Emploi dans les télécoms depuis l’arrivée de Free Mobile : « Il y a un énorme malentendu » selon l’ARCEP

Emploi dans les télécoms depuis l’arrivée de Free Mobile : « Il y a un énorme malentendu » selon l’ARCEP
 
Jean-Ludovic Silicani, le président de l’Arcep, est revenu, dans une interview à Challenges, sur l’emploi et l’investissement des opérateurs depuis l’arrivée de Free Mobile. Il estime que ce secteur va créer de l’emploi : « dans les 10 ou 15 prochaines années, ils vont ainsi investir une trentaine de milliards d’euros dans les réseaux fixes ou mobiles à très haut débit, ce qui va entraîner la création d’un nombre très important d’emplois. En effet, le génie civil représente 80% du coût de construction de ces nouveaux réseaux et sera un gros pourvoyeur d’emplois non délocalisables. »
 
Mais surtout, Jean Ludovic Silicani parle d’un « énorme malentendu » concernant la supposée destruction d’emploi depuis l’arrivée de Free Mobile. Or selon lui « la concentration génère plus de destructions d’emplois que la concurrence ». Et de prendre l’exemple des Etats Unis « où la concurrence est très limitée, non seulement les prix sont très élevés – 100 dollars pour le "triple play", contre 35 euros environ en France – mais surtout les opérateurs ont réduit de 27% leurs effectifs en 10 ans, contre 11% en France sur la même période ! ». Il précise qu’en « France, en 15 ans, une régulation équilibrée a contribué à faire baisser les prix, tout en permettant un très fort développement des usages. L’argent économisé par le consommateur s’est reporté sur d’autres secteurs, ce qui est bénéfique pour l’ensemble de l’économie du pays. Le développement des usages numériques a d’autres effets bénéfiques – des externalités positives pour reprendre le langage des économistes : on estime ainsi que le secteur de l’économie numérique (ex TIC) est passé d’environ 300 000 à près d’1 million d’emplois sur 15 ans. »
 
Le président de l’ARCEP indique également que « depuis le début de la crise, en 2008, c’est en France que ce secteur a le mieux résisté parmi les grands pays d’Europe : jusqu’à 2011, le chiffre d’affaires du secteur a été supérieur à celui qui prévalait en 2008. »
 
Les investissements ne seront pas entravés par l’arrivée de Free dans le mobile
 
Jean Ludovic Silicani constate que les marges des opérateurs historiques, qui étaient de 33%, ont bien baissé depuis l’arrivée de Free Mobile, mais cela est également du à « la dégradation du contexte macro-économique ». Il explique que malgré cela, les opérateurs devraient garder leur niveau d’investissement : « Le niveau d’investissement matériel a été globalement constant au cours des 10 dernières années, à environ 6 milliards d’euros par an et la fédération française des télécoms estime aussi à 6 milliards d’euros le besoin total d’investissements pour les prochaines années. Sur les trois dernières années, les opérateurs ont en outre effectué 5,6 milliards d’euros d’investissements immatériels pour acheter des fréquences. Or, il n’y aura plus de fréquences comparables à celles du dividende numérique à acquérir avant la fin de la décennie. Cela libère une somme importante qui peut être investie dans les réseaux. Donc au final, même si le taux de marge baisse, les opérateurs devraient conserver leur capacité d’investissement. Ce qui est essentiel. »
 
Source : Challenges