Numericable : le spécialiste des rachats par endettement

Difficile de ne pas voir une analogie avec la célèbre fable de La Fontaine, "la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf". Numericable part de loin et souhaite s’attaquer au géant Orange, le concurrencer et pourquoi pas passer devant. La route est longue, mais les ambitions sont là.

En tout cas Patrick Drahi ne lésine pas sur les moyens quitte à s’endetter, s’endetter encore et se sur-endetter. Il faut dire que Patrick Drahi est un spécialiste de la gestion de la dette. Depuis 10 ans, sa passion pour les cablo-opérateurs l’a conduit, avant de fonder Numéricable, a déjà de nombreuses acquisitions par endettement. Il s’est ensuite étendu, Outre-Mer, République Dominicaine, Portugal, Belgique, Luxembourg, Patrick Drahi a continué de s’endetter et de faire grossir Altice son fonds d’investissement.
 
Cette année reste un tournant majeur pour le câblo-opérateur, 13,36 milliards d’euros en une seule fois pour le rachat de SFR. Le jeu en valait la chandelle, Numericable qui était très loin de ses concurrents en nombre d’abonnés se retrouve propulsé n°2. Dans le même temps, Numericable s’est également offert Virgin Mobile.
 
On aura pu croire son appétit dans les télécoms satisfait et les liquidités disponibles épuisées.
 
Mais c’est sans compter avec les prétentions de Patrick Drahi et d’Altice en passe de s’offrir Portugal Télécom et ayant manifesté de leur intérêt pour acheter Bouygues Télécom.
 
Pour le moment, la dette d’Altice atteint 25 milliards d’euros soit 4 à 4,5 fois sont EBITDA. Certains y voyaient un signe inquiétant et un gros risque de la part du groupe de Patrick Drahi. Pourtant, du côté des banques qui soutiennent le groupe de télécommunication, on est confiant. Deutsche Bank estime même qu’Altice pourrait s’offrir Bouygues Télécom sans avoir besoin d’augmenter son capital une nouvelle fois. Lors de sa dernière levée de fonds, la demande des investisseurs dans Numericable a dépassé les 100 milliards de dollars, un record dans l’univers de la high-tech.
 
Pour un concurrent de Numericable, c’est un gros risque qui est néanmoins pris : "Altice a réussi à faire croire qu’il est comme les opérateurs du câble américain qui s’endettent jusqu’à cinq ou six fois leur Ebitda. La différence, c’est qu’aux Etats-Unis, les câblo-opérateurs sont en monopole sur leur marché."
 
Numericable SFR and Co ont donc intérêt a rapidement trouver les solutions pour retrouver la croissance et la rentabilité. Au-delà d’un certain niveau d’endettement, Altice-Numericable pourrait perdre une partie de ses marges de manœuvres, les intérêts pourraient augmenter, la dette pourrait être convertie en capital.
 
En 2009 déjà, Numericable s’était déjà fait rappeler à l’ordre par ses créanciers pour une dette de 3.1 milliards d’euros.
 
Source : Les Echos