Xavier Niel/Free : “On n’aurait pas fait le mobile, on aurait vendu”

Xavier Niel/Free : “On n’aurait pas fait le mobile, on aurait vendu”
Xavier Niel était l’invité de Marc Fiorentino vendredi sur BFM Business. Le fondateur de Free y a fait quelques confidences, en indiquant que le groupe Lagardère avait fait une proposition de rachat de Free en 2005, ou encore qu’il aurait revendu s’il n’avait pas eu de licence mobile, car il n’aurait plus été possible à Free de faire de la croissance. Extraits :
 
Marc FIORENTINO : moins 50 %, c’est la performance de FRANCE TELECOM en trois ans.
 
Xavier NIEL : Moi je pense que FRANCE TELECOM est maltraité par les marchés boursiers, et que c’est une erreur, et que dans le même temps, d’autres concurrents à nous sont trop bien traités par rapport à ce qu’ils devraient.
 
Marc FIORENTINO : Qui ?
 
Xavier NIEL : Oh, il y en a trois, donc… ! Je vous dis « d’autres »…
 
Marc FIORENTINO : Eh bien allez-y, balancez, balancez !
 
Xavier NIEL : …Non, non ! Je pense que les marchés n’ont pas encore eu le sentiment complet que FRANCE TELECOM avait un matelas au milieu de cette concurrence, et ce matelas c’est à la fois le contrat d’itinérance, la possibilité pour nous d’utiliser leur réseau pendant quelques années encore, tant qu’on n’a pas notre réseau à cet endroit, et le fait qu’ils sont dans plusieurs pays. Quant aux autres concurrents, ils sont dans un marché dans lequel souvent les analystes pensent que la baisse c’est fini, alors que ce marché va continuer de baisser. Le marché français reste cher, et les prix vont continuer de baisser.
 
Marc FIORENTINO : Et qu’est-ce que vous attendez pour faire une OPA sur ORANGE ?
 
Xavier NIEL : Il y a des problèmes concurrentiels. Nous on pense qu’on a un marché qui est la France, le marché des télécoms en France c’est 40 milliards. Cette année on ne fera même pas 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, donc on ne fait même pas 10 % du marché, alors qu’on monopolise 60, 70 %, 80 % de l’attention. Donc si vous voulez, on a une possibilité de croissance énorme, et puis on a envie de le faire à la vitesse, à notre vitesse, en conservant la même structure…
 
Marc FIORENTINO : Vous vendez quand ?
 
Xavier NIEL : Mais depuis toujours on nous dit : mais de toute manière vous allez vendre, ça vaut tellement d’argent, vous allez vendre. Et alors là, depuis deux ans maintenant, on n’est plus vendeur, on va finir par tout racheter ! Bon, je commençais à être déçu, et j’aime bien revenir aux fondamentaux… je préfère être la proie que le méchant, voyez !…
 
Marc FIORENTINO : Donc vous le revendez quand ?
 
Xavier NIEL A chaque fois qu’on a vu des gens venir nous voir pour nous acheter, on s’est posé une seule question : est-ce qu’on sait faire encore beaucoup de croissance ou pas ? Et on sait faire encore beaucoup de croissance. On n’aurait pas fait le mobile, on l’a toujours dit, on aurait vendu et on serait partis dans d’autres aventures, parce qu’on aurait eu moins de croissance. Aujourd’hui on sait qu’on a de la croissance, et on voit où on a de la croissance pour les années qui viennent. Non, on reste ! Aujourd’hui on n’est pas à vendre.
 
Marc FIORENTINO : Oui, mais bon, s’ils viennent avec un gros chèque, on dit oui, quand même, ou pas ?
 
Xavier NIEL : Ça va être… il va falloir une prime colossale, et même là, je ne suis pas sûr. Parce qu’on est dans une société, une entreprise assez bizarre : elle a été cofondée par un certain nombre de personnes, et ces personnes sont encore là aujourd’hui et ce sont des actionnaires importants. Donc les gens pensent toujours que j’ai le pouvoir seul ; on est six ou sept à avoir un co-pouvoir, et chaque voix vaut voix. On avait eu une offre d’achat en 2004 ou 2005, formelle, d’un groupe français important – on ne va pas le citer, parce que c’était confidentiel, mais qui était à la fois dans les médias et dans l’aérospatiale…
 
Marc FIORENTINO : Ah oui, d’accord ! Très très dur à trouver ! 
 
[NDLR : il s’agit du groupe Lagardère]
 
Xavier NIEL : …très très dur à trouver, qui nous avait fait une superbe offre, et on s’était posé la question entre nous, et on avait dit : non, on n’a pas fini le boulot, on a de la croissance, et donc… Et c’était une très très belle offre.
 
Marc FIORENTINO : C’était à quel prix, à l’époque, vous vous rappelez ?
 
Xavier NIEL : Non, mais il y avait une très grosse prime