Pour racheter SFR, Xavier Niel (Free) et Bouygues Telecom sont forcés de mettre leurs inimitiés de côté

Pour racheter SFR, Xavier Niel (Free) et Bouygues Telecom sont forcés de mettre leurs inimitiés de côté

Entre égos et intérêts propres, le rachat de SFR par les trois autres opérateurs français fait face à de nombreux obstacles.

Le projet de rachat de l’opérateur télécom SFR par un consortium réunissant Bouygues Telecom, Free et Orange mobilise depuis plusieurs mois banquiers, avocats et dirigeants du secteur. L’opération, estimée à au moins 20 milliards d’euros, viserait à se partager les actifs du deuxième opérateur français, détenu par Patrick Drahi via Altice France.

Mais derrière cette alliance inédite entre concurrents historiques, les discussions sont particulièrement délicates. Les relations entre dirigeants, leurs rivalités passées et des intérêts stratégiques parfois divergents compliquent les négociations.

Une alliance fragile entre concurrents

Pour espérer mener l’opération à bien, les trois opérateurs ont choisi de présenter une offre commune et de se répartir ensuite les actifs de SFR. Une première proposition d’environ 17 milliards d’euros avait été formulée en fin d’année 2024, avec un partage envisagé des activités entre les trois acteurs. Une offre directement refusée par Patrick Drahi.

Si les négociations continuent, de l’aveu de Bouygues Telecom mais aussi d’Iliad, qui croit encore au potentiel de l’offre, il reste que l’alliance est fragile. Chacun cherche à récupérer les actifs les plus stratégiques tout en évitant de renforcer excessivement ses concurrents. Les relations personnelles entre certains dirigeants n’aident pas à fluidifier les discussions.

L’opposition entre Martin Bouygues et Xavier Niel est bien connue dans le secteur des télécoms, depuis l’arrivée de Free dans la téléphonie mobile avec des offres à bas prix qui avaient profondément bouleversé le marché. Leur inimité remonte aux années 2000, avant l’arrivée de Free dans la téléphonie mobile avec des forfaits à prix cassés. À l’époque, Martin Bouygues lançait : « Je n’ai pas l’intention de laisser des romanichels venir sur les pelouses de mon château. » Le fondateur de Free avait répliqué de manière provocatrice en envoyant un camion publicitaire devant le siège de Bouygues Telecom avec ce message : « journée portes ouvertes pour les romanichels ». Une passe d’armes restée célèbre dans le secteur des télécoms.

Martin Bouygues a mis de l’eau dans son vin pour s’accorder avec Xavier Niel“, ironise ainsi une source proche du dossier auprès de Libération.  Le directeur général de Bouygues Telecom, Olivier Roussat, l’a lui-même reconnu ce samedi sur France Inter : « deux acteurs n’étaient pas réputés pour une amitié franche et sincère ». S’ils ne sont pas nommés, on devine clairement de qui il parle.

Des intérêts divergents

Au-delà des relations personnelles, les intérêts des trois opérateurs ne sont pas toujours alignés. Orange, leader du marché français, ne peut prétendre récupérer qu’une part limitée des actifs sans susciter l’attention des autorités de la concurrence. À l’inverse, Bouygues Telecom voit dans cette opération une occasion majeure de renforcer sa position, notamment sur le marché des services aux entreprises.

De son côté, Free chercherait surtout à consolider son réseau et sa base d’abonnés. Ces différences d’intérêts rendent les discussions particulièrement serrées. Chaque acteur tente d’obtenir les actifs les plus stratégiques tout en maintenant l’équilibre fragile du consortium. Dans ce contexte, les négociations avancent prudemment. Derrière l’apparente unité des trois opérateurs, la conclusion de l’accord dépendra surtout de leur capacité à surmonter rivalités historiques et divergences stratégiques.

Cet article a été repris sur le site Univers FreeBox