« The Rocket is on the Tour Eiffel » ou le lancement de Bouygues dans le mobile


D’ici un mois, le troisième acteur de la téléphonie mobile soufflera ses bougies. Le 29 mai 1996, Bouygues avait choisi de célébrer son lancement dans le mobile aux pieds de la Tour Eiffel et a lancé quelques fusées sur le Champ de Mars jusqu’au petit matin.

 
Finit le temps ou le portable, le terminal mobile, s’apparentait plus à un talkie-walkie. Nous voici dans l’air du tout numérique. En 1996, France Télécom et SFR se partageaient 2% des français et déjà l’arrivée d’un troisième acteur faisait du bruit. On voulait plus de concurrence, arrêter le duopole…

Certains diront que le contexte était différent par rapport à aujourd’hui, que l’entrée de Free Mobile dans le marché français n’a rien à voir avec celui de Bouygues il y a quelques temps maintenant. Certes, le marché est dit saturé et Free n’a pas choisi le Champ de Mars pour entrer en guerre. Pourtant, on disait que l’arrivée d’un troisième concurrent sur le marché « était le seul moyen de dynamiser la concurrence et de développer le secteur ». Autre temps mais même discours, Bouygues arrache sa licence de la main de Gérard Longuet alors ministre de tutelle en 1993, date de début d’une lutte acharnée entre trois prétendants. Pour Free Mobile, c’est le premier ministre qui a joué un rôle déterminant. Mais finalement, n’est pas l’entente cordiale des trois opérateurs historiques qui a fait naître un quatrième challenger. N’est ce finalement pas le besoin d’une nouvelle concurrence qui a permis le lancement de Free dans le mobile ?

 
A l’époque, Bouygues Décaux BNP s’oppose a Alcatel et au groupe Suez Lyonnaise des eaux pour décrocher la troisième licence. Au cours du grand oral de juin 1994, Bouygues sort du lot. Pour obtenir le podium de bronze, Philippe Montagner, Patrick Leleu et René Russo se focalisent sur une offre grand public. Un choix dicté par la conviction que le mobile va rapidement faire un carton et par la fréquence obtenue lors de l’appel d’offres : du 1 800 MHz, qui permet de couvrir en profondeur une zone densément peuplée. Un an et demi plus tard les premiers packs mobiles déjà configurés font leur apparition et des vendeurs démonstrateurs s’installent dans les rayons. Les particuliers s’abonnent à un forfait de trois heures pour 240 francs (36,60€) et en trois semaines, Bouygues glane 10 000 clients : un révolutionnaire.

 
Ainsi, la réponse concurrente ne se fait pas attendre, SFR se lance dans l’aventure des forfaits et France Télécom se tourne vers le particulier. Beau joueur, Richard Lalande, l’un des fondateur de SFR concède tout de même en partie que l’arrivée de Bouygues coïncide avec le début du véritable essor de la téléphonie mobile même si le régulateur a fait en sorte de stabiliser les prix.

 

D’ici quelques années, peut être que Martin Bouygues reconnaitra les avantages de l’entrée du "romanichel" dans le mobile !

 
Source : Le Monde