Un rapport parlementaire fustige l’arrivée de Free Mobile

Un rapport parlementaire fustige l’arrivée de Free Mobile
Après les propos d’Arnaud Montebourg lundi, c’est un rapport parlementaire rédigé par la députée PS Corinne Erhel qui créé la polémique. Celui-ci accuse Free Mobile, sans détour, d’être responsable, au moins en partie, des difficultés du secteur des télécom, de Bouygues télécom à Alcatel-Lucent.
 
Ce rapport estime que les nouvelles offres de Free Mobile ont « impacté l’ensemble de la filière. Les autres opérateurs ont dû développer de nouvelles offres « low cost » et diminuer le prix de celles qu’ils avaient déjà lancées. Le revenu par abonné a de ce fait diminué, impactant leur revenu. De nombreux acteurs estiment que l’arrivée d’un quatrième opérateur mobile a durablement modifié les préférences des consommateurs et que ceux-ci ne sont désormais pas prêts à payer plus d’une dizaine d’euros de premium pour un service de meilleure qualité. 

Les évolutions sur le début de l’année 2012 sont inquiétantes. Le mouvement structurel de diminution des revenus fixes se poursuit, avec une baisse au second trimestre de 2,3 %. Surtout, l’inversion de tendance sur le marché mobile s’accentue avec une diminution des revenus de 5,9 %, ce qui représente un record historique. Il s’agit là d’une conséquence directe de l’entrée du quatrième opérateur sur le marché.

Le secteur des communications électroniques connaît donc aujourd’hui une crise en raison de la conjugaison de trois effets négatifs. Premièrement, du fait de la réduction de leur revenu, les opérateurs doivent réduire leurs coûts. Deuxièmement, la réduction des coûts se propage aux sous-traitants, qui sont pour certains remplacés par des concurrents asiatiques moins chers, soit doivent eux-mêmes licencier et demander à leurs fournisseurs des baisses de prix. Troisièmement, les opérateurs reportent les investissements dans les nouveaux réseaux qui pourraient relancer la filière et recréer de l’emploi. »
 
Ce rapport explique que « le repli du marché mobile affecte directement l’emploi chez les opérateurs. Bouygues Télécom a annoncé un plan de départs volontaires qui devrait toucher 556 personnes et commencera au début de l’année 2013. SFR en annoncera un autre en novembre, qui devrait toucher entre 500 et 1 500 personnes, les syndicats évoquant une fourchette plus élevée comprise entre 1500 et 2000 personnes. France Télécom a annoncé le recrutement de 4 000 salariés pour la période 2013-2015 mais, du fait des départs en retraite, ses effectifs totaux devraient diminuer de plus de 5 000 personnes sur la même période. Seul Free, qui a logiquement créé des emplois du fait du lancement de son activité mobile, échappe à cette tendance à la réduction de la masse salariale. »
 
« Cette situation est en partie due à l’entrée d’un quatrième opérateur sur le marché mobile » clame la députée dans son rapport. Et de justifier ses propos « Les difficultés que rencontrent les sous-traitants des opérateurs télécoms sont en partie dû à des phénomènes structurels. Il faut d’ailleurs noter que, de manière générale, le marché télécom est en ralentissement du fait du déplacement de la valeur ajoutée vers les « over the top » (Apple, Google, etc.). Mais elles proviennent aussi de l’entrée d’un quatrième opérateur sur le marché mobile. Au printemps 2012, le président de l’ARCEP évoquait le chiffre de 10 000 suppressions d’emplois sur l’ensemble de la filière. Une étude conduite par le professeur Bruno Deffains chiffre, quant à elle, à 55 000 le nombre total de suppressions d’emplois auxquelles s’attendre en deux ans. Enfin, le secrétaire général de FO a parlé de 30 000 emplois qui pourraient être supprimés »
 
La conclusion de Corinne Erhel est que « rétrospectivement, au regard de la crise que traverse le secteur des télécoms, l’entrée d’un quatrième opérateur sur le marché mobile pourrait avoir constitué une erreur, sinon dans son principe au moins dans ses modalités"
 
La députée s’est aussitôt faite apostropher sur Twitter et a tenté de se défendre en indiquant que ce rapport est destiné à lancer le débat et doit déboucher sur une étude d’impact. Mais un débat forcement orienté par un rapport parlementaire qui ne repose sur aucun élément sérieux, en dehors de ceux de l’ARCEP sur la diminution des revenus dans le secteur des télécoms. La députée avance par exemple des chiffres sur les pertes d’emplois qui ont été lancés, entre autre, par le syndicat de France Télécom Orange, ardent pourfendeur de l’arrivée de Free dans le mobile. Même le nombre d’emplois créé par Free, qui est la seule donnée publique concernant l’impact réel sur l’emploi de l’arrivée de l’opérateur sur le marché n’est pas indiqué alors qu’elle est accessible dans le rapport gestion semestriel d’Iliad (+ 1400 en 1 an et plus de 2000 en 18 mois selon Xavier Niel). Autre exemple, le plan social de SFR est directement imputé à Free dans ce rapport alors qu’il a déjà été dit que celui-ci avait été décidé 1 an avant l’arrivée de Free Mobile et donc que les événements n’avaient pas de lien.
 
Si ce rapport débouche sur une étude sérieuse, « elle doit être complète » explique un analyste du secteur à La Tribune, « il faut aussi prendre en compte le gain en pouvoir d’achat et sa répercussion dans l’économie. ». Un autre professionnel ironise même « et pourquoi pas une étude d’impact sur l’entrée de Bouygues Telecom dans l’ADSL ? »
 
Pour que cette étude soit sérieuse « il faudrait aussi mesurer et isoler d’autres causes de la baisse du chiffre d’affaires des opérateurs, qui touchent d’autres acteurs en Europe : la régulation des tarifs d’interconnexion, la situation macro-économique, etc. » explique La Tribune.
 
Le gouvernement semble en tous cas pour l’instant trouver en Free Mobile un bouc émissaire aux difficultés du secteur et en aucun cas chercher à trouver les causes réelles. Le poids des taxes qui est énorme dans ce secteur n’est quasiment pas évoqué dans ce rapport, ni même les plantureux dividendes versés par les opérateurs historique jusqu’en 2011…