Interview Univers Freebox : Cafeyn, “nous sommes partants pour proposer une option à tous les abonnés Free, des discussions sont en cours”

Interview Univers Freebox : Cafeyn, “nous sommes partants pour proposer une option à tous les abonnés Free, des discussions sont en cours”

Intégré dans l’offre Freebox Delta depuis son lancement, le leader français du streaming de l’information revient sur son idylle avec Free et révèle être en discussions pour l’arrivée de nouvelles offres chez l’opérateur de Xavier Niel. Son fondateur affiche également l’ambition de Cafeyn, en France comme à l’international.

Fondée en 2006 par Ari Assuied, aux prémices de la révolution dans la consommation des contenus numériques, Cafeyn propose d’accéder à de nombreux titres de presses directement sur sa plateforme. Revenons à ses origines, il y a 14 ans, alors que nos poches étaient dépourvues d’objets connectés. Le futur fondateur du service, en déplacement à l’étranger, regrette de ne pas pouvoir accéder via internet aux journaux français comme L’Équipe ou Le Point. Armé par le désir de proposer une alternative aux fils d’informations alors présents sur la plupart des sites de presse et d’accéder aux contenus de fond, avec une réelle analyse, il décide de créer lui même sa plateforme. C’est le début de LeKiosk qui deviendra Cafeyn.

Les débuts sont modestes. Durant trois ans, la fine équipe composée d’Ari Assuied et de deux développeurs s’est attelée au développement de la société. Leur objectif alors, établir des liens avec les éditeurs de presse. Comme souvent dans le monde de la tech, Steve Jobs vient tout bousculer, avec la présentation en 2010 de l’iPad. Fini alors de devoir “présenter des maquettes de Minority Report” pour faire comprendre l’utilité de son service. Avec l’iPhone, l’iPad et les tablettes en général, l’équipe peut présenter concrètement son produit aux éditeurs et aux partenaires. Dès lors la nouvelle structure décide d’adopter un modèle similaire à Spotify avec une offre en lien direct avec les consommateurs. A savoir, un abonnement de 10€ par mois pour accéder à l’entièreté de son catalogue. Puis, à partir de 2014, la plateforme ajoute une corde à son arc. Elle établit également des partenariats avec d’autres acteurs français et internationaux pour distribuer son service à grande échelle. Dans l’hexagone, c’est le cas avec Bouygues Telecom, Canal + ou encore Free depuis le lancement de la Freebox Delta en 2018.

Aujourd’hui, l’entreprise a bien grandi. Présente dans 15 pays avec des bureaux situés dans 5 métropoles, dont Paris et Montréal, elle compte dorénavant plus de 170 salariés. Cafeyn est maintenant en relation avec plus de 2500 titres de presse, soit plus de 500 éditeurs en France et dans le monde. Le service a également signé de nombreux partenariats avec des opérateurs télécoms à travers le globe. Dans ce contexte, son fondateur a répondu aux questions d’Univers Freebox. De quoi aborder les sujets de l’intégration de Cafeyn au sein de l’offre Freebox Delta ou encore les coulisses de l’idylle avec l’opérateur de Xavier Niel… Ari Assuied nous révèle également être partant pour proposer de nouvelles offres aux abonnés Free et affirme que Cafeyn est déterminé à devenir le champion de sa catégorie.

A ce jour, combien Cafeyn compte-t-il d’utilisateurs ?

Aujourd’hui Cafeyn compte à peu près 2 millions d’utilisateurs actifs. Nous sommes le leader du marché en France et nous avons bien sûr l’intention d’aller beaucoup plus loin. Cafeyn se donne les moyens pour réussir.

Sur cette base, combien sont issus d’un abonnement Freebox Delta ?

Je n’ai pas le droit de le dire. Je suis en effet soumis à un accord de confidentialité concernant les chiffres de la Freebox Delta et de ses usages. Je dirais cependant qu’une grande partie du parc Delta comprend des utilisateurs actifs de Cafeyn. Les chiffres sont assez incroyables au regard de l’offre, qui n’est pas un produit standard dans l’univers Freebox. Elle s’adresse à un marché plus technophile et forcément ce n’est pas un produit “mass market”.

L’abonnement Cafeyn (LeKiosk) a été intégré à l’offre Freebox Delta dès son lancement. Comment s’est opéré le rapprochement avec Free ?

Nous cherchons continuellement de nouveaux relais de distribution pour permettre à Cafeyn de s’adresser à un plus grand public par rapport à notre notoriété passée. Donc aujourd’hui nous discutons avec les opérateurs, en France ou à l’international, de façon assez régulière. Il se trouve qu’au sein de l’équipe de direction de Free, j’ai des échanges réguliers depuis des années avec des utilisateurs assez fans du service.

Vient ensuite le projet Delta, avec la volonté de rajouter des services de contenus dans l’offre pour avoir un positionnement technophile et haut de gamme. Pour la direction de Free, l’intégration d’une offre comme Cafeyn a paru évidente. L’idée était, dès le départ, de partir sur un modèle très exhaustif, qui mêle de la presse nationale, de la presse régionale et de la presse magasine. Le contact est venu de la direction de Free, mais c’est également une démarche proactive de notre part et des échanges en amont avec l’opérateur qui ont entraîné son intégration dans l’offre.

Pourquoi le choix de la gratuité au lieu d’une option pour la Freebox Delta ?

Chez Cafeyn, nous n’aimons pas le terme de gratuité. Il existe deux modèles chez les opérateurs concernant l’intégration des services de contenus. Tout d’abord, un modèle d’inclusion sur les offres de valeur, c’est le cas aujourd’hui chez plusieurs partenaires en France et à l’international. C’est ce que nous proposons chez Bouygues, chez SFR pour certains clients à valeur (ou clients premiums), et c’est aussi le cas pour la Freebox Delta.

Le modèle de l’inclusion est intrinsèque à la Freebox Delta, puisqu’elle propose de nombreux contenus pour un prix supérieur aux propositions habituelles de Free. L’idée est de compléter cette valeur à travers ce bundle de contenus et de hardware tout en bénéficiant des capacités des opérateurs à distribuer notre service.

Ensuite, chez certains opérateurs, les abonnés premiums ne constituent pas une majorité des clients. Ainsi, c’est toute une cible que nous ne pouvons pas toucher avec notre modèle d’inclusion. Pour ces clients, l’enjeu pour les opérateurs est d’augmenter le panier moyen des clients et donc de proposer ces options payantes à un tarif préférentiel. Ce que nous mettons en place, et cela fonctionne. L’objectif pour nous est de démocratiser l’offre dans une logique de distribution globale.

Quel a été l’impact de la box haut de gamme sur vos performances commerciales lors de son lancement ?

C’est assez difficile à dire, la Freebox Delta est un produit un peu “de niche” au sein de l’offre Free. Mais clairement, elle a été un booster et c’est un produit intéressant, en adéquation avec les valeurs de Cafeyn. On veut proposer un produit de qualité, avec une expérience irréprochable et donc l’associer à des offres assez qualitatives pour les consommateurs finaux, comme la Freebox Delta.

Est-ce que Cafeyn serait intéressé pour être intégré dans une autre offre Free ?

Oui bien sûr, Cafeyn serait partant pour proposer une option à tous les abonnés Free, des discussions sont d’ailleurs en cours. Il reste à trouver le bon modèle économique pour proposer notre service.

Quels sont vos rapports avec les éditeurs de presse ? Comment sont-ils rémunérés pour la diffusion de leurs contenus sur votre plateforme ?

Nous avons une relation de partenariat privilégié avec les éditeurs. Cafeyn travaille avec les maisons d’édition depuis pratiquement 15 ans, dans une confiance mutuelle. Notre objectif est d’accompagner les éditeurs dans la transformation de leur activité économique. Les aider à passer d’un modèle complètement basé sur le physique vers un modèle de consommation et d’usages qui s’opère sur le digital. Aujourd’hui, Cafeyn est vraiment un acteur de cette transformation.

Nous avons établi un modèle économique de partage de la valeur entre Cafeyn et les éditeurs. Nous voulons leur permettre de monétiser leurs contenus et d’avoir des sources de revenus de notre part qui leur permettent de travailler sur ce bâtiment digital. Dans le monde physique, l’ancien modèle comprenait énormément de coûts associés à la distribution et à la production de contenus qui n’existe pas du tout sur le digital. Aujourd’hui, les consommateurs ont une attente et une appétence pour le 2.0, qui nécessite la création d’un nouveau modèle économique rémunérateur. Les standards du marché reposent sur des offres illimitées avec un abonnement pour des milliers de contenus, à l’opposé d’un abonnement pour un titre unique. Nous ne détruisons pas la valeur, elle est répartie d’une manière différente. A l’avenir, selon nous, le volume sera suffisamment important pour être compensé par l’effet valeur.

L’application Cafeyn est régulièrement mise à jour, quelles ont été les principales nouveautés depuis deux ans  ?

Depuis plusieurs années, nous avons renforcé notre équipe technique. Aujourd’hui une quinzaine de personnes travaillent sur une évolution permanente de notre produit. L’idée générale, c’est de fonctionner par petites touches pour ne pas bouleverser les consommateurs.

Tout part d’un produit très unitaire, avec une amélioration d’expérience intérieure de ce contenu tout en conservant la maquette. Avec par exemple, la lecture Smart permettant de transformer un article en un format adapté à une consommation sur mobile. Nous avons également ajouté un fil d’actualité permettant d’accéder aux articles en fonction de certaines thématiques ainsi qu’un algorithme pour recommander du contenu adapté aux lecteurs. L’application s’est également dotée d’une dimension éditoriale, en permettant de faire découvrir d’autres contenus aux utilisateurs, différents de leurs thématiques habituelles.

Voici à mon sens, les 4 grosses nouveautés. Mais d’autres fonctionnalités très pratiques ont également fait leur apparition sur Cafeyn. Nous avons ainsi optimisé la bibliothèque, permettant de classer les lectures en cours. Il est également possible de télécharger les titres de presse, mais aussi d’enregistrer des articles précis. Bien d’autres fonctionnalités améliorent l’expérience utilisateur, et dans les prochains mois, beaucoup de sujets vont évoluer et nous serons ravis de vous les présenter.

Vous avez récemment remplacé le bouquet SFR Presse chez l’opérateur au carré rouge, concrètement, comment fonctionne ce partenariat de distribution ?

Aujourd’hui, SFR a pris une décision majeure : évoluer dans sa réflexion sur les contenus. En effet, les opérateurs télécoms sont très associés aux contenus avec des stratégies qui varient au fil du temps. Il peut à certains moments décider d’intégrer ses propres offres de contenus au sein de ses forfaits, ce qui était le cas de SFR, ou décider de travailler avec des spécialistes disposant d’une marque propre. La filiale d’Altice, après s’être montrée stratégiquement agressive avec entre autres, le rachat de NextRadio et l’investissement dans les droits du foot s’est lancée également dans l’univers presse. Avant finalement de revoir ses plans.

Ne souhaitant plus investir dans sa plateforme, lourde a gérer, SFR a donc changé de stratégie. L’opérateur a ainsi choisi Cafeyn, jugée plus apte à remplacer son service presse, très utilisé par ses clients.

Comptez-vous signer à l’avenir un partenariat avec d’autres opérateurs que Free et Bouygues, comme par exemple Orange ?

Orange est a l’origine de l’initiative ePresse. La marque a été déposée par un ensemble d’éditeurs pour proposer une offre standard, mais très rapidement ces derniers ont préférés privilégier leurs propres offres de contenu. ePresse entretient une relation historique avec Orange. Aujourd’hui, ce que je peux vous dire, c’est que Cafeyn représente près de 90% du marché en France et Orange est le plus gros opérateur. C’est clairement une anomalie. Signerons-nous un partenariat avec Orange dans le futur ? Joker : je ne peux pas vous répondre oui ou non, dans les deux cas ce serait faux.

Aujourd’hui, le marché de la presse en France pèse 7 milliards d’euros. Pensez-vous avoir gagné la bataille face à votre concurrent historique ePresse ?

Notre sujet n’est pas de regarder ce que propose notre concurrent, mais de trouver des moyens d’améliorer notre service de façon assez significative. En France, 50 millions de personnes consomment de la presse. Une grande partie est intéressée par une offre comme la nôtre et Cafeyn n’en a séduit qu’une petite portion. Tout reste à faire.

Vous avez récemment racheté Blendle, d’autres acquisitions à l’international sont-elles prévues ?

Je ne peux pas vous dire si des rachats sont prévus. Nous ne planifions jamais nos acquisitions. Évidemment, une stratégie de développement forte à l’international est établie pour notre société. Bien sûr, si des opportunités se présentent et si elles sont en adéquation avec notre stratégie, nous y réfléchirons.

Dernière question, en toute franchise, pensez-vous que Cafeyn pourrait un jour devenir le Spotify de la presse en ligne ?

Nous l’espérons mais je dirais plutôt “le Spotify du streaming de l’information“. C’est un nouveau terme encore peu connu, mais il regroupe tous les contenus sous forme digitale. Dans sa catégorie, Cafeyn veut effectivement devenir le champion.