Neutralité du Net : Free veut transposer le modèle économique de la téléphonie fixe à l’Internet

Neutralité du Net : Free veut transposer le modèle économique de la téléphonie fixe à l’Internet
 
Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d’Etat chargée de la Prospective et du Développement de l’économie numérique, auprès du Premier ministre, a lancé le 9 avril 2010 une consultation publique sur la neutralité du Net. Cette démarche participative a eu pour but de permettre à chacun de se faire une idée des enjeux liés à la neutralité du Net et de ses conséquences dans notre usage quotidien d’Internet. 121 réponses ont ainsi été reçues à la consultation publique, dont celle de Free.
 
L’opérateur y indique être "génétiquement attachés à la liberté et à la richesse d’un modèle ouvert et neutre d’Internet, car c’est justement ce qui a permis l’émergence sur les marchés avals d’offres innovantes et compétitives et sur les marchés amonts de nouveaux services populaires (plateformes de vidéos, réseaux sociaux, musique en ligne…) » et d’ajouter que « toute tentative bien jacobine de blocage, et pire de filtrage, le cas échéant en se passant de l’intervention préalable du juge, au niveau des réseaux d’accès est vouée au même niveau d’efficacité qu’en son temps la ligne de fortifications Maginot. »
 
Pour autant, Free souligne les difficultés que pourraient rencontrer les opérateurs en fonction de l’augmentation du trafic et avec le modèle économique actuel. L’opérateur donne ainsi un exemple pour illustrer cette problématique :
 
Actuellement, au niveau du cœur de réseau, Free brasse environ 1Tbps à l’heure chargée, soit environ 200 kbps par abonné en moyenne. Si les plateformes de vidéo sur Internet lancent leur offre de TV/HD (sur le PC ou via les téléviseurs connectés) avec un flux de 10 Mbps, et que 20% des abonnés l’utilisent par rapport aux offres TV traditionnelles, Free va ainsi se retrouver avec 10 Tbps à écouler. Soit 30 fois plus que ce que son réseau reçoit déjà en provenance de ces inducteurs.
 
10 Tbps de trafic par source ne lui posent pas trop de problèmes à écouler si c’est livré au plus près de l’abonné, car cela revient à insérer quelques Gbps par point d’interconnexion existant sur la base des capacités disponibles. En revanche, le fait de le livrer très en amont dans le réseau devient générateur d’inefficacité dont Free ne voit pas pourquoi les opérateurs – et in fine les abonnés ‐ devraient en supporter la charge, revenant à plus de 30 millions d’euros par mois.
 
En effet, sans interconnexion au niveau local (sur le modèle de ce qui s’effectue depuis des années sur la téléphonie) la prise en charge de l’augmentation exponentielle du trafic entrant (alors qu’auparavant le trafic croissait de façon relativement linéaire et corrélée entre entrant et sortant) nécessite la mise à niveau des ressources de transmission et de commutation au niveau non plus national, mais également régional et local.
 
Pour répondre à cette montée en charge du trafic, Free se dit très réservé sur la pertinence de répercuter sur les abonnés ces charges via la mise en place d’offres différenciées, associées le cas échéant à une possibilité de tarification en fonction du débit.
 
 
Pour l’opérateur, il semble plus efficace à moyen et long terme d’envisager une remise à plat des modalités techniques et tarifaires en matière d’interconnexion Internet, afin d’amener le marché amont à participer à la couverture des coûts spécifiques supportés à ce stade par les opérateurs et in fine le marché aval.
 
Cela conduit à transposer sur Internet des principes qui ont fait leur preuve sur d’autres réseaux : une obligation d’accès, non discrimination, transparence des conditions d’interconnexion, interdiction de traiter différemment des flux en fonction de leur contenu, une possibilité de régulation tarifaire en cas de dysfonctionnement.
 
Au niveau économique, cela se traduit par une valorisation des échanges de trafic sur un modèle proche de la terminaison d’appel fixe, qui ne couvre que les coûts incrémentaux spécifiques aux capacités mises en œuvre pour l’acheminement du trafic entrant, et incitant au développement des interconnexions (plus le trafic est livré près de l’abonné, ou plus ce dernier est faible, plus le coût tend vers 0).