eu lieu au GRACO ont permis à chacun de clarifier sa stratégie et ses ambitions. De notre côté, notre conviction est que seuls les montages de RIP, sur une échelle territoriale large, permettent de répondre pleinement aux enjeux d’aménagement du territoire : garantir une équité d’accès, technologique et tarifaire, et valoriser pleinement les fonds publics investis dans ce grand chantier. Sans règles, nous pourrions rapidement retomber dans une situation à deux vitesses : les territoires denses, sur lesquels déployer des réseaux présente des perspectives de rentabilité réelle, qui seront couverts par un voire plusieurs réseaux en fibre optique ; et les zones plus rurales, laissées à l’écart de cette révolution. Pour nous, cette hypothèse ne peut pas être envisagée.

 

Enfin, le Plan THD sera t-il selon vous tenu ? Lors des Etats Généraux des RIP, Guillaume Mellier, directeur fibre, infrastructures et territoires de l’Arcep a annoncé qu’un peu plus de 10 millions de lignes ont été construites en 10 ans, et autant devront l’être lors des trois prochaines années…

 

C’est un objectif ambitieux et ce qu’a indiqué Guillaume Mellier est tout à fait juste. Les plannings de déploiement s’accélèrent, les ressources humaines sont mobilisées, les investisseurs sont désormais convaincus… Nous ne sommes plus dans la même organisation que ces 10 dernières années et mettons tout en œuvre pour respecter cette nouvelle échéance. qui nous a été confiée. En revanche nous restons convaincus que le 100% fibre ne pourra pas se faire sans la réouverture du guichet de la Mission THD.

 

Voici le détail des réseaux opérés par Altitude. Sont en cours de déploiement et/ou de commercialisation Alpes de Haute-Provence, des Bouches-du-Rhône et Hautes-Alpes (PACT Fibre) ; des Alpes-Maritimes (La Fibre 06) ; d’Alsace (Rosace) ; de l’Aude ; du Doubs (Doubs Très Haut Débit) ; de l’Eure (Eurek@) ; du Grand-Est (Losange), de la Manche (Manche Fibre) et des Pyrénées-Orientales (Numérique 66).

Pour l’Aveyron ; le Calvados ; les Deux-Sèvres ; le Golfe du Morbihan – Vannes agglomération (REV@) ; la Haute-Garonne ; l’Ille-et-Vilaine ; l’Orne ; Maizières-les-Metz (Resoptic) ; la Meuse (Net 55) ; Toulon Métropole (TPM THD) ; la Vendée ; la Lozère (Net48) et Rodez agglo (Net Grand Rodez), le déploiement est achevé ou en commercialisation et/ou en exploitation.