Transition vers la fibre : Free ne veut pas traverser “une vallée de la mort” et pousse pour une baisse du prix du dégroupage

Transition vers la fibre : Free ne veut pas traverser “une vallée de la mort” et pousse pour une baisse du prix du dégroupage

A l’heure où Orange souhaite une augmentation du prix du cuivre pour inciter à basculer vers la fibre, Free, Bouygues et SFR militent pour une baisse. Si l’Arcep tranchera, son président soutient ouvertement les rivaux de l’opérateur historique. Discorde.

Sans surprise, Free, SFR et Bouygues s’opposent à l’éventualité d’une hausse du prix du dégroupage voulue par Orange et ont tour à tour transmis leur avis à l’Arcep. Selon eux, une augmentation permettrait à l’opérateur historique de conserver son réseau cuivre plus longtemps et de s’en mettre davantage dans les poches, les opérateurs alternatifs se verraient alors impactés avec une capacité à investir dans les réseaux, amoindrie. Tous regrettent l’absence de moyen du côté du régulateur pour pousser Orange à démanteler son réseau en vue d’une bascule totale vers la fibre.

Agressif, Free a fait savoir que la phase de transition du cuivre vers la fibre est perçue comme la traversée “d’une vallée de la mort” et craint que cela soit fatal à certains acteurs à l’heure où les investissements dans les réseaux sont colossaux.

L’opérateur de Xavier Niel prône ainsi une baisse du prix du dégroupage dans les zones fibrées pour pousser Orange à éteindre le cuivre . “Le cuivre va se vider , Orange va garder le réseau ouvert partout , parce qu’ il y a intérêt et ne subit pas les mêmes signaux économiques que les alternatifs” a prévenu Iliad.

Orange milite pour une hausse du prix du dégroupage, le président de l’Arcep prône l’inverse

Le démantèlement annoncé par Orange de son réseau cuivre durant la prochaine décennie soit d’ici 2030 suscite donc des craintes chez les opérateurs. Pour relever ce défi de taille, l’opérateur historique envisage de “forcer” la transition vers la fibre en relevant donc les tarifs du dégroupage sur le cuivre lesquels sont régulés par l’Arcep, pour inciter les abonnés à franchir le pas. Et c’est donc là que ça coince.

Dans une interview accordée récemment aux Echos, Sébastien Soriano, président du régulateur des télécoms a estimé… l’inverse. Le prix du dégroupage sera “un instrument de pilotage” a t-il indiqué et de marteler que “plus on baisse le prix du cuivre , plus on incite à sa fermeture”.

De quoi faire grincer des dents Orange : “Ce raisonnement me surprend. Je ne comprends pas exactement le rationnel de cette approche” a déclaré jeudi dernier selon La Tribune son PDG.

Stéphane Richard n’en démord pas, une baisse du prix du dégroupage, s’élevant aujourd’hui à 9,51€ par mois et par ligne, inciterait les opérateurs à vendre de l’ADSL au détriment de la fibre. Peu probable à l’heure où ces derniers investissent à tour de bras sur la fibre et mettent les bouchées doubles pour migrer leurs abonnés vers le FTTH.

Pour l’Arcep, Orange pourrait être incité “à ne pas faire la bascule cuivre/fibre aussi vite qu’annoncé pour continuer à valoriser son réseau de cuivre. Cela aurait un surcoût qui serait payé par les opérateurs alternatifs et, in fine, le consommateur”.

La police des télécoms devra donc trancher. Pour le moment, Orange prévoit d’arrêter la commercialisation de nouvelles lignes dans environ 3 ans puis procédera à l’arrêt du cuivre progressivement par plaque. Le chantier a déjà commencé mais il est de taille. En parallèle, l’opérateur historique dans sa mission de délégataire du service universel, prévoit d’optimiser son réseau cuivre en France.

Le montant versé par les opérateurs sur le dégroupage avoisinerait 1,5 milliard d’euros, les abonnements à une ligne téléphonique rapporteraient autant à Orange. Suffisant pour entretenir un réseau vétuste…

 

Source : La Tribune