La fusion TF1-M6 ou la création d’un “monstre” très problématique pour tout le monde selon Xavier Niel

La fusion TF1-M6 ou la création d’un “monstre” très problématique pour tout le monde selon Xavier Niel

Si le fondateur de Free y voit un “coup économique exceptionnel”, le projet de mariage entre les deux grands groupes privés lui paraît très problématique.

On le sait, Iliad est farouchement opposé au projet de fusion entre TF1 et M6, au coeur du débat actuellement dans le milieu de l’audiovisuel. Xavier Niel s’est exprimé à ce sujet dans le cadre d’une audition au Sénat tournant autour de la concentration des médias et ne mâche pas ses mots. Entre manque de confiance dans les autorités indépendantes et problèmes pour les industriels et les citoyens, le fondateur de Free dénonce les travers d’un projet “exceptionnel” d’un point de vue économique, mais jugé problématique sur bien des plans.

Free s’est déjà frotté plusieurs fois à cette idée de concentration, en initiant déjà quatre recours en tout dont le dernier étant une question prioritaire de constitutionnalité adressée au Conseil d’Etat. Xavier Niel explique que derrière ces mesures prises réside un certain manque de confiance dans les autorités en charge du dossier. Il rappelle qu’au moment de l’annonce du projet, le président de l’Arcom et la Ministre de la culture se sont très vite montrés enthousiasmés et confiants “alors que la présidente de l’autorité de la Concurrence a été virée“, de quoi ébranler la foi en ces autorités indépendantes. Dans cette situation, Free “n’est pas confortable à rester à Paris où il y a un risque d’intervention“, d’où sa proposition de porter l’affaire au niveau européen.

On a envie de quelque chose de juste puisque ce sont deux groupes ultra dominants” assène-t-il. Il poursuit en expliquant que “quand on veut se concentrer, il faut une situation exceptionnelle”, et considère qu’au vu des résultats très positifs de TF1 et M6 respectivement “la chaîne la plus puissante d’Europe” et “la chaîne la plus rentable d’Europe“, ce n’est pas le cas. Xavier Niel estime par ailleurs que l’argument de la concurrence avec Netflix ou autre ne tient pas du fait du caractère payant du service de SVOD : “Netflix n’est pas en concurrence avec TF1 et M6, Netflix est en concurrence avec Canal+, c’est une vaste blague“.

Des problèmes économiques et citoyens

En tant qu’industriel, Xavier Niel voit de nombreux problèmes derrière ce projet s’il se réalisait. Tout d’abord du point de vue de la publicité, avec la possibilité d’une hausse des prix des campagnes diffusées à la télévision. Une problématique également soulevée chez les acteurs du domaine. Il estime également qu’une telle concentration sur le marché de la publicité enterre “la possibilité de réguler les GAFAM“.

Vient ensuite le problème d’un monopole surpuissant pour les diffuseurs. “Il y a un risque financier colossal pour Iliad (maison-mère de Free; NDLR)”, non seulement pour les prix, mais aussi en terme de négociation selon Xavier Niel. “Je distribue ces chaînes et je ne peux pas me passer de TF1 ou M6. Nous payons ces chaînes linéaires gratuites et aujourd’hui, je peux couper ces chaînes“, explique-t-il en citant notamment l’exemple de la coupure de BFMTV sur les Freebox suite à des négociations infructueuses ou d’autres opérations du même genre. “Qui aura le courage de couper TF1 et M6 en même temps parce que dans nos négociations, ils ont proposés quelque chose inacceptable ?“.

De plus, face à ce que le fondateur de Free n’hésite pas à qualifier de “monstre” si le projet aboutit, la production audiovisuelle sera impactée, un sujet déjà source d’inquiétude pour de nombreux acteurs du marché. Il estime que cette fusion ne permettrait plus de marché ouvert et “ces 4000 producteurs français vont en souffrir“, avec un risque de faire baisser les coûts de productions et ainsi la qualité des programmes réalisés en France.

Enfin vient une question qui interpelle son côté citoyen, celle du pluralisme de l’information. Face à une audience colossale des journaux télévisés de ces deux chaînes, il est difficile d’envisager de “dire quelque chose de pourri chez TF1” sans risquer de ne plus y être invité. “Moi je ne reçois aucune invitation de ces chaînes” ironise-t-il devant la commission.