Iliad et Xavier Niel : la soif grandissante d’investir dans les télécoms aux quatre coins du monde

Iliad et Xavier Niel : la soif grandissante d’investir dans les télécoms aux quatre coins du monde

Tout un symbole. La prise de contrôle de Eir par Iliad et NJJ confirme la tendance. La maison-mère de Free et la holding personnelle de Xavier Niel s’aventurent de plus en plus en dehors des frontières françaises. L’occasion de faire le point sur les acquisitions du duo dans le monde des télécoms et de souligner leurs échecs.

De nouveaux terrains de jeu, le regard tourné avec insistance vers l’étranger. Xavier Niel investit de plus en plus sur de nouveaux marchés que ce soit avec ses fonds personnels où avec son groupe Iliad. L’implantation la plus prégnante est sans conteste le lancement de Free en Italie prévu au premier trimestre 2018 mais qui pourrait être décalé au printemps prochain. L’opérateur de Xavier Niel a obtenu son ticket en juillet 2016 pour devenir le 4ème opérateur mobile de l’autre côté des Alpes. Un débarquement rendu possible grâce à la fusion des groupes Hutchison (Tre) et VimpelCom (Wind). Free espère arracher 10% du marché en deux ou trois ans, avec pour objectif d’atteindre 25%. Si cette arrivée devrait rimer avec révolution en termes de prix en Italie, elle succède à plusieurs loupés ou tentatives infructueuses pour Iliad. Comme au Royaume-Uni en 2016 (blocage de la fusion O2/Three) ou au pays de l’Oncle Sam avec le rachat avorté de T-Mobile USA à Deutsche Telekom en 2014. Iliad avait formulé à la surprise générale une offre de 15 milliards de dollars pour une prise de participation majoritaire de 56,6%. La même année, Free a essuyé un autre revers lors de la revente d’Outremer Télécom par Numericable, lequel se devrait de céder dans les plus brefs délais l’opérateur dans le cadre du rachat de SFR. Finalement, l’opérateur de Patrick Drahi a préféré Telma à Free qui s’était positionné sur ce dossier.

En rouge, les investissements passés ou actuels d’Iliad et de Xavier Niel. En jaune, les tentatives ou rachats avortés.
 
Pas de quoi calmer les ardeurs de Xavier Niel pour qui «l’échec, c’est l’épice qui donnera sa saveur à votre succès.» L’année suivante, Free met un pied à Mayotte et à La Réunion, avec l’acquisition de 50 % de Telco OI (Telecom Réunion Mayotte), une filiale du groupe Axian. Finalement Free débarquera en grande pompe et cassera les prix en juillet 2017 à La Réunion, après avoir investi 50 millions dans un réseau de dernière génération 4G+. Sur sa lancée et plutôt opportuniste, Iliad boucle 2017 en beauté en s’emparant cette semaine en duo avec NJJ, de l’opérateur mobile et fixe irlandais Eir. C’est aujourd’hui incontestable, Iliad cherche à s’internationaliser et à devenir un acteur majeur des télécoms en Europe.

Xavier Niel et sa holding NJJ, l’appétit vient en mangeant

Si Iliad se montre de plus en plus actif en dehors de l’hexagone, Xavier Niel investit ses propres deniers depuis longtemps dans le monde des télécoms. En 2011, alors que l’ancien directeur général de Free, Michaël Boukobza lance Golan Telecom en Israël, Xavier Niel devient actionnaire minoritaire. A l’instar de Free Mobile en France, l’opérateur mobile s’est alors démarqué de ses concurrents par des prix beaucoup plus bas que la concurrence. Finalement en janvier dernier, alors qu’il détenait 30% du capital, le magnat des télécoms a vendu ses parts en marge du rachat de Golan par Selectra.

Mobile un jour, mobile toujours, le patron de Free a mis également la main en 2014 sur Monaco Télécom un "opérateur qui permet d’inventer des choses différentes". Il possède aujourd’hui 52% des parts de ce labo technologique par le biais de sa holding personnelle. Monaco Telecom a d’ailleurs lancé en avril dernier le premier réseau mobile commercial atteignant jusqu’à 1 Gigabit/s et ouvert aux smartphones compatibles.

Une année 2014 intense sur tous les plans pour le tycoon des télécoms puisque celui-ci a racheté et ce juste avant Noël, Orange Suisse, troisième opérateur mobile du pays pour 2,3 milliards d’euros, rebaptisé depuis Salt. Un investissement au goût d’échec à en croire certaines rumeurs annonçant que Xavier Niel pourrait être tenté de sortir de Suisse (La Lettre A). Salt qui devrait se lancer dans le fixe, ne dégagerait «pas assez de cash-flow pour financer la 5G» et le patron de Free n’arriverait pas à rentabiliser son investissement. 

En Asie, Xavier Niel dispose aussi depuis 2014 d’un ticket de 8 millions de dollars dans My Republic, un FAI de Singapour spécialisé dans la fibre optique, qui s’est lancé en Nouvelle-Zélande et en Indonésie. Enfin plus récemment (juillet 2017), le fondateur de Free a signé une promesse de rachat de l’opérateur mobile sénégalais «Tigo», annulant par conséquent la vente initialement prévue de celui-ci à la banque sénégalaise Wari. Cette cession est actuellement en suspens, le Président Sénégalais a donné par le biais d’un décret publié le 1er août son approbation de la cession de la licence d’établissement et d’exploitation des réseaux de télécommunications de Tigo à la banque Wari. C’est ce décret que Xavier Niel et ses associés tentent de faire annuler, ceux-ci espèrent trouver une issue positive avant la fin de l’année.