La fin du roaming, l’aboutissement d’une bataille face aux opérateurs et gouvernements mais aussi un fantastique coup de poker

La fin du roaming, l’aboutissement d’une bataille face aux opérateurs et gouvernements mais aussi un fantastique coup de poker

 

La genèse de l’abolition du roaming, un combat inégal mené face aux opérateurs, aux gouvernements et aux lobbyistes, mais un dénouement favorable aux consommateurs.

Dès demain, les citoyens de l’Union européenne ne payeront plus aucun surcoût lorsqu’ils utiliseront leur téléphone mobile pour appeler, envoyer des SMS ou surfer sur le net depuis un autre pays de l’Union, la fin d’un long chemin semé d’embuches et l’aboutissement d’une bataille menée face aux grands opérateurs. La fin du roaming, c’est aussi la fierté de Viviane Reding jadis commissaire européenne aux Télécommunications qui a lancé en 2004 la première attaque ciblée sur les frais d’itinérance en Europe comme le rapporte l’Opinion qui l’a interviewée.

Cette dernière se souvient d’ailleurs dans les lignes du quotidien français, du bras de fer politique et parfois judiciaire qu’elle a du mener pour mettre fin à cette arnaque : « Les grands opérateurs ont tout fait à l’époque pour m’empêcher de mettre un projet de loi sur la table. Au lieu d’investir dans des forfaits intéressants pour leurs clients, ils ont dépensé des sommes colossales dans des bataillons de lobbyistes, et ce pendant des années. Ils m’ont aussi amenée devant la Cour de Justice de l’UE, où bien sûr ils ont perdu. Ils jugeaient vraiment inconcevable qu’un responsable politique prépare une loi pour intervenir sur le marché. Mais leurs marges atteignaient presque 100 %, c’était franchement de l’arnaque. Cette affaire du roaming est aussi une victoire des consommateurs. »

Plus intéressant encore , Viviane Reding rapporte que les opérateurs avaient pour la majorité d’entre eux le soutien de leur gouvernement, la France n’était d’ailleurs pas partisane de l’éradication du roaming au contraire du Parlement Européen qui l’a toujours accompagnée dans son projet, ainsi que les médias et les associations de consommateurs. La victoire elle l’a obtenue au bagou et à l’intox, sur « un hold-up » en 2007 lors d’une réunion des ministres des Télécommunications. Alors que sans l’aval des gouvernements, son projet était voué à l’échec et c’était le cas, celle-ci a décidé d’organiser une conférence de presse en annonçant qu’un accord avait été trouvé en vue de baisser les frais d’itinérance. La presse s’est alors agitée et l’annonce a fait les gros titres. Pris au dépourvu, les ministres ont alors reçu les éloges de tous et leur travail a directement été perçu comme exemple de collaboration allant dans le sens des consommateurs bien que la réalité fut aux antipodes de cela puisqu’aucun accord n’avait été trouvé. La fausse annonce et le coup de bluff de Viviane Reding a finalement tout chamboulé et les ministres « ont entériné la décision quelque temps plus tard ». On dit merci qui cette fois-ci ?