Colloque des industriels des RIP : En 2022, des millions de locaux n’auront toujours pas accès au très haut débit si rien ne bouge

Colloque des industriels des RIP : En 2022, des millions de locaux n’auront toujours pas accès au très haut débit si rien ne bouge

Si Edouard Philippe, le Premier ministre, a promis hier le très haut débit «partout en France» dès 2022 et annoncé «un pacte pour les collectivités» à venir, la fédération des RIP a quant à elle organisé dans le même temps un colloque sur les solutions à apporter à cette problématique. Il en est ressorti que «100% du territoire en très haut débit d’ici 2022 : C’est possible avec les solutions 4G fixe et satellite.» Voici le compte-rendu.

Alors que la FIRIP se mobilise largement depuis 18 mois, sur la 4G fixe (ou LTE fixe) et le satellite comme solutions pour le THD en milieu rural, l’actualité sur le sujet s’est récemment accélérée. Le 13 juin dernier, le Président de la République a confirmé ses engagements de campagne en matière d’aménagement numérique du territoire et sa conviction selon laquelle il faut trouver une véritable alternative, fiable et économique, pour les zones où la fibre optique n’est pas envisageable à court terme, soit «une solution mixte mariant fibre et 4G à bon niveau partout». Le 21 juin, l’ARCEP annonçait sa décision d’attribuer des bandes de fréquences (3,4 Ghz) réservées à la 4G fixe et permettant l’aménagement du territoire.

Hier, le colloque, organisé sur le sujet par la FIRIP à l’issue de son assemblée générale, a marqué une nouvelle étape. Devant près de 200 acteurs du marché, alors que l’Idate et le CNES ont valorisé le potentiel du marché au travers une étude inédite, les institutions majeures du secteur, ARCEP et Agence du numérique, ont confirmé l’intérêt de ces technologies complémentaires et leurs engagements dans ce sens. Retour sur les messages clés de cette matinée.

Quel potentiel de marché en 2022 pour la 4G fixe et le satellite ?

« En 2022, 5,1 millions de locaux n’auront toujours pas accès à internet à 30 Mb/s et 1,2 millions d’entre eux seront toujours sous la barre des 8 Mb/s » explique Pierre-Michel Attali, Directeur du Pôle Territoires Numériques à l’Idate, lors de la présentation de son étude commune avec le CNES.

 

Un constat qui prouve bien qu’il y a urgence à apporter des solutions…

 « L’ambition de long terme reste la fibre optique, c’est indéniable et nous ne reviendrons pas dessus » rappelle Etienne Dugas, Président de la FIRIP. « Cependant, dans l’attente de son arrivée dans les territoires les plus difficiles d’accès, la 4G fixe et le satellite constituent des solutions fiables, peu coûteuses et disponibles à court terme ».

-  Les réseaux 4G fixe sont particulièrement bien adaptés à l’accès au très haut débit dans les zones peu denses.

-  L’offre d’accès à internet par satellite constitue un bon complément en haut débit pour les zones d’habitations éparses, dont les coûts de raccordement seraient trop élevés pour la collectivité avec d’autres technologies.

 « L’ampleur du besoin en connectivité Internet en France est telle, couplée à l’arrivée de nouveaux satellites aux performances très améliorées, que nous assistons actuellement à un tournant : l’Internet par satellite est en passe de devenir un marché de masse, au lieu d’un marché de niche précédemment. Grâce aux débits et volumes qu’elle propose actuellement et qu’elle fera évoluer dans les années à venir, l’offre d’Eutelsat en matière d’Internet par satellite est une composante à part entière du Plan France THD » explique Jean-François Bureau, Directeur des Affaires Institutionnelles et Internationales chez Eutelsat.

Quelles performances pour la 4G fixe ?

"La 4G fixe, différente de la 4G des opérateurs mobiles, permet de répondre aux performances souhaitées par les utilisateurs : 30 Mb/s minimum sur un rayon d’au moins 10 km et de la data en illimité", explique Vincent Carrière, Président de la Commission RTTH au sein de la FIRIP.

En effet, le débit des solutions 4G fixe ne dépend pas de la distance et s’affranchit des quotas mensuels de données, autorisant ainsi les offres triple play.

Les zones de couverture correspondront aux souhaits des collectivités, puisque le déploiement sera dédié à l’aménagement numérique de leur territoire. Les réseaux 4G fixe, ouverts et partagés, pourront accueillir plusieurs fournisseurs d’accès internet et seront déployés en peu de temps.

« En Seine-et-Marne, nous avons expérimenté avec succès le passage du WiMAX à la 4G fixe. Une vingtaine de milliers de foyers sera couvert d’ici fin 2017 via cette technologie. Nous serons donc parmi les premiers à demander une autorisation d’exploitation d’une bande de fréquences 3,4 Ghz en septembre » déclare Dominique Leroy, Directeur Général de Seine et Marne Numérique.

Les industriels confirment la faisabilité du projet, avec des délais de déploiement de 12 à 18 mois à l’échelle d’un Département et de quelques semaines pour une Communauté de Communes.

Prochaine étape : déployer les réseaux

L’ARCEP, qui a réservé une bande de fréquences pour la 4G fixe, a annoncé que l’attribution aux opérateurs devrait maintenant être une question de semaines.

Quant aux modalités concrètes, Cécile Dubarry a précisé que les futures autorisations seront assorties d’ambitions fortes (en termes de couverture, de rapidité de déploiement, d’interconnexion avec les autres réseaux, etc.), et qu’elles seront délivrées via un système de « guichet au fil de l’eau, à partir de septembre prochain », afin de permettre aux collectivités qui ont un projet mature d’activer ce levier très rapidement et aux autres de s’y préparer convenablement.

Antoine Darodes a quant à lui rappelé le rôle primordial des collectivités dans le succès du Plan France Très Haut Débit, qui dès le départ, prévoyait un mix technologique avec 100% des déploiements en fibre optique en zones denses, mais seulement 50% en zones publiques, le reste étant assuré à 35% par la montée en débit VDSL2/FttN et à 15% en hertzien (radio et satellite).

« Les industriels de la FIRIP et tout l’écosystème de la 4G fixe et du satellite sont prêts, ils visent un déploiement national pour couvrir les 1 à 2 millions de foyers dans le cœur de cible d’ici 2022 » se réjouit Etienne Dugas, Président de la FIRIP. 

« La 4G fixe et le satellite sont des outils supplémentaires et indispensables pour atteindre 100% de couverture en THD (30 Mbps) sur tous les territoires, d’ici 2022. Autrement dit, pour réussir le Plan France Très Haut Débit. Encore faut-il que le Gouvernement intègre concrètement ces technologies dans le cadre de ce Plan, notamment en les promouvant auprès des collectivités et en assurant leurs financements ». 

La fédération souhaite rencontrer rapidement les représentants du Gouvernement à ce sujet.