Les syndicats d’Orange démontent Free Mobile

Les syndicats d’Orange démontent Free Mobile

Les syndicats de France télécom/orange, CFE-CGC et UNSA Télécoms, ont publié un communiqué dans lequel ils s’en prennent violemment à Free Mobile. Même s’il peut y avoir des critiques à formuler contre les nouveaux opérateurs, ces syndicats se prennent les pieds dans le tapis avec des arguments qui ne tiennent pas la route. Nous vous proposons d’en découvrir quelques uns.
 
Free mobile est financé par ses concurrents via la terminaison d’appel 

Free mobile compte d’abord sur le prix de la terminaison d’appel dont il va bénéficier pendant sa période de lancement. Qu’est-ce que la terminaison d’appel ? Lorsque l’abonné d’un opérateur A appelle un abonné chez un opérateur B, l’opérateur B facture à l’opérateur A des frais d’interconnexion, ou terminaison d’appel. Or, jusqu’au 31 décembre 2013, Free mobile pourra facturer la terminaison d’appel plus cher que ses concurrents, selon une décision de l’Arcep mise en consultation jusqu’au 27 janvier2. Pendant les 6 premiers mois, Free mobile pourra facturer 2,4 centimes d’euro par minute pour la terminaison d’appel, soit 0,9 centimes de plus que ses concurrents (Free comptait sur un tarif plus généreux en sa faveur, de 3,4 centimes d’euros / mn3).
 
Vrai, mais les autres opérateurs ont bénéficié de terminaisons d’appels bien plus élevées que Free Mobile et durant beaucoup plus longtemps. Plus spécialement Bouygues Télécom a bénéficié durant de nombreuses années de tarifs asymétriques bien plus avantageux (voir graphique ci-dessous). Mais Bouygues Télécom participait à l’entente illicite entre les opérateurs, ce qui n’est pas le cas de Free. Est ce pour cette raison que la situation de Bouygues Télécom n’a pas été dénoncée par ce syndicat ?
 
 
Le réseau Free mobile est-il réellement activé ? 


La polémique gronde depuis deux jours6, et les équipes techniques d’Orange s’interrogent : le réseau de Free mobile, supposé écouler 27 % des communications, ne serait pas activé, au moins pas dans son intégralité. L’essentiel du trafic est donc écoulé par le réseau d’Orange, mais pas dans des proportions conformes à celles prévues par l’Arcep lors de l’attribution de la licence 3G. Free a-t-il abusé l’Arcep lors des tests de couverture ? Il est vrai qu’il existe des techniques pour ouvrir un réseau en couverture, mais sans avoir la capacité à écouler le trafic…
 
La direction d’Orange a démenti ce point
 
Un commissionnement par l’opérateur de crédit ? 

Les offres de Free mobile ne comportent pas de mobile, et n’intègrent donc aucune subvention du terminal, au contraire des offres proposées par les opérateurs en place. 
Le site de Free mobile propose cependant des terminaux dans une boutique en ligne dont l’ouverture est annoncée pour le 24 janvier. Certains sont proposés avec une possibilité de paiement en 12 ou 24 mensualités, via un crédit renouvelable ou « revolving » (ces fameux crédits aux taux proches de l’usure qui génèrent tant de dossiers de surendettement) assuré par Crédit Agricole Consumer Finance9 (Sofinco, Finaref)10. Si l’offre de crédit est annoncée « sans frais », certains observateurs ont noté que les tarifs des mobiles ainsi proposés sont supérieurs aux tarifs constructeurs, de l’ordre de 14%11. Effectivement, dans ces conditions, on peut offrir un crédit « gratuit », et sans doute commissionner l’apporteur d’affaire qui amène de nouveaux moutons à l’abattoir du crédit renouvelable. Les informations actuellement disponibles sur le site ne permettent pas de connaître le prix du crédit, ni qui le prend en charge, comme c’est pourtant la loi12.
 
Les opérateurs mobile historiques avaient inventé le tarif revolving payable à vie. Une fois le terminal remboursé, le prix de l’abonnement, qui incluait le prix du terminal, restait le même alors que ce terminal était payé. A coté, le crédit revolving proposé par Free Mobile fait pâle figure. Certes, les téléphones coûtent plus chers pour certains, mais quand ils sont payés, il n’y a plus à régler les mensualités. Par ailleurs, on a rarement vu de ménages surendettés par l‘achat d’un portable à crédit (même pour un iPhone !). Dans tous les cas, l’achat d’un terminal à crédit chez Free Mobile + l’abonnement, revient moins cher que chez les opérateurs historiques. Si des ménages devaient se retrouver en difficulté, c’est certainement d’avantage à cause des forfaits au tarif prohibitif proposés par ces deniers.
 
Surtout beaucoup de valeur(s) détruite(s) ! 


Malheureusement, l’expérience montre qu’un tel système conduit surtout à une destruction de valeur préjudiciable à l’ensemble de la société. 
Comme nous l’avons vu, les opérateurs mobiles, contraints de baisser leurs tarifs s’ils ne veulent pas voir tous leurs clients claquer la porte, seront également contraints de s’aligner sur les autres paramètres : moins de service aux clients, plus de vente directe sur le web, délocalisation des emplois d’assistance par téléphone. Rappelons qu’en dépit des promesses faites lors de l’ouverture du marché des télécommunications, ce secteur en forte croissance a perdu 32 000 emplois en 12 ans25. De nouveaux plans de suppression sont d’ores et déjà dans les cartons, simplement, ils ne sortiront qu’après les élections présidentielles. 
Alors, oui, les tarifs de la téléphonie mobile baisseront plus rapidement que les seuls gains de productivité technologiques ne l’auraient offert. Mais à quel prix ?
 
Ce discours sur la perte de valeur avait déjà été utilisé lors du lancement du forfait ADSL à 30 euros par Free. Les faits ont démontré que c’était faux (voir graphique ci-dessous). En baissant les tarifs, on permet à de nombreux consommateurs d’accéder à ces services, ce qui a pour effet de compenser la baisse des tarifs.
 
Revenus du marché des communications téléphoniques (source ARCEP)
 
Nous passerons sur les autres points qui reprennent les discours des dirigeants d’Orange, SFR et Bouygues télécom et que nous avons déjà traité de nombreuses fois.