Les pratiques très agressives d’un nouvel acteur télécom menacent de priver des abonnés d’une connexion mobile

Les pratiques très agressives d’un nouvel acteur télécom menacent de priver des abonnés d’une connexion mobile

Quand l’immobilier vient impacter le réseau mobile. Dans une commune de l’Eure, des questions de bail et de rachat de terrains inquiètent quant à la couverture mobile.

Un loyer trop élevé et c’est tout le réseau qui pourrait s’en aller.  C’est la crainte actuelle du conseil municipal de Saint-Christophe-sur-Condé, dans l’Eure, après avoir reçu la visite d’un représentant de la société Valocîme.

La société, à travers cet intervenant, propose une belle affaire à la commune en indiquant sa volonté de devenir la nouvelle locataire du terrain sur lequel se trouve l’antenne téléphonique du village. Le tout, en payant un loyer bien supérieur à la municipalité, de quoi lui faire gagner de l’argent. Cependant, l’offre a paru “trop belle pour être vraie” aux conseillers municipaux, qui craignent pour la qualité du réseau mobile.

Le risque de voir un pylône téléphonique démonté

En effet, dans le cadre du terrain occupé par un pylône de téléphonie mobile, trois acteurs sont concernés : le propriétaire du terrain, le propriétaire du pylône (généralement une société dédiée à la gestion de ce genre d’actifs) et enfin les antennes qui peuvent appartenir à Orange, Free, SFR ou Bouygues Telecom.

Dans ce cas précis, il s’agit de Cellnex qui possède le pylône et le fait que Valocîmes s’intéresse à ce terrain n’est peut être pas un hasard. En 2021, l’entreprise s’est en effet fixé l’objectif de devenir le troisième diffuseur de grandes chaînes de télévision en secouant le duopole TDF-Towercast. Il semble dorénavant vouloir marcher sur les plates-bandes de Cellnex.

Ses méthodes sont assez simples et ont fait l’objet de critiques de la part d’acteurs des télécoms. La société démarche le propriétaire du terrain, peu avant l’expiration du bail en offrant un loyer généralement 30% plus cher. Pourquoi une telle hausse des prix ? Tout simplement pour pouvoir sous-louer au propriétaire du pylône à un prix plus élevé ou encore proposer de racheter l’installation à un prix cassé. Dans cette situation précise, si Cellnex ne peut pas s’aligner, il devra alors démonter son pylône et quitter le terrain. Une démarche qui aurait un effet drastique sur les environs : la disparition du réseau mobile.

Plusieurs acteurs appellent à la vigilance

La préfecture de l’Eure a d’ores et déjà mis en garde les maires de l’ensemble du département pour leur indiquer que “dans les faits, [les changements de locataires] entraînent un retrait du pylône et du matériel par l’opérateur, avec une disparition de la couverture mobile”. Il est en effet peu plausibles que Cellnex ou tout autre propriétaire de ces infrastructures acceptent les conditions imposées par l’entreprise.

L’Association des maires de France (AMF) alertait également sur cette problématique en octobre 2021 : “l’AMF appelle les maires à être vigilants lorsqu’ils se voient proposer des conventions pour prendre le relais des baux conclus avec les opérateurs de téléphonie mobile pour l’installation de pylônes. En effet, les nouveaux loyers qui leur sont proposés apparaissent attractifs mais peuvent conduire les opérateurs à les refuser et à quitter le site. Cette situation, déjà signalée à l’AMF, peut conduire la commune à perdre tout réseau et, de plus, à payer des pénalités.” Même la Fédération Française des télécoms appelait en fin d’année dernière à “sécuriser les baux télécoms” face à ce qu’elle qualifie de “spéculation foncière“.

Une “stratégie très agressive” assumée

Frédéric Zimmer, le président de Valocîmes lancée il y a 4 ans, explique pour sa part être dans les clous, son entreprise étant une TowerCo. Il indique même que sa société est assez unique en étant “la seule en France et en Europe à être une TowerCo low cost“. Sa stratégie est claire : l’idée n’est pas d’acquérir des baux ou de sous-louer, mais de forcer les entreprises déjà installées à “revendre à hauteur de 100 000€” les pylônes déjà installés. Frédéric Zimmer explique que dans le cas “peu probable” où les sociétés choisiraient de démonter son installation, Valocîme s’engage à “reconstruire un pylône au même endroit”, pour un coût plus bas, soit 100 000€.

À l’origine, ce sont généralement des opérateurs qui ont construit des pylônes. Durant ces 4 ou 5 dernières années, pour développer la technologie 5G, ces opérateurs ont dû investir des milliards. Pour récupérer rapidement du cash, ils ont décidé de vendre massivement leurs pylônes à quelques entreprises, les fameuses TowerCo. Normalement, un pylône vaut autour de 100 000 €. Là, les opérateurs ont décidé de les revendre aux TowerCo aux alentours de 500 000 € (dans leur logique de récupérer rapidement une somme d’argent très importante, NDLR). En contrepartie, les opérateurs qui sont installés avec leurs antennes au sommet des pylônes ont accepté de payer aux TowerCo des loyers bien plus importants. Autour de 20 000 € par an pendant 25 ou 30 ans, pour faire simple. Et c’est un marché extrêmement rentable.” explique le patron de l’entreprise.

Selon lui, les loyers perçus par les entreprises comme Cellnex sont excessifs : sur “la valeur totale d’un pylône, les TowerCo perçoivent 70% des bénéfices“, les 30% restants allant à l’opérateur et au propriétaire du terrain. La cause étant, toujours d’après lui, les faibles loyers prélevés par les propriétaires.

Frédéric Zimmer assure ainsi avoir créé un “nouveau modèle” de TowerCo et veut créer de la concurrence en devenant le nouveau locataire. Une affaire jugée “parfaitement rentable”, puisque  Valocîme entend racheter les pylônes pour cinq fois moins cher que ce que les grandes entreprises propriétaires de pylônes ont déboursé. L’entreprise aurait déjà signé 1600 conventions pour des baux ou réservations de baux en France.

Source : L’Éveil du Pont-Audemer