Le Canard Enchaîné révèle qu’Orange déploie illégalement la fibre à Mayotte, malgré l’attribution officielle du marché à un concurrent local. Une situation explosive qui embarrasse l’État, pourtant actionnaire de l’opérateur.
Dans son édition de cette semaine, Le Canard Enchaîné met en lumière un dossier explosif : le déploiement de la fibre par Orange à Mayotte. Problème, l’opérateur historique n’a plus la délégation de service public pour ce chantier de 183 millions d’euros, attribuée à la société locale Océinde.
Malgré cette perte de marché, Orange poursuit ses travaux. Dans un courrier du 12 juin révélé par l’hebdomadaire, Manuel Valls, alors ministre des Outre-Mer, s’étonne de cette stratégie. L’ancien Premier ministre parle même d’un “passage en force susceptible de placer l’État dans une position politiquement difficile”, rappelant qu’Orange est détenu à 23 % par les pouvoirs publics. Toujours selon Le Canard, l’affaire provoque un malaise au sommet de l’État. Interrogé, Marc Ferracci, ministre démissionnaire de l’Industrie et représentant de l’État au conseil d’Orange, n’a pas répondu. Un silence qui illustre l’embarras d’un exécutif déjà très engagé dans la reconstruction de Mayotte après le cyclone Chido de décembre 2024.
Face à cette situation, Océinde a saisi l’Arcep dès avril. Mais les réunions organisées sous l’égide du régulateur n’ont rien donné. Sur le terrain le journal décrit des techniciens d’Orange avançant sans attendre, multipliant les chantiers dans les zones faciles d’accès. L’hebdomadaire affirme même que la police et la gendarmerie ferment les yeux, laissant l’opérateur agir “en toute illégalité”. Orange, de son côté, réfute toute intimidation et défend sa position en invoquant la libre concurrence et “l’urgence” de répondre aux besoins de ses clients.
L’hebdomadaire satirique relaie aussi les inquiétudes d’élus et de représentants de l’État, qui parlent de “comportement de voyou” et de menace pour l’équilibre économique du projet public. Manuel Valls dénonce, lui, “une mise en péril économique de la délégation de service public”. La collectivité locale aurait déjà investi 13 millions d’euros, mettant en danger ses finances. “Le département le plus pauvre de France risque de ne plus être en mesure d’honorer ses dépenses courantes dans les semaines qui viennent”, aurait averti un haut fonctionnaire dès avril.
En conclusion, Le Canard Enchaîné décrit une situation “absurde et dangereuse” où l’État, actionnaire d’Orange, se retrouve pris au piège entre ses obligations légales et ses propres contradictions.
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