5G : des “amish du Numérique” réclament un débat pour éviter le même “fiasco” qu’avec StopCovid

5G : des “amish du Numérique” réclament un débat pour éviter le même “fiasco” qu’avec StopCovid

Se présentant comme des “amish du numérique”, quatre anciens conseillers politiques et juristes réclament un débat autour de la 5G. Pas question d’arriver au même fiasco qu’avec l’application mobile StopCovid.

Non. Face à la demande d’un moratoire sur la 5G, Emmanuel Macron avait été clair. Il n’y en aura tout simplement pas. Le Président de la République avait d’ailleurs ironisé en parlant du retour de la lampe à huile ou du modèle amish.

Dans une tribune publiée dans Le Monde, quatre anciens conseillers politiques et juristes, experts du Numérique, réclament une “délibération collective”, sachant qu’il est question d’une “nouvelle technologie qui engage la collectivité”. “Nous souhaitons juste qu’un débat ait lieu, que les Français soient traités en adultes responsables, capables d’entendre des arguments rationnels”, indiquent-ils.

Des questions auxquelles il faut des réponses

Signataires de cette tribune, Adrienne Brotons, ancienne conseillère numérique à l’Élysée (2015-2017), Paul Christophle, ancien conseiller numérique en cabinet ministériel (2015-2016), Jean-Philippe Derosier, constitutionnaliste et professeur de droit public, et Jean-Baptiste Soufron, ancien secrétaire général du Conseil national du numérique (2012-2015), réclament des réponses au Président de la République.

Les interrogations tournent autour de l’accessibilité de la 5G alors que la 4G ne couvre déjà pas certaines zones du territoire, de l’impact sur le réchauffement climatique et du fait d’utiliser des équipements américains ou chinois qui nuirait à la souveraineté. “En quoi la 5G pourrait-elle soutenir nos industries et créer des emplois sur notre territoire, alors que la France et l’Europe manquent toujours cruellement d’acteurs mondiaux dans les services numériques ?”, soulignent par ailleurs les auteurs de la tribune, insistant sur le fait qu’ils ne refusent pas l’innovation, mais réclament une réflexion commune. “Est-ce que cette innovation va nous aider à mieux vivre ensemble ou bien est-ce qu’elle risque de nous désunir”, s’interrogent-ils aussi.

Un autre fiasco qui peut être évité

Les signataires de la tribune reprochent au président la République d’avoir écarté “toute objection” et “stigmatisé” ceux osant se poser quelques questions. Or, à leurs yeux, davantage de délibération collective permettrait d’éviter le même fiasco qu’avec l’application StopCovid lancée en juin dernier pour participer à la lutte contre le Covid-19.

Ils ne privent d’ailleurs pas de rappeler qu’ils avaient tiré la sonnette d’alarme à ce moment-là et de donner quelques chiffres pour illustrer le résultat d’un manque de réflexion. “Nous étions déjà taxés d’être des amish en avril, lorsque nous dénoncions l’inefficacité prévisible de l’application StopCovid. Selon les derniers chiffres de la direction générale de la santé, l’application n’a déclenché que 180 notifications, pour un budget annuel annoncé entre 1,2 et 3,6 millions d’euros, soit un coût situé entre 6 500 et 20 000 euros par notification. C’est un échec stratégique et technique, alors que des entrepreneurs proposaient au même moment des solutions beaucoup plus satisfaisantes sur le plan de la vie privée et de l’efficacité”. Et d’ajouter sur un ton un peu piquant : “les meilleures idées ne viennent pas forcément de l’Élysée ni des grandes organisations publiques ou privées”.

Source : Le Monde (version papier), numéro 23549