Explosion des appels frauduleux, l’Arcep met les opérateurs sous surveillance et ouvre une enquête
Le gendarme des télécoms ouvre une enquête administrative sur l’origine et les routes des appels impliqués dans les fraudes.
Face à l’explosion des appels frauduleux et à la multiplication des usurpations de numéros, l’Arcep a annoncé, le 29 janvier 2026, l’ouverture d’une vaste enquête administrative visant l’ensemble des opérateurs télécoms, à savoir Orange, SFR, Free et Bouygues Telecom. L’objectif est clair : « comprendre l’origine et les modalités d’acheminement des appels dont le numéro a été usurpé et vérifier le respect des obligations d’authentification des numéros d’appelant prévues par la loi ».
Une explosion des signalements en deux ans
Cette décision intervient dans un contexte de forte dégradation de la situation. Selon l’Arcep, les signalements liés à l’usurpation de numéros ont littéralement explosé sur sa plateforme « J’alerte l’Arcep ». Ils sont passés de « 531 en 2023 à plus de 19 000 en 2025 », devenant ainsi « la première cause de signalement adressée à l’Arcep ». Derrière ces chiffres, des situations souvent difficiles pour les victimes. L’autorité relève que celles-ci « décrivent fréquemment des situations de détresse ou d’incompréhension quand elles reçoivent des appels d’inconnus qui leur reprochent des appels frauduleux ou de démarchages, dont elles ne sont pourtant pas responsables ».
Dans certains cas, les fraudeurs vont encore plus loin, en usurpant des numéros officiels : « des fraudeurs affichent comme identifiant d’appelant le numéro d’une autorité publique ou d’un établissement financier afin de renforcer la crédibilité de leurs tentatives d’escroquerie ». Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics tentent de freiner ces pratiques. La loi du 24 juillet 2020 impose aux opérateurs « d’authentifier le numéro d’appelant et de couper les appels dont le numéro n’est pas correctement authentifié ».
Ce dispositif repose sur le mécanisme d’authentification des numéros (MAN), qui fonctionne via « une chaîne de confiance entre opérateurs ». Chaque acteur transmet les informations d’authentification tout au long du parcours de l’appel. Sa généralisation a débuté en octobre 2024 . Et depuis le 1er janvier 2026, une nouvelle mesure est entrée en vigueur. Les opérateurs doivent « masquer tout numéro mobile français qui n’a pas pu être authentifié lors d’appels provenant de l’étranger ».
Des fraudeurs toujours plus agiles
Malgré ce cadre réglementaire, les pratiques frauduleuses persistent. L’Arcep constate que « les signalements recueillis, par leur volume et leur gravité, témoignent de l’agilité des fraudeurs pour identifier et exploiter des moyens de contournement » des règles existantes. Ces contournements concernent à la fois les dispositifs d’authentification et « les règles du plan national de numérotation relatives à l’utilisation des numéros ». Autrement dit, certains appels frauduleux parviennent encore à circuler dans les réseaux, malgré les mécanismes mis en place.Dans ce contexte, l’Arcep entend désormais remonter toute la chaîne des responsabilités. L’enquête administrative vise à « identifier les opérateurs impliqués dans l’acheminement des appels frauduleux et vérifier, le cas échéant, le respect des obligations qui leur incombent ».
Compte tenu de la complexité des réseaux télécoms, l’autorité a choisi une approche large. Elle rappelle que « compte tenu des modalités d’interconnexion des réseaux et de la multiplicité des acteurs susceptibles d’intervenir dans l’acheminement d’un appel, l’enquête est ouverte à l’égard de l’ensemble des opérateurs attributaires de numéros ». Aucun acteur du secteur n’est donc exclu du périmètre, qu’il s’agisse des grands opérateurs nationaux ou d’acteurs plus spécialisés. Si l’Arcep ne détaille pas encore les suites possibles, ce type d’enquête administrative peut déboucher sur des mises en demeure, voire des sanctions financières en cas de manquements constatés. À travers cette initiative, le régulateur envoie un signal fort au secteur : la lutte contre l’usurpation de numéros et les arnaques téléphoniques devient une priorité absolue.