Mutualisation de la fibre en zones moins denses : la position de Free et des autres opérateurs

Mutualisation de la fibre en zones moins denses : la position de Free et des autres opérateurs

 
L’ARCEP vient de publier la synthèse de la consultation publique sur la régulation de la fibre optique en dehors des zones très denses. Parmi les participants à cette réflexion, Free et les autres opérateurs télécoms bien sur, mais également des collectivités locales et des équipementiers. Comme c’était déjà le cas pour le déploiement dans les zones denses, la vision des différents opérateurs s’oppose sur plusieurs points.
 
 
D’autres acteurs souhaitent que la taille minimale des points de mutualisation soit sensiblement relevée. Ainsi, l’AVICCA demande d’imposer une taille minimale de 1 000 lignes, tout en prévoyant des exceptions justifiées par des difficultés exceptionnelles, liées par exemple à la typologie du territoire donné. Free considère également qu’une taille minimale de 1 000 lignes serait préférable. Bouygues Telecom demande un minimum de 2 000 logements. 
 
Le département de Seine-et-Marne propose que la zone arrière du point de mutualisation soit constituée de l’intégralité de la commune lorsque celle-ci compte moins de 500 lignes, et de 500 lignes au minimum dans les autres cas. 
 
Afin de justifier les positions sur la taille des points de mutualisation, les acteurs ont recours à des arguments de plusieurs ordres. Dans un premier temps, certains acteurs utilisent des arguments économiques liés à la réduction des coûts de déploiement pour justifier ces propositions. 
 
L’AVICCA et Bouygues Telecom soulignent que l’installation de points de mutualisation de moins de 300 lignes génère des surcoûts importants : l’installation de point de mutualisation de 100 lignes, par exemple, renchérirait le coût du déploiement de plus de 30 %. 
 
De plus, plusieurs acteurs soulignent que la multiplication du nombre de points de mutualisation engendre également des coûts d’exploitation pour des opérations courantes (raccordement de nouveaux abonnés, désabonnements liés aux déménagements ou au changement d’opérateur commercial). 
 
Free rappelle que les petits points de mutualisation multiplient également les coûts fixes de raccordement (études d’ingénierie, études de faisabilité d’utilisation du génie civil existant, etc.), augmentent les délais de raccordement et complexifient les processus de commercialisation. Ainsi Free estime qu’en pratique, un opérateur devra, pour raccorder six points de mutualisation de 300 logements, consacrer 6 fois plus de temps et supporter 6 fois plus de frais que s’il n’avait eu à raccorder qu’un seul point de mutualisation de 2 000 logements. 
 
Enfin, Bouygues Telecom considère qu’un point de mutualisation de 300 lignes n’est pas économiquement viable pour un opérateur ayant 10 % de part de marché. En effet, Bouygues 
Telecom estime qu’avec une pénétration du haut débit de 60 %, cette taille conduit à un volume de 18 clients, insuffisant pour remplir de manière satisfaisante les équipements actifs. 
Selon l’AVICCA, l’expérience du DSL montre que les NRA de moins de 1 000 lignes sont très rarement dégroupés, alors même qu’il n’y a aucun coût de raccordement de l’abonné, contrairement à la fibre optique. 
 
Par ailleurs, certains opérateurs alternatifs s’appuient sur les expérimentations menées en zones moins denses pour montrer qu’installer des points de mutualisation de 2 000 lignes environ ne présente pas de difficulté particulière, pour l’installation et l’accès au génie civil. 
 
L’AVICCA et Bouygues Telecom estiment tout d’abord que le coût d’installation du réseau en aval du point de mutualisation change peu, qu’il regroupe 300 ou 2 000 logements. 
 
L’AVICCA estime ainsi qu’une taille minimale élevée réduit le nombre de zones arrières, donc les éventuelles trous de couverture, à terme, d’une maille donnée. Free craint en outre que les prix de mise à disposition des points de mutualisation couvrant les zones les moins denses soient prohibitifs. Enfin, selon l’AVICCA, les exemples montrent que des points de mutualisation de 2 000 lignes obligent à effectuer davantage de péréquation et favorisent donc la couverture du territoire. 
 
Des locaux techniques dédiés au point de mutualisation ou des armoires de rue ?
 
Certains acteurs évoquent les conditions d’exploitation pour justifier des points de mutualisation de taille plus importante. En effet, des opérateurs alternatifs soulignent que, si des points de mutualisation de 300 lignes sont en principe hébergés en armoire de rue, des points de mutualisation de taille plus importante sont installés dans des locaux techniques ou shelters, qui présentent selon eux des avantages en termes exploitation. 
 
Free indique ainsi que les locaux techniques permettent d’intervenir à l’abri de toute projection (poussière, eau, etc.). À l’inverse, Free estime que les armoires de rue présentent des conditions d’exploitation difficiles (espace de brassage réduit, nécessité d’une stricte discipline pour la manipulation et le rangement des câbles en fibre optique, exposition des équipements de brassage aux éléments extérieurs à chaque ouverture de l’armoire, absence de zone de travail protégée, etc.). 
 
Bouygues Telecom estime aussi que les locaux techniques et les shelters permettent une meilleure sécurisation, au contraire des armoires de rue qui seront davantage soumises au risque de vandalisme et aléas divers. 
Au-delà des problématiques de dégradations extérieures, Free estime que les armoires de rue augmentent les coûts de manipulation, la durée du travail à réaliser et donc le coût récurrent des opérations de brassage. Free rappelle qu’à l’échelle du territoire visé par le projet de décision, ces obligations de surveillance et d’entretien peuvent constituer des charges particulièrement lourdes à supporter par les opérateurs. Free conclut qu’il serait inefficace d’imposer de telles charges aux opérateurs alternatifs alors que des points de mutualisation d’environ 1000 lignes permettent d’optimiser les coûts d’entretien et constituent une solution pérenne.