Réunions à l’aube, noms de code, ruptures de dernière minute… Le rachat de SFR par Orange, Free et Bouygues Telecom s’est joué dans des conditions dignes d’un thriller financier.
C’est une opération hors norme qui s’est jouée dans l’ombre pendant près d’un an. Selon des informations rapportées par Le Point, le rachat de SFR par un consortium composé de Orange, Free et Bouygues Telecom pour 20,35 milliards d’euros s’est construit au terme de négociations aussi intenses que secrètes. Une transaction historique qui signe la disparition de l’opérateur au carré rouge tel qu’on le connaît.
Tout commence réellement à l’été 2025, lorsque l’idée d’un démantèlement de SFR refait surface. Rapidement, les différents acteurs se structurent en consortium, chacun adoptant un nom de code pour garantir la confidentialité des échanges : « Montblanc » pour Bouygues, « Mosaïque » pour Free, « Voltaire » pour Orange et « Rainbow » pour Altice. Une manière de cloisonner les informations et d’éviter toute fuite dans un dossier explosif.
La première offensive intervient le 15 octobre 2025 avec une offre de 17 milliards d’euros. Elle est immédiatement rejetée par Patrick Drahi, provoquant un gel brutal des discussions. Il faudra attendre la fin de l’année, alors que la pression liée à la dette d’Altice se fait plus forte, pour que des contacts reprennent discrètement.
Pour réussir là où le projet de consolidation « Jardiland » avait échoué en 2016, les acteurs ont totalement changé d’approche. À l’époque, les négociations impliquaient des dizaines de personnes et se heurtaient à des rivalités personnelles, notamment entre Martin Bouygues et Xavier Niel. Même Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, n’avait pas réussi à débloquer la situation.
Dix ans plus tard, place à une génération de dirigeants quadragénaires, habitués à travailler ensemble. Thomas Reynaud, Dexter Goei ou encore Malo Corbin pilotent les discussions dans un format ultra-restreint, baptisé « G4 » ou « G8 ». Les conseillers sont volontairement tenus à l’écart pour éviter les blocages et accélérer la prise de décision.
À partir de janvier 2026, les discussions entrent dans une phase cruciale avec la due diligence, un audit approfondi des comptes et des risques liés à SFR. Les moyens déployés diffèrent fortement selon les acteurs. Orange et Bouygues mobilisent des équipes importantes, tandis que Free et Altice optent pour une approche commando, avec des cellules très resserrées. Les négociations se déroulent dans des lieux tenus secrets. D’un côté, les sous-sols du cabinet Bredin Prat, sur le boulevard Haussmann, où les équipes analysent les contrats dans une salle surnommée « Tuileries ». De l’autre, un appartement discret mis à disposition par Orange rue Pierre-Charron, dans le 8e arrondissement de Paris. Les dirigeants s’y retrouvent à l’aube, à l’abri des regards, autour de cafés et de chocolats fins servis par un maître d’hôtel.
Pendant ce temps, Patrick Drahi suit les négociations à distance depuis Tel-Aviv, dans un contexte marqué par les tensions locales. Les discussions sont ainsi ponctuées de contraintes inhabituelles, le dirigeant devant régulièrement se réfugier dans des abris en raison des alertes sécuritaires. Malgré un cadre feutré, les tensions sont constantes. Les échanges dégénèrent parfois en départs théâtraux de la table, notamment du côté de Olivier Roussat ou de Thomas Reynaud. Plusieurs fois, les discussions semblent sur le point de s’effondrer, affirment nos confrères.
Dans ce contexte, le rôle de Christel Heydemann s’avère déterminant. Grâce à sa proximité avec Patrick Drahi et à sa capacité à traduire les attentes de chacun, elle agit comme une véritable médiatrice. Les directeurs financiers, récemment nommés et moins marqués par les rivalités passées, jouent également un rôle clé pour fluidifier les échanges.
La semaine décisive débute le 14 avril 2026. Réunis au siège de Free, les dirigeants pensent avoir trouvé un accord. L’ambiance est détendue, certains célèbrent même l’événement autour de quelques boissons. Mais dès le lendemain, tout bascule. Un désaccord sur des points juridiques majeurs, notamment les garanties d’exécution et les indemnités de rupture, provoque une rupture brutale. Les équipes commencent à rédiger le communiqué annonçant l’échec des négociations.
C’est finalement une ultime médiation entre Thomas Reynaud et Dexter Goei qui permet de relancer le dialogue. Ligne par ligne, ils parviennent à lever les blocages. Le 17 avril au soir, l’accord est signé. Le lendemain matin, à 7 h 56, il est officiellement annoncé. Avec plus de 20 milliards d’euros sur la table, cette opération marque une étape décisive dans la consolidation du secteur. Elle reste toutefois conditionnée à de nombreux facteurs, notamment l’approbation des autorités et la gestion des enjeux sociaux, alors que des suppressions de postes sont redoutées.
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