Audition de SFR devant le Sénat : “le marché français n’est pas regardé comme très attractif”

Audition de SFR devant le Sénat : “le marché français n’est pas regardé comme très attractif”

Pour cette deuxième audition, c’est SFR, "l’autre-moitié" de la future entité SFR-Numericable qui est entendu par le Sénat dans le cadre de la commission du développement durable, des infrastructures, de l’équipement et de l’aménagement du territoire ainsi que le groupe d’études "communications électroniques et postes".

Après Eric Denoyer, c’est au tour de Jean-Yves Charlier, PDG de SFR d’évoquer les raisons de ce processus de fusion actuellement engagé avec Numericable.
 
Le PDG de SFR estime ainsi que depuis 2012, l’opérateur au Carré Rouge a du se repositionner, en simplifiant les offres, en reduisant ses coûts de 1,5 milliard, puis en cherchant à mutualiser ses infrastructures, avant d’enfin d’envisager un rapprochement "soit de Bouygues Telecom pour devenir le champion national de la téléphonie mobile, soit de Numericable pour accélérer la convergence."
 
"Numericable ou Bouygues" ? La vision de SFR
 
Parmi les raisons qui ont fait pencher la balance du côté de Numericable, le patron de SFR évoque la possibilité d’un offre convergente que "40 % des consommateurs achètent déjà" mais également le critère de l’emploi et des cessions à Free : 

"Numericable compte 2 000 collaborateurs sur des fonctions très complémentaires à celles de nos salariés, alors qu’avec Bouygues Telecom, les doublons auraient été très nombreux – le projet prévoyait d’importantes cessions à Free."
 
Enfin le PDG de SFR estime que "le rapprochement avec Numericable serait plus rapidement effectif parce qu’il répond mieux aux critères contrôlés par l’Autorité de la concurrence : dans d’autres pays où un opérateur de téléphonie a racheté un câblo-opérateur, un seuil de 40 % du marché a été appliqué ; nous serions ici en-deçà."
 
Quid des accords mutualisation co-investissement avec Bouygues et Orange ?
 
Si jusqu’alors SFR était très impliqué aux côtés d’Orange, s’étant positionné sur de nombreuse zones, le PDG de SFR estime aujourd’hui que "le choix de la fibre en technologie FTTH s’avère trop onéreux, avec une rentabilité à 20 ou 25 ans seulement : le retour sur investissement est inférieur au coût du capital pour l’entreprise, ce qui n’est pas tenable. Cela justifie plus encore notre rapprochement avec Numericable, qui est aussi celui de la mixité des technologies."
 
Néanmoins le PDG de SFR réaffirme son "engagement de mutualiser la fibre avec Orange sera tenu ; nous avons ainsi couvert trente villes moyennes l’an passé, nous aurons couvert cent villes cette année."
 
Autre sujet délicat, la mutualisation du réseau 4G avec Bouygues, hors zones denses, SFR ne souhaite pas "changer de stratégie" : "l’avenir est en effet à la mutualisation, et les opérateurs n’ont pas les moyens d’investir seuls. C’est bien pourquoi notre contrat, qui porte sur vingt ans, ne comporte pas de clause de sortie en cas de changement au capital : nous savions, en le signant, que le paysage changerait très probablement dans les années suivantes, sans affecter cet axe stratégique de la mutualisation." Bouygues souhaite néanmoins se désengager du dossier, des pénalités pourraient ainsi lui être demandé.
 
Le FTTH : un problème d’usages
 
Il estime néanmoins que le problème du FTTH n’est pas seulement un problème de déploiement mais également d’usages  : "je crois, ici, que la vision des industriels ne suffit pas et que l’État doit jouer son rôle pour développer les nouveaux usages. On nous demande de déployer un vaste réseau très haut débit, mais sans politique incitant aux nouveaux usages, qui sont pourtant au coeur de la rentabilité des infrastructures.
 
Voyez ce qui s’est passé à Paris : la fibre est partout, proposée par tous les opérateurs, mais seuls 11 % de ses utilisateurs potentiels s’y sont abonnés, c’est un échec. Pourquoi ? Tout simplement parce que les usages n’y sont pas développés. Il en va tout autrement au Japon, par exemple, où l’État et les institutions développent de nouveaux usages dans tous les domaines, de la santé à domicile au e-learning. Notre rôle d’industriels, c’est de proposer des innovations, comme nous le faisons par exemple avec la box qui offre des services domotiques."
 
Le Très Haut Débit Mobile : des limites réglementaires : 
 
Le PDG de SFR relève également de grandes incohérences entre la volonté de déployer le très haut débit mobile et les cadres réglementaires qui limitent le potentiel des opérateurs : 
 
"Nous ne pourrons continuer longtemps, avec les réticences auxquelles nous nous heurtons, à installer de nouvelles antennes : or, songez qu’à Tokyo, il y a une antenne tous les cent mètres, pour absorber les flux de données, tandis qu’à Paris nous plafonnons à une antenne tous les quatre cents mètres, sans possibilité d’en implanter davantage !

Il faut aussi que nous mutualisions les infrastructures, plutôt que de développer chacun la sienne, comme à Paris et dans les grandes métropoles."
 
SFR-Numericable : une proie facile pour les acteurs étrangers ?
 
Enfin, à la signature d’un nouveau partenariat sur le roaming international avec Vodafone, ex actionnaire majoritaire de SFR, les sénateurs craignent que le nouvel ensemble endetté devienne une proie facile pour cet acteur étranger. A ce titre, le représentant de SFR dévoile au sénateur le désintéret de ces opérateurs pour la France : "Pour parler régulièrement avec des concurrents étrangers, en particulier Vodafone, je peux vous dire que le marché français n’est pas regardé comme très attractif, parce que nous avons les prix les plus bas pour l’abonnement en fixe et en mobile."
 
Le PDG de SFR estime que la structuration de la nouvelle entité et le chiffre d’affaires réalisé protégera au contraire SFR-Numericable des acteurs étrangers : "nous aurons un chiffre d’affaires de 12 milliards d’euros, ce qui nous placera en position de champion européen, au-dessus par exemple des opérateurs historiques européens. Enfin, seulement 20 % du capital seront cotés en bourse, puisque Altice en détiendra 60 % et Vivendi les 20 % restant. Cette participation de notre société historiquement mère est très importante sur le plan industriel."