Canal + s’offre Studio Bagel

"Salut bande de salopes !", constitue quasi-systématiquement l’introduction des Tutos, ces épisodes de podcast YouTube qui parodient des tutoriels. Vidéos phares du Studio Bagel, les Tutos sont animés par La Ferme Jerome depuis leur création en 2013. L’idée a été lancé en novembre 2012, YouTube lance 13 chaines thématiques ; suite à cette annonce Lorenzo Benedetti crée le Studio Bagel, qui sera entièrement dédié à l’humour.

Pour fonctionner, la chaîne recrute des youtubers populaires : La Ferme Jerome, Monsieur Poulpe, Mister V, Kemar, Natoo, et d’autres moins connus. Leur premier sketch est mis en ligne le jeudi 15 novembre 2012 (les Chinois contre-attaquent), et le succès est immédiat.

À mi-chemin entre le gras du Golden Moustache, et la simplicité de Norman/Cyprien, les vidéos du Studio Bagel se veulent trash dans la forme, mais sur des sujets qui ne le sont pas. Comme par exemple les cupcakes, ou Camille précise que : "ils ne sont pas réservés aux suceurs de queues, même les connards d’homophobes peuvent aussi en faire". Ces vidéos sont aussi prétextes à moult référence à la culture populaire ("Bonjour je suis le colonel Moutarde et j’ai un micropenis"), voire à de grandes questions philosophiques : "En couple sur Facebook ? ", "Et si l’alcool ne me faisait plus d’effet ?"

 

Le succès est total puisque Studio Bagel devient le premier réseau de chaines d’humours sur YouTube en France. Recruté ensuite par le groupe Canal +, le collectif obtient des séquences comme Le Dezapping du Before, Pendant ce temps, Les Tutos, à intégrer dans des programmes tels que Le Grand Journal et le Before du Grand Journal à la rentrée 2013. Les résultats sont là : en moins d’un an le Studio Bagel dépasse le million d’abonné, 90 millions de vues sur leur chaine officielle, et 16 millions sur la chaîne du Dézapping.

Désormais qualifié "d’acteur significatif de l’Internet ouvert" par Les Echos, le leader français de l’humour sur YouTube est racheté à 60 % par Canal +, pour un montant inconnu. Interrogé sur la question du pourquoi, Canal + ne met pas avant le succès de Studio Bagel, mais son savoir-faire en matière de création de nouveaux talents. Ceci n’est pas sans rapport avec l’implication récente du Groupe Canal + dans l’univers OTT (services donnant un accès à Internet direct, sans passer par les box des opérateurs télécoms), aux cotés des acteurs type Google TV, Apple TV ou le fameux Netflix. "On voit, à travers l’OTT, l’émergence d’un mode de consommation audiovisuelle fondé sur la consommation à la demande, en mobilité et surtout individuelle. Cela nous intéresse d’embrasser cette forme de consommation qui est une nouvelle forme de divertissement audiovisuel, en particulier pour les jeunes" affirme Rodolphe Belmer, le patron de Canal+.

Ceci évidement pour concurrencer Netflix, dont l’arrivée en France est annoncée avant la fin de l’année. Par son implication dans ce nouvel écosystème, Canal + a bien l’intention d’en être un acteur significatif, par des chaines YouTubes, mais aussi par des offres payantes : type CanalPlay (400 000 abonnés) qui propose films et séries en accès illimité par 6.99 euros par mois. Malgré tout, Canal + réfute préparer le terrain : "on ne considère pas Netflix comme un concurrent frontal de Canal+. Netflix comprend 8 % de "programmes frais" et 92 % de programmes "non-frais". Canal+, c’est 100 % de "programmes frais" et premium. Aux Etats-Unis, où Netflix connaît un succès indiscutable, HBO n’a pas perdu d’abonné ! [...] Netflix peut être un concurrent indirect pour Canal+ car il s’agit d’une offre peu chère, autour de 10 euros. Sa venue va accroître l’exigence qui nous est faite de proposer des programmes exceptionnels aux Français. Et ce, pour continuer à convaincre le téléspectateur que notre chaîne est l’incarnation du haut de gamme de l’audiovisuel, et non un concurrent de Netflix."

 

Source : Les Echos