Super player Freebox : comment Free peut-il vraiment mettre KO le nouveau décodeur de Bouygues Telecom

Super player Freebox : comment Free peut-il vraiment mettre KO le nouveau décodeur de Bouygues Telecom

Avec son nouveau décodeur TV boosté à l’intelligence artificielle, Bouygues Telecom a pris une longueur d’avance en matière d’innovation matérielle. Mais face à lui, Free prépare un super player complètement intégré en hardware et software qui pourrait dépasser la simple promesse technologique de son concurrent.

À l’heure où l’intelligence artificielle est sur toutes les lèvres y compris chez Iliad avec ses investissements dans le laboratoire Kyutai, Free reste étonnamment discret sur l’intégration de l’IA dans son futur super player pour les Freebox. Pendant ce temps, Bouygues Telecom a pris les devants avec son décodeur b.tv boosté à l’intelligence artificielle. Face à cette offensive technologique, l’opérateur de Xavier Niel sait désormais ce qu’il doit faire pour dépasser son concurrent  ou, à défaut, s’en démarquer.

Avec son décodeur b.tv, Bouygues Telecom a clairement voulu frapper fort. En mettant en avant une puce dédiée à l’intelligence artificielle, l’opérateur a choisi de positionner son nouveau player comme un concentré d’innovations techniques pour améliorer automatiquement la qualité d’image, optimiser les flux vidéo, accélérer les temps de zapping et proposer une expérience plus fluide, sans intervention de l’utilisateur. Reposant sur Google TV et Android 14, ce boîtier s’inscrit donc dans un environnement déjà bien connu du grand public. Les principaux services de streaming sont par exemple accessibles immédiatement. Sur le plan commercial, le message est le suivant, Bouygues veut apparaître comme l’opérateur le plus avancé technologiquement sur le segment TV.

Dans les faits, cette intelligence artificielle reste avant tout pour l’heure cantonnée au traitement de l’image. Elle agit en arrière-plan, souvent de manière imperceptible, notamment pour les abonnés déjà équipés de téléviseurs récents intégrant leurs propres algorithmes d’optimisation. L’innovation est bien réelle, mais limitée à un champ précis.

De son côté,  Free s’est d’abord montré moins discret en marge de la sortie de sa Freebox Ultra en janvier 2024 avant de se montrer beaucoup plus silencieux sur son nouveau Player Freebox. Le temps passe et l’opérateur n’a toujours pas daigné en dévoiler les contours. Les déclarations de ses dirigeants restent mesurées, et le projet conserve une large part de mystère. L’opérateur n’a visiblement plus envie d’être “le premier à” mais possiblement celui qui sera le “meilleur à”.

Lors de la Journée des Communautés Free en octobre 2025, Xavier Niel évoquait pourtant un boîtier « complètement intégré en soft et en hardware ». Une formule qui pourrait avoir une ambition bien plus large qu’un simple décodeur modernisé. Free ne chercherait pas à empiler des technologies existantes, mais à concevoir une expérience cohérente de bout en bout. Mais tout cela reste très vague, il faut l’avouer. Les rares éléments obtenus à partir d’un benchmark, laissent entrevoir un boîtier puissant, doté d’un processeur ARM performant, de 4 Go de mémoire vive et d’une compatibilité Android 14, voire d’un système alternatif, on ne sait jamais avec Free. L’intégration poussée de Free TV et l’unification avec l’écosystème Freebox peuvent permettre la création d’une plateforme durable, capable d’évoluer dans le temps.

Possible de faire mieux sur l’IA si Free fait ce choix

Chez Bouygues, l’intelligence artificielle est donc pour le moment avant tout un outil technique. Elle sert à améliorer le rendu des images, cette approche est cohérente, mais elle limite l’innovation à ce seul aspect de l’expérience.

Free, de son côté, pourrait exploiter l’IA sur un périmètre bien plus large. Le futur super player pourrait intégrer des fonctions de recherche vocale contextualisée, des recommandations réellement personnalisées, une agrégation intelligente des contenus ou encore une interface capable de s’adapter aux usages. L’enjeu ne serait, si c’est le cas, plus seulement d’améliorer l’image, mais de transformer la manière dont l’abonné accède à ses programmes ou à gérer ses objets connectés . Autrement dit, Free pourrait miser sur une intelligence d’usage, visible et utilisable au quotidien, plutôt que sur une IA essentiellement invisible. Si cela est bien fait et surtout pertinent pour les utilisateurs, l’opérateur pourrait gagner des points précieux.

Les usages au centre de l’échiquier mais Free est-il capable d’encore innover ?

Mais quelles sont les attentes des abonnés ? C’est la question à laquelle les opérateurs sont confrontés et essaient de répondre au mieux. Si beaucoup n’ont plus besoin de décodeurs TV ou préfèrent une Apple TV, une Nvidia Shield ou un Fire TV, les FAI français font encore le choix d’offres triple play avec une box TV comme s’ils ne voulaient pas perdre le contrôle économique sur leurs offres.

Car derrière le décodeur TV se cache aussi un levier financier majeur. En intégrant leur propre box, les opérateurs peuvent justifier un positionnement tarifaire plus élevé, maintenir des formules « premium » et limiter la banalisation de leurs abonnements fixes. Une offre triple play avec TV reste, dans l’esprit du grand public, plus complète  qu’un simple accès Internet, même si l’usage réel de la télévision linéaire recule.

À l’inverse, basculer massivement vers des offres sans décodeur avec app TV ou reposant sur des équipements tiers réduirait cette capacité à valoriser le service. Sans box maison, une partie de la chaîne de valeur échappe à l’opérateur, au profit d’acteurs comme Apple et Amazon. En maintenant leur écosystème matériel, les FAI protègent donc aussi leurs marges.

Mais alors qu’est-ce que recherchent les utilisateurs ? Une qualité d’image folle à l’heure où la 4K n’a pas et ne décollera pas sur les chaînes TV, une interface fluide, un accès immédiat aux contenus, une navigation intuitive, une personnalisation avancée et une continuité entre leurs différents appareils ? Sur ce terrain, Free est attendu avec un produit abouti qui fera oublier son Player TV Free 4K souvent décrié techniquement et perçu comme d’entrée de gamme. Tout dépendra désormais de l’exécution, nous pensons notamment au passé et au Player Devialet dont il ne faut pas tout jeter d’un point de vue conception et innovation bien au contraire, malgré un échec important dû à la stratégie de commercialisation de Free et son prix très élevé. Dans un marché où l’intelligence artificielle devient un argument central, Free ne pourra pas se contenter de promesses. Son nouveau player devra démontrer concrètement qu’il peut faire mieux que l’effet d’annonce, et qu’il est capable de redéfinir durablement l’expérience TV de ses abonnés.

Capitaliser sur l’écosystème Free et maîtriser le logiciel peut faire la différence

L’un des principaux leviers dont pourrait disposer Free réside aussi dans son contrôle de l’environnement logiciel. Contrairement à Bouygues, fortement dépendant de Google et ses contraintes (mises à jour, faible marge de personnalisation, évolutions imposées), l’opérateur de Xavier Niel pourrait lui conserver une large marge de manœuvre sur ses interfaces et ses services s’il décide par exemple d’opter pour une surcouche Android, ou d’un système propriétaire afin de déployer plus rapidement de nouvelles fonctions, intégrer finement ses services maison, ou faire évoluer Free TV comme pilier central. Cette indépendance peut être un levier majeur pour se différencier durablement, mais il ne faut pas oublier que certains choix peuvent occasionner la perte de l’accès au Google Playstore et sa constellation d’applications.

Autre point important, le futur super player de Free ne sera pas un produit isolé sur le positionnement commercial. Le décodeur b.tv est avant tout associé aux offres premium de Bouygues. Free, à l’inverse, envisage une compatibilité élargie à plusieurs modèles de Freebox. En uniformisant son parc, l’opérateur pourrait accélérer l’adoption de ses innovations, et limiter la fragmentation. En intégrant Free TV dans certaines offres mobile et rendant l’application compatible sur un nombre important d’appareils contrairement à Bouygues Telecom, Free peut également compter sur un environnement déjà dense avec aussi ses applications maison comme Free (avec Freebox Connect) et Freebox Files.

Cet univers intégré d’un point de vue logiciel ouvre la voie à des usages plus transversaux, comme la synchronisation entre mobile et télévision, les profils multi-écrans, les recommandations croisées ou encore un pilotage unifié des services. Free dispose ainsi d’une base solide pour proposer une expérience plus globale, là où Bouygues reste plus segmenté. Le super player de Free pourrait ainsi intégrer toutes ces synergies.

 

Cet article a été repris sur le site Univers FreeBox